‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 45 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE XLI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE XLI

que ces sortes de marché tiennent, que l'homme du dedans, le libre-penseur « de l'arriere-boutique x> , ne soit pas en contradiction formelle avec l'homme du dehors, avec le très humble serviteur des institutions existantes. L'accord rompu, le public sait bien à qui entendre ; il ne se trompera pas dans cette partition à deux voix pour démêler la note sentie de la note convenue, de la note de circonstance. Que Montaigne, « desgouté de la nouvelleté, quelque visage qu'elle porte, pour en avoir veu des effets très dommageables », se demande « s'il se peut trouver si évident profit au changement d'une loy receue, telle qu'elle soit, qu'il y a de mal à la remuer », et dise avec force : « Les loîx se maintiennent en crédit, non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont loix : c'est le fondement mystique de leur auctorité, elles n'en ont point d'autre; et quiconque obéit à la loy parce qu'elle est juste ne luy obéit pas justement par où il doibt » ; il n'en porte pas moins la plus grave atteinte à la majesté du pouvoir établi^ auquel il déclare hautement se rallier, lorsque, à la même heure, parlant privément des princes, il leur attribue tous les défauts de notre nature, avec cette circonstance aggravante que, voulant aussi légèrement que nous, ils peuvent davantage. « Les âmes des empereurs et des savatiers, dit-il, sont jettées à mesme moule. Considérant l'importance des actions des princes et leur pois, nous nous persuadons qu'elles soyent produites par quelques causes aussi poisantes et importantes. Nous nous trompons : ils sont poussez et retirez en leurs mouvemens par les mesmes ressors que nous sommes aux nostres. La mesme raison qui nous faict tanser avec un voisin dresse entre les princes une guerre ; la mesme raison qui nous faict foîter un laquais, tombant en un roy, luy faict ruiner une nation entière. » Mais, du moins, le pacte qui lie les sujets au souverain, s'il n'a pas pour base le respect, doit-il sa vertu à des considérations d'intérêt ? Écoutons la réponse : « En nos actions accoustumées, de mille il n'en est pas une qui nous regarde. Celuy que tu vois grimpant contremont les ruines de

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