XLII NOTICE SUR MONTAIGNE
ce mur, furieux et hors de soy, en bute de tant de barquebuzades; et cet autre tout cicatrice, transi et pasle de faim, délibéré de crever plutost que de luj ouvrir la porte, pensestu qu'ils y soyent pour eux ? Pour tel, à l'adventure, qu'ils ne virent onques et qui ne se donne aucune peine de leur faict, plongé cependant en l'oysiveté et aux délices. » Qu'invoquant après cela la raison d'État, Montaigne vienne dire des rois : a Toute inclination et soubmission leur est deué, sauf celle de l'entendement; ma raison n'est pas duite à se courber et fléchir, ce sont mes genoux » ; ces génuflexions, d'où l'âme est absente, sont la négation même du culte de la royauté.
La religion, au XVI^ siècle, était trop connexe à la politique pour que, partisan de l'autorité constituée, Montaigne ne tînt pas également pour le Catholicisme ofBciel contre la Réforme, même tolérée. Sous prétexte de défendre celui-là contre les nouveautés dangereuses mises en crédit par Luther et de confondre l'orgueil humain, source de toute révolte, on sait à quelle hauteur d'éloquence il s'est élevé dans sa paraphrase de la Théologie naturelle de Kaimond Sebond, soit que, mettant l'homme face à face avec l'univers, il lui demande si c'est pour sa commodité et son service qu'ont été établis et se continuent durant les siècles « ce bransle admirable de la voûte céleste, la lumière éternelle de ces flambeaux roulans si fièrement sur sa teste et les mouvemens espouvantables de cette mer infinie 9 ; soit que, nous ravalant aux animaux, il nous défie de produire nos titres de supériorité sur eux et de les trouver non pas même dans le dernier effort de la raison humaine, dans la philosophie, amas d'incertitudes et de contradictions, « poésie sophistiquée, tintamarre de cervelles ». Mais ce sont là des arguments de sentiment qui, s'ils ont leur valeur en tant qu'ils brident les masses et les retiennent sous le joug de la f<5î, n'infirment en rien les droits imprescriptibles de la raison à poursuivre par la science, même au prix de chutes ridicules ou funestes, la solution des grands problèmes que les mystiques attendent de la révélation. Et cela est vrai aussi au fond pour