‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 40 sur 270 · XXXVI NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE SUR MONTAIGNE

causeur aimable joignît une pointe d'ironie et comme un semblant d'égoîsme : cela était, dans l'état des esprits, pour le faire accepter de chacun et pour convaincre de son entière impartialité. N'est-ce pas là, dans les grandes lignes, le portrait que Montaigne a laissé de lui-même? Voyons.

« C'est moy que je peins... Je sub moj-mesme la matière de mon livre », commence-t-il par dire dans la préface, et, précisant davantage, il ajoute plus loin : « Ce ne sont mes gestes que j'escris, c'est moy, c'est mon essence > . » Dernière déclaration qui vient rassurer sur ce que la première pouvait faire craindre de trop personnel. C*est moins, en effet, la peinture de l'homme individuel que Montaigne s'est proposé de faire, avec ses particularités, ses accidents d'existence, ses petites exceptions presque toujours interprétées à vanité, que l'étude en sa personne non de ce qui nous différencie, mais de ce qui nous rapproche de nos semblables; en d'autres termes, s'il se cantonne en lui-même, s'il se fait centre, ce n'est point par orgueil, c'est simplement parce qu'il a su retrouver tous les hommes dans l'homme, atteindre toute l'espèce dans l'individu — l'homme n'est-il pas un microcosme, comme l'a défini Aristote*? — Cette acuité de vision intuitive, il ne s'en servira pas au moins pour professer, pour déduire toute une philosophie transcendante. Il est bien incapable d'un tel effort! puis il n'a pas cette ambition. La sienne est de vivre mollement la vie « pour la vivre au double des autres ». Il ne veut rien qui lui coûte ) ; et il aurait tort de faire violence à sa nature, puisque son épicuréisme est celui du sage, à qui il ne suffit pas de jouir, à qui il [faut encore le secret de son bonheur. Ce secret, hélas! c'est que l'homme est « un subject

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