‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 25 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE XXI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE XXI

proprement ici, de notre part, qu'une conjecture; mais cette conjecture est si puissante, elle est si adéquate à l'expression de la irérité qu'on aurait mauvaise grâce à ne pas l'accepter pour telle. Toutefois il ne faudrait pas exagérer notre pensée. Lorsque nous avançons qu'à partir d'une certaine époque Montaigne a dû s'affirmer dans sa compagnie, nous n'entendons pas par là qu'il s'y soit transformé en Uader, comme on dirait aujourd'hui, du parti de la résistance, non pas même qu^il y ait joué un rôle quelque peu détaché et en vue : son énergie d'action , du moins pour la chose publique, ne s'élevait pas à cette puissance; plus tard même, nous le verrons, maire de Bordeaux, se couvrir d'excellentes raisons pour se dispenser de courage civique en temps d'épidémie. Nous voulons dire seulement, — et ceci rentre tout à fait dans la mesure de son caractère, — que, ne se sentant pas taillé pour les luttes de front et convaincu, en outre, de l'inanité, sinon de la discordance, d'un langage trop haut et trop direct de la raison au milieu de la surexcitation générale, il dut grossir la petite phalange des conseillers sages qui, moins par leurs discours que par leur attitude, leurs votes, leurs conseils, leur silence même.

Brëde par la famille de Montesquieu. Cette partie de registres contient peu de chose sur Montaigne. D'abord, on y trouve signalées quelquesunes de ses absences ou de ses présences; le docteur Pajen a relevé les dates suivantes : novembre i56i, février et novembre i562, novembre ]563, noveolbre i568, pour les présences; mars et décembre i56iy novembre i564 et novembre i565, pour les absences. On y lit encore que, le 34 juillet iSyo, le roi accepta la résignation de l'office de conseiller au Parlement faite par Michel de Montaigne en faveur de Florimond de Raymond. Enfin, il existe, annexée aux registres, une quittance sur parchemin signée Michel de Montaigne, dont voici la teneur : « Je, Michel Eyquem de Montaigne, conseiller du roy en la Court du Parlement de Bourdeaulx, et auparavant en la Court des généraux, confesse avoir reçu comptant... la somme de quatre-vingt-treize sols tournois... à moy ordonnée pour le payement de mes gaiges et à cause de mon dict office durant un quartier... et en ai quitté et quitte... par ces présentes signées de ma main... le quatriesme jour d'octobre. Tan mil cinq cent soixante sept. » Tels sont les maigres documents fournis sur Montaigne par les archives parlementaires.

Page 1