‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 3 sur 270 · II HOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

II HOTICE SUR MONTAIGNE

Vraie en politique, dans ces temps furieux du XVI* siècle où les affirmations violentes et les intolérances des partis qui s'égorgeaient au nom de Dieu ne laissaient aux âmes pacifiques que l'excuse souvent périlleuse de l'abstention, elle devient non pas fausse, car Montaigne est un génie trop personnel pour se séparer ainsi de lui-même, mais tout au moins exagérée, appliquée à son œuvre. Elle offre ici ce piège qu'elle est d'aspect pjrrhonien, et que, sur la foi de Pascal, trop malade du doute pour croire à son innocuité chez autrui, on s'est habitué à en faire comme l'expression heureuse, comme la formule vivante de la pensée intime du philosophe. C'est par elle qu'on salue d'abord Montaigne en signe de reconnaissance, le sceptique Montaigne, voulions-nous dire, car cette autre expression consacrée était appelée invinciblement par la première, et toutes deux sont également de stjle.

Non, Montaigne n'est pas un sceptique dans l'acception philosophique du terme; il est loin, quoi que Pascal en dise, de mettre a toutes choses dans un doute si universel et si général que, l'homme doutant même s'il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos ». Ce doute aigu, érigé en doctrine, qui fait litière de tout ce qui est debout, et qui, n'ayant plus à quoi s'en prendre, se retourne contre lui-même et se dévore, s'il était vrai venant de Montaigne et qu'il pût se conclure des Essais, aurait été, ou un grand mensonge chez cet homme a de bonne foj », si sensible aux réalités de l'existence, ou une insanité inexplicable dans ce cerveau robuste pénétré de lumière vive. Mais il n'en est rien que l'assertion fiévreuse de Pascal. Montaigne avait ses convictions, les fortes, celles qui servent d'assises et qui permettent de douter impunément du reste. Apologiste de Raymond Sebond, il croyait fermement en Dieu; ami de La Boëtie, il a eu le culte de l'amitié, de la sainte amitié , à laquelle il a élevé un de ces autels en or pur qui défient les injures du temps; enfin, lecteur assidu de Pluarque et nourri de la moelle des anciens, il a professé pour

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