‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 34 sur 270 · XXX NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE SUR MONTAIGNE

mais qui, ne fût-elle qu'un costume, n'impliquait de sa part, il

faut en convenir, aucun parti pris de réclusion absolue.

r e moins capables, il a cédé à la yanité bourgeoise de jouer au soldat en en revêtant le costume.

Le plus qu'on peut inférer de certains passages des Essais, c'est qu*il aurait fait partie, à la suite de la noblesse du Périgord, de quelques-uns de ces nombreux camps volants qui, dans ces temps de guerre civile, couvraient la campagne, par exemple lorsqu'il dit, liv. III, ch. xiii :

« Entre les aspretés de la guerre, (je) compte ces espaisses poussières dans lesquelles on nous tient enterrez en esté tout le long d'une journée » ; et encore, même chapitre : « Depuis quelques années, aux courvées de la guerre, quand toute la nuict y court, comme il advient communément, après cinq ou six heures l'estomac me commence à troubler avec véhémente douleur de teste, et n'arrive poinct au jour sans vomir. Comme les autres s'en vont desjeuner, je m'en vay dormir, et, au partir de là, aussi gaj qu'auparavant. »

Mais il ne faut pas oublier que si ces excursions de bandes de volontaires donnaient lieu fréquemment à des rencontres sanglantes, souvent aussi elles n'étaient que de simples promenades militaires, surtout aux époques de trêve ; et c'est k ces époques-là que Montaigne dut évoluer.

En vain , comme preuve d'un exercice sérieux de sa profession militaire , a-t-on objecté le tableau de guerre suivant , chaud d'une note qui semble personnelle :

« 11 n'est occupation plaisante comme le militaire : occupation et noble en exécution, car la plus forte, généreuse et superbe de toutes les vertus est la vaillance ; et noble en sa cause : il n'est point d'utilité, ny plus juste, ny plus universelle que la protection du repos et grandeur de son pays. La compaignie de tant d'hommes vous plaist, nobles, jeunes, actifs; la veue ordinaire de tant de spectacles tragiques; la liberté de cette conversation sans art, et une façon de vie masle et sans cérémonie; la variété de mille actions diverses; cette courageuse harmonie de la mu^ sique guerrière, qui vous entretient et eschauffe et les oreilles et l'ame ; l'honneur et noblesse de cet exercice, son aspreté mesme et sa di£Bculté. Vous vous conviez aux rolles et hazards particuliers selon que vous jugez de leur esdat et de leur importance, et voyez quand la vie mesme y est excusablement employée,

Pulchrumque mori succurrit in armis. »

Essais^ liv. III, ch. xiii.

Cette description éloquente est sans doute d'un homme qui a vu, mais non pas d'un homme qui a pratiqué, car elle ne précise rien et sonne creux comme une aspiration ou un regret. Montaigne, en somme, avait mieux à faire que de se dépenser au métier des armes. La plume a aussi sa vaillance, et il est de ses traits qui ne le cèdent à aucun coup d'épée.

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