‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 27 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE XXIII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE XXIII

plus inquiet de son père que de sa mère^, de son ami que de sa femme. D'ailleurs, fût-il né pour l'amour, qu'il se serait encore gardé d'un mariage d'inclination >. L'amour dans le mariage, il faut bien le dire, est une utopie moderne, un rêve humanitaire fondé sur l'égalité des sexes et dont l'émancipation progressive de la femme parviendra sans doute un jour à faire une réalité courante et incontestée, mais qui jusqu'à présent ne s'est traduit dans les faits qu'à l'état d'exceptions curieuses et peu probantes^ confirmant la règle plus qu'elles ne menacent de l'absorber. Le XVI^ siècle n'en était pas encore à débattre une éventualité semblable : on s'en tenait alors volontiers à la vieille croyance commode, consacrée par les textes les plus décisifs du droit canon, de la supériorité de l'homme sur la femme depuis la chute de l'Éden; ou, si des esprits plus larges ou moins jaloux d'autorité, d'accord en cela, au reste, avec la saine doctrine évangélique, admettaient la réhabilitation générale de l'espèce par la rédemption sans acception de sexes, cette égalité toute morale n'impliquait aucunement Témancipation de la femme dans le mariage. Honorée, respectée, gardienne du foyer, image vivante de la vertu dans la maison, la femme pouvait avoir tout le prestige domestique de la matrone romaine ou tout le rayonnement intime de la sainte, mais un mari aurait répudié en elle les plus discrètes prétentions de l'amante comme incompatibles avec les qualités sévères de la mère et de l'épouse. L'amour était demeuré l'apanage exclusif des courtisanes, filles ou dames de Cour; et

I . Antoinette de Louppes, issue d'une famille espagnole dont le nom primordial était Lopès. m. Sa mère, qui estoit Espaignole de la maison de Lopès n, dit Pierre de Lancre, parent par alliance de Montaigne et» i ce titre, devant être bien informé. Incrédulité et mescreance du sortilège.

». <c Je ne vois point de mariages qui faillent plustost et se troublent que ceux qui s'acheminent par la beauté et désirs amoureux : il y faut des fondement plus solides et plus constans, et y marcher d*aguet; cette bouillante allégresse n'y vaut rien. » Essais, liv. III, ch. v.

Il dit encore : « Ungbon mariage, s'il en est, refuse la compagnie et conditions de l'amour^ il tache à représenter celles de l'amitié >». Ibid.

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