‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 48 sur 270 · XLIV NOTICE SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

XLIV NOTICE SUR MONTAIGNE

puisque l'on avoue qu'aucune ne s'impose invinciblement et que c'est au hasard de la naissance que nous sommes redevables de celle que nous pratiquons? Concluons donc hardiment avec Montaigne contre Montaigne même > à l'adoration valable de la Divinité, sous quelque forme sincère que cette adoration se produise, autrement dit, à la liberté de conscience, qui était au fond du grand mouvement du XVI^ siècle et qui devait obtenir une première satisfaction sérieuse à l'avènement de Henri IV.

Outre la religion et la politique, le XVI^ siècle, en France, s'est compliqué d'un troisième élément qui a grandement influé sur les deux autres : nous voulons parler des lettres, auxquelles la diffusion récente des chefs-d'œuvre de l'antiquité venait d'insufHer une vie nouvelle, de procurer une renais^ sanct, selon le mot qui a servi à caractériser le siècle. Quoique les lettres en elles-mêmes ne fussent pas, ainsi que nous l'avons dit, la principale affaire de Montaigne, et qu'il les aimât moins pour leur propre beauté que pour Tappoint qu'il en tirait à ses réflexions personnelles, son éducation première, son goût pour l'observation, son génie propre d'écrivain, tout le portait vers ces grands modèles de Rome et de la Grèce, les seuls alors à mettre en compte, offrant, sous la transparence de langues parfaites, les profondeurs idéales d'immenses civilisations disparues : double profit pour un idiome en labeur et une civilisation encore mineure. On le voit bien à l'abondance extraordinaire de citations anciennes qu'il a répandues dans les Essais, à sa connaissance intime du latin dont il s'est

I . La preuve qu'il n'aurait pas demandé mieux que de s'arranger, le cas échéant, résulte des lignes suivantes : « A la vérité, et ne crains point de radvouer, je porteroîs facilement au besoing une chandelle à S. Michel, l'autre à son serpent, suivant le dessein de la vieille; je suivraj le bon party jusques au feu, mais exclusivement si je puis. Que Montaigne s'engouffre quant et la ruyne publique, si besoin est; mais s'il n'est pas besoin et s'il ne sert, je sçauray bon gré à la fortune qu'il se sauve; et autant que mon devoir me donne de corde, je l*empIoye à sa conservation, m Euai%, liv. III, ch. i*'.

Page 1