CHAPITRE XIII
appliquée yideusement, et que l'interest de la substance ne doive souvent céder à Tinterest de ia forme. Je Youdrois à ce mestier un homme content de sa fortune,
Quod sit esse velit, nihilque malit,
et nay de moyenne fortune : d'autant que, d'une part, il n'auroit point de craincte de toucher vifvement et profondement le cœur du maistre, pour ne perdre par là le cours de son advancement ; et, d'autre part, pour estre d'une condition moyenne, il auroit plus aysée communication à toute sorte de gens*
Un prince n'est pas à croire, quand il se vante de sa constance à attendre le rencontre de l'ennemy pour le service de sa gloire , si pour son profBt et amendement il ne peut souffrir la liberté des paroUes d'un amy, qui n'ont autre effort que de luy pincer Touye, le reste de leur opération estant en sa main. Or il n'est aucune condition d'hommes qui ayt si grand besoing que ceuxlà de vrays et libres advertissemens. Ils soustiennent une vie publique et ont à agréer à l'opinion de tant de spectateurs que, comme on a accoustumé de leur taire tout ce qui les divertit de leur route, ils se trouvent, sans le sentir, engagez en la hayne et detestation de leurs peuples pour des occasions souvent qu'ils eussent pu eviter^ à nul interest de leurs plaisirs mesme , qui les en eut advisez et redressez à temps. Communément leurs favorits regardent à soy plus qu'au maistre : et il leur va de bon, d'autant qu'à la vérité la plus part des offices de la vraye amitié sont envers le souverain en un rude
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et perilleus essay ; de manière qu*il y faîct besoing non seulement de beaucoup d'affection et de franchise, mais encore de courage.
En fin toute cette fricassée que je barbouille icy n'est qu'un registre des essais de ma vie, qui est, pour Tinterne santé, exemplaire assez à prendre l'instruction à contre-poil. Mais quant à la santé corporelle, personne ne peut fournir d'expérience plus utile que moy, qui la présente pure , nullement corrompue et altérée par art et par opination. L'expérience est proprement sur son fumier au subject de la médecine, où la raison luy quite toute la place. Tibère disoit que quiconque avoit vescu vingt ans se debvoit respondre des choses qui luy estoyent nuisibles ou salutaires, et se sçavoir conduire sans médecine. Elle faîct profession d'avoir tousjours l'expérience pour touche de son opération. Ainsi Platon avoit raison de dire que, pour estre vray médecin, il seroit nécessaire que celuy qui l'entreprendroit eust passé par toutes les maladies qu'il veut guarir et par tous les accidens et circonstances dequoy il doit juger. C'est raison qu'ils prennent la vérole, s'ils la veulent sçavoir panser. Vrayement je m'en fierois à celuy là : car les autres nous guident comme celuy qui peint les mers, les escueils et les ports, estant assis sur sa table, et y faict promener le modèle d'un navire en toute seurté : jettez le à l'effect , il ne sçait par où s'y prendre. Ils font telle description de nos maux que faict un trompette de ville qui crie un cheval ou un chien perdu : Tel poil, telle hauteur, telle oreille ; mais présentez leluy, il ne le cognoit pas pourtant.