NOTICE SUR MONTAIGNE XLIII
Montaigne, quoi qu'il en dise. Il avait entrepris la traduction de la Théologie de Sebond sur Tordre de son père; il y trouva des motifs à des mouvements oratoires et, l'artiste venant au secours du bourgeois timoré, il ne manqua pas à envelopper dans la même réprobation et les schismatiques et les fauteurs de rébellion, tous ceux qui, au nom de l'entendement individuel, arrivent à ébranler les bases de TÉtat et à compromettre la paix publique. « Le moyen que je prens, s'écrie-t-il, pour rabatre cette frenaisie et qui me semble le plus propre, c'est de froisser et fouler aux pieds l'orgueil et humaine fierté; leur faire sentir l'inanité, la vanité et deneantise de rhomme; leur arracher des poings les chetives armes de leur raison; leur faire baisser la teste et mordre la terre soubs Tauthorité et reverance de la majesté divine. C'est à elle seule qu'apartient la science et la sapience ; elle seule qui peut estimer de soy quelque chose et à qui nous desrobons ce que nous nous comptons et ce que nous nous prisons. » Il a beau venir dire encore, à l'appui de sa thèse, qu'il n'est qu'une religion vraie au monde, la religion catholique^ et que les plus excellents hommes de l'antiquité, comme Socrate et Caton, ont été vertueux en vain et inutilement pour avoir ignoré le Dieu véritable, on a peine à concilier ces déclarations, toutes de prudence, avec la réserve qu'il a déjà faite du for intérieur et avec d'autres déclarations comme celle-ci : « Nous ne recevons nostre religion qu'à nostre façon et par nos mains, et non autrement que les autres religions se reçoyvent. Nous nous sommes rencontrez au pais où elle estoit en usage; ou nous regardons son ancienneté ou Tauthorité des hommes qui l'ont maintenue, ou creignons les menaces qu'eir attache aux mescreans, ou suyvons jses promesses. Une autre religion, d'autres tesmoings, pareilles promesses et menaces nous pourroyent imprimer par mesme voye une croyance contraire. Nous sommes chrestiens, à mesme titre que nous sommes Perigordins ou Alemans. » Que pourrait-on articuler de plus fort en faveur de la légitimité de chaque religion.