NOTICE SUR MONTAIGNE XXVII
fiJiale, qui lui rendait chers les jours paternels, que pour l'espèce de servitude, — car il les appréhendait toutes! — qui allait résulter pour lui de la responsabilité attachée à son nouveau titre. La perspective du commandement était moins faite pour flatter son orgueil que pour effaroucher sa nonchalance. « Jamais homme, avoua-t-il plus tard, ne se laissa aller plus plainement et plus lâchement au soing et gouvernement d'un tiers que je fairois si j'avois à qui... J'estoy, ce croi-je, plus propre à vivre de la fortune d'autruy, s'il se pou voit sans obligation et sans servitude; et si ne sçay, à l'examiner de prés, si, selon mon humeur et mon sort, ce que j'aj à souffrir des affaires, et des serviteurs et des domestiques, n'a point plus d'abjection, d'importunité et d'aigreur que n'auroît la suitte d'un homme, nay plus grand que moy, qui me guidât un peu à mon aise ^ » Il ne s'en emploja pas moins, quoique « despiteusement », à la bonne gestion de la maison de Montaigne, qui ne périclita en rien sous son gouvernement : car il était de ceux qui, s'ils regimbent contre une responsabilité acceptée, ne la trahissent jamais. Ici, d'ailleurs, dans toute cette police d'affaires domestiques, il n'avait qu'à suivre les errements de son père', sans se mettre davantage en frais d'imagination. C'en était encore assez, il est vrai, pour « Tembesongner » au delà de ses souhaits. La chute d'une ardoise, les friponneries d'un valet, une
plus lourd et plombé u de tous? — Cependaut comment ramener & cette conclusion la phrase si expresse des Essais : « J'estois naj a 5 ans et plus avant la maladie de mon père, le troisitsme de ses enfans en rang de naissance? » Il n*est qu*une explication, répondent péremptoirement MM. de Gourgues etMalvezin, qui, l'un après Tautre, ont réfuté sur ce point MM . Payen et Griin : Pierre de Montaigne , marié en iSiS, a pu avoir avant i533, année de la naissance de Michel, deux enfants qui n'auront vécu que peu de jours, et qui n'en auront pas moins compté pour les rangs de naissance. Nous ajouterons que ces enfants devaient être des filles : des garçons , croyons-nous , eussent eu , à cette époque, l'honneur d'une mention plus particulière.