CHAPITRE XIII
à trainer, à la medecinale, trois ou quattre chetifs repas par jour ainsi contrains. L'extrême fruict de ma santé, c'est la volupté : tenons nous à la première, présente et cogneuë. J'évite la constance en ces loix de jeusne: qui veut qu'une forme luy serve fuye à la continuer ; nous nous y durcissons, nos forces s'y endorment; six mois après, vous y aurez si bien acoquiné vostre estomac que vostre proffit ce ne sera que d'avoir perdu la liberté d'en user autrement sans dommage.
Je ne porte les jambes et les cuisses non plus couvertes en hyver qu'en esté, un bas de soye tout simple. Je me suis laissé aller pour le service de mes reumes à tenir la teste plus chaude, et le ventre pour ma cholique : mes maux s'y habituarent en peu de jours et desdaignarent mes ordinaires provisions ; j'estois monté d'une coife à un couvrechef et d'un bonnet à un chapeau double ; les embourreures de mon pourpoint ne me servent plus que de garbe : ce n'est rien si je n'y adjouste une peau de lièvre ou de vautour, une calote à ma teste. Suyvez cette gradation, vous irez beau train. Je n'en feray rien ; et me desdirois volontiers du commencement que j'y ay donné, si j'osois. Tombez vous en quelque inconvénient nouveau ? cette reformation ne vous sert plus, vous y estes accoustumé : cerchez en une autre. Ainsi se ruinent ceux qui se laissent empestrer à des régimes contraincts et s'y astreignent superstitieusement : il leur en faut encore, et encore après, d'autres au delà ; ce n'est jamais faict.
Pour nos occupations et le plaisir, il est beaucoup plus commode, comme faisoyent les anciens, de perdre le disner et remettre à faire bonne chère à l'heure de la
retraicte et du repos sans rompre le jour : ainsi le faisois-je autrefois. Pour la santé, je trouve despuis par expérience, au rebours, qu'il vaut mieux disner et que la digestion se faict mieux en veillant.
Je ne suis guiere subject à estre altéré, ny sain, ny malade : j'ay bien volontiers lors la bouche sèche, mais sans soif, et ne bois communément que du désir qui m'en vient en mangeant et bien avant dans le repas. Je bois assez bien pour un homme de commune façon : en esté, et en un repas appétissant, je n'outrepasse poinct seulement les limites d'Auguste, qui ne beuvoit que trois fois précisément; mais, pour n'offenser la reigle de Democritus, qui deffendoit de s'arrester à quattre comme à un nombre mal fortuné, je coule, à un besoing, jusques à cinq, trois demysetiers environ; car les petis verres sont les miens favoris et me plaict de les vuider, ce que d'autres évitent comme chose mal séante. Je trempe mon vin plus souvent à moitié, par fois au tiers d'eau; et quand je suis en ma maison, d'un antien usage que son médecin ordonnoit à mon père et à soy, on mesle celuy qu'il me faut dés la somelerie, deux ou trois heures avant qu'on serve. La forme de vivre plus usitée et commune est la plus belle : toute particularité m'y semble à éviter, et haïrois autant un Aleman qui mit de l'eau au vin qu'un François qui le boiroit pur. L'usage publiq donne loy à telles choses.
Je crains un air empesché et fuys mortellement la fumée (la première réparation où je courus chez moy, ce fut aux cheminées et aux retrets, vice commun des vieux bastimens et insupportable); et, entre les aspretés