‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 36 sur 270 · XXXII NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XXXII NOTICE SUR MONTAIGNE

de La Boëtie, fréquenter la Cour ou se tenir à l'écart suivant sa fantaisie, vivre enfin, pendant plusieurs mois, de cette vie indépendante de Paris dont il était si passionné appréciateur * . Rentré dans son château vers le commencement de Tannée iSyi, il se recueillit encore quelque temps comme à l'approche d'une grande confession, et enfin, la même année ^, il commençait au jour le jour, quelquefois aussi avec des pauses ou même avec d'assez longs intervalles?, mais sans jamais le clore et pour ne Pabandonner qu'à sa mort, ce oc livre de bonne foy », ces merveilleux mémoires, appelés modestement des Essais par leur auteur et qui sont encore aujourd'hui l'Encyclopédie la plus vivante, le Dictionnaire de la conversation le plus aimable que l'on puisse consulter; car, sortis d'une même plume et écrits au soufHe d'une imagination sans rivale^ ils ont le caractère de l'individualité, la forte unité de l'ensemble en même temps que tout le charme et la variété d'une causerie universelle.

I . fc Je ne veux pas bublier cecj, que je ne me mutine jamais tant contre la France que je ne regarde Paris de bon œil : elle a mon cueur dés mon enfance; et m'en est advenu comme des choses excellentes : plus j'ay veu depuis d*autres villes belles, plus la beauté de cette-cy peut et gaigne sur mon affection. Je Tayme par elle mesme, et plus en son propre estre que rechargée de pompe estrangîere ; je l'ayme tendrement jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis François que par cette grande cité, grande en peuples, grande en noblesse de son assiette, mais sur tout grande et incomparable en variété et diversité de commoditcz, la gloire de la France et l'un des plus notables ornemens du monde. > Essais, liv. III, ch. ix.

a. C'est vers la fin de iSyi que Montaigne a dû commencer les Es~ ioU, En effet, il dit au chap. xx du I^*" livre : « Il n'y a justement que quinze joun que j'ay franchi 89 ans. » Né, comme on se le rappelle, le 28 février i533, il écrivait donc ce chapitre au mois de mars 1573; et il aurait écrit les premiers vers la fin de l'année précédente^ car il dit dans le dernier chapitre du second livre, imprimé en 1 58o : « Je me suis envieilly de sept ou huict ans depuis que je commençay. »

3. « Ce fagotage de tant de diverses pièces se faict en cette condition, que je n'y mets la main que lorsqu'une trop lasche oisiveté me presse, et non ailleurs que chez moy. Ainsin il s'est basty à diverses poses et intervalles. » Ibid,, liv. Il, ch. xxxvii.

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