‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 26 sur 270 · XXII NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE SUR MONTAIGNE

protestaient de biais dans le Parlement contre les entraînements de la majorité et refrénaient parfois la fougue de ses résolutions, se rangeant avec elle et l'accompagnant sur le terrain de la fermeté contre Thérésie, de la répression légale des crimes, de l'obéissance bien entendue à la royauté, mais l'abandonnant aux limites où commencent le fanatisme, les vengeances collectives, l'esprit de corps, les excès de zèle, l'insubordination ^

Un autre motif qui ne laissa pas non plus d'attacher Montaigne à sa vacation en le faisant rompre pour un temps avec ses habitudes nomades, ce fut son mariage. Au mois de septembre i565, il avait épousé Fran*çoise de la Chassaigne', fille de Joseph de la Chassaigne, un de ses collègues au Parlement de Bordeaux. Non pas, au moins, que l'amour ait été pour quelque chose dans tout cela 3. Montaigne, comme nous l'avons déjà exposé au cours de cette notice, était né surtout pour les affections viriles, s'étant toujours montré beaucoup

I . Cette ligne de conduite, qui aurait été suivie par Montaigne dans le Parlement, est, pour ainsi dire, écrite dans les Essais, si jamais on a pu conclure des paroles à la probabilité des actes. Qu'on se rappelle les passages où il s'élève avec tant d'éloquence contre l'imperfection et la multiplicité des lois, contre la vénalité des charges, contre Thorrible institution de la question, contre les condamnations appliquées par les tribinauz avec la dernière rigueur en matière de sorcellerie : « En conscience, dit-il de malheureux sorciers, je leur eusse plustost ordonné de reIl|^ore. »

3. Déjà alliée i la famille de Montaigne par le mariage d'Adrienne de la Chassaigne avec Raymond Eyquem, seigneur de Bussaguet, oncle de Michel.

3. « Démon dessein, j'eusse fuy d'espouser la Sagesse mesme, si elle m'eust voulu ; mais, nous avons beau dire, la coustume et l'exemple de la vie commune nous emporte. La plus part de mes actions se conduit par exemple, non par chois. Toutesfois je ne m'y (au mariage) conviay pas proprement, on m*y mena et y fus porté par des occasions estrangeres : car non seulement les choses incommodes, mais il n'en est aucune si laide et vitieuse et evitable qui ne puisse devenir acceptable par quelque condition et accident, tant Thumaine posture est vaine. Et y fus porté certes plus mal préparé lors et plus reboun que je ne suis à présent après Pavoir essayé. » Essais, liv. III, ch. v.

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