‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 42 sur 270 · XXXVIII NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XXXVIII NOTICE SUR MONTAIGNE

peu que je ne die, foUastre. Elle ne presche que feste et bon temps : une mine triste et transie montre que ce n'est pas là son giste. » Quoi donc alors? Rien que la satisfaction personnelle d'être arrivé à la découverte d'une vérité qui, il est vrai, si elle ne flatte pas notre amour-propre, n'est pas faite toutefois pour nous décourager absolument : car, à tout prendre, s'il nous est difficile d'asseoir nos jugements d'une assiette fixe ; si a nos actions se contredisent communément de si estrange façon qu'il semble impossible qu'elles soient parties de mesme boutique », c'est sans doute que « nostre fin estant en l^autre monde, il n'y a point de fin ici bas en nos inquisitions if> , et que l'âme y est « tousjours en apprentissage et en épreuve » . Ce qu'il y a de certain, du moins, c'est qu'il ne nous est pas donné sur la terre, a cette branloire perenne où tout branle sans cesse et du branle public et de son branle propre, et où la constance mesme n'est qu'un branle plus languissant », il ne nous y est pas donné, disons-nous, de a connoistre les choses par la force et selon la loy de leur essence » . L'être nous échappant, nous en sommes donc réduits à ce peindre le passage », c'est-à-dire la variété, le changement, les contradictions apparentes. Malheureusement, il est rare que nous nous renfermions dans la modestie du rôle que la nature nous a assigné : l'absolu nous tente, nous voulons échapper à l'homme, et il arrive que, a au lieu de nous transformer en anges, nous nous transformons en bestes ^ » , selon l'expression même de Montaigne, expression dont Pascal a fait son profit. Convenons donc franchement de notre impuissance à connaître en réalité des choses, n'accordons à nos imaginations que l'importance qui leur est due, et que le dernier terme de notre sagesse soit l'aveu même de notre ignorance et de notre vanité. Dire : Oui, c'est téméraire; dire : Non, c'est encore affirmer; Que sais^jti est la vraie formule qui ne nous engage pas ultra vires, autrement dit par delà l'humain.

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