‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 33 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE XXIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE XXIX

n'était pas de ces indigents à faire appel au Dieu caché pour se contenter d'une aumône ? Il lui fallait à discrétion les voix familières de la solitude^ il lui fallait tout entière l'oisiveté féconde du contemplateur, sans aucune de ces attaches officielles qui garrottent l'esprit, qui le secouent et le détournent dans l'exercice même de la pensée. Aussi, après quelques hésitations, mais qui n'étaient encore ici qu'un hommage rendu à la mémoire de son père, il résigna sa charge de conseiller^. £t^ une fois libre envers le monde, il lui pardonnera volontiers et y reviendra souvent, n'étant rien moins que misanthrope et haïssant avant tout la servitude et l'obligation'. D'ailleurs, la preuve que chez lui le contemplateur n'excluait pas Thomme sociable, c'est que, quittant la robe du magistrat pour s'affranchir, ce semble , de toute gène du côté du monde , il s'empressa de la troquer contre l'épée du soldat : épée innocente, si l'on veut, et dont il n'est pas bien sûr qu'il se soit servie,

1 . Il aurait pu résigner sa charge aussitôt après la mort de son père, mais il attendit deux ans : ce ne fut, en effet, que le 24 juillet iSyo, lisons-nous dans les registres du Parlement de Bordeaux , que cette résignation eut lieu en faveur de Florimond de Raymond. Sans doute qu'un trop grand empressement à se démettre d*un office qu*il tenait de la main de son père lui eût semblé une sorte d'injure à sa mémoire.

2. « Il y a des naturels particuliers, retirez et internes. Ma forme essentielle est propre i la communication et à la production : je suis tout au dehors et en évidence, nay à la société et à Tamitié. La solitude que j*ayme et que je presche, ce n*est principallement que ramener à moy mes affections et mes pensées, restreindre et resserrer non mes pas, mais mes désirs et mon solng> resignant la solicitude estrangere et fuyant mortellement la servitude et Tobligation. » Essais, liv. III, ch. m.

3. Que Montaigne ait porté Tépée, rien de plus certain : d'abord ses contemporains l'attestent , entre autres Brantôme, qui même plaisante sur la' manière dont il la portait ; ensuite, le tombeau que M°^^ de Montaigne fit élever à son mari dans l'église des Feuillants à Bordeaux est celui d'un homme de guerre, avec statue du défunt vêtu de l'armure, le casque et les brassards à ses côtés. Mais que Montaigne se soii servi de l'épée, il serait téméraire de l'affirmer, nul jusqu'ici n'ayant pu dire k quelle occasion. La présomption serait plutôt que, obéissant à la tendance assez commune qui fait que nous nous piquons de ce dont nous sommes

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