‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 14 sur 270 · XII NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XII NOTICE SUR MONTAIGNE

ce n'est pas dans l*àge adulte qu'il aurait songé à rattraper cette première culture de l'intelligence, qui ne se rattrape jamais complètement : sa nature indépendante et rêveuse eût invinciblement reculé devant la série d'efforts et la persistance d'application qu'imposent les conquêtes tardives; il eût trouvé là des aspects de servitude et un épouvantail au vagabondage de son imagination, à « la folle du logis », comme il l'appelait, qui fut son impérieuse maîtresse. Sans doute, Montaigne aurait été encore Montaigne par plus d'un côté; mais, sans la connaissance intime du latin et avec le peu de ressources qu'offrait alors la langue française^ à l'état de formation et de débrouiilement, adieu peut-être à la meilleure part des qualités de son style, à cette nervosité et à cette ampleur romaines qu'il s'était assimilées, dont il avait fait sa chair et son sang. Heureusement il n'en fut rien.

Sûr désormais de retrouver à discrétion une richesse aussi foncièrement acquise et, en quelque sorte, consubstantielle à lui-même, Montaigne pouvait, en attendant l'heure de la maturité de l'écrivain, faire violence à ses goûts et déférer aux projets d'avenir que son père avait sur lui. Pierre Eyquem, propriétaire d'une maison à Bordeaux, jouissant, depuis i53o, du droit de bourgeoisie dans cette cité où, deux fois déjà, la conBance de ses concitoyens l'avait appelé au poste de jurât, destinait son Bis à la magistrature. Michel dut donc étudier le droit et suivit probablement les cours de la fameuse université de Toulouse. Quoi qu'il en soit, nous le retrouvons, vers la fin de l'année iSSy, faisant partie de la Cour des Aides de Périgueux alors qu'elle fut réunie au Parlement de Bordeaux, soit que son père, nommé conseiller à cette cour en i554 et élu la même année maire de Bordeaux, eût résigné à cette époque, ne pouvant tenir les deux places, sa charge de conseiller en faveur de son fils, soit qu'il lui eût acheté un siège, les années suivantes, à cette même cour.

Le plus clair du bénéfice que Montaigne retira d'une vacation pour laquelle il ne se sentait pas d'aptitude fut l'occasion

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