XLVI NOTICE SUR MONTAIGNE
quité avait développé soudain d'amour de lumière terrestre et d'hostilité contre les superstitions < et la pédanterie^ du moyen âge. Seulement, il vivait dans la défiance de ces choses parce que, suivant la loi fatale des transitions, elles avaient été interprétées à mauvaise fin : il ne croyait plus pour le présent à leur pratique bienfaisante, à leur vulgarisation heureuse; en un mot^ sans renier le progrès, il en était arrivé à le dénoncer comme inopportun, et c'est en quoi il se sépare de l'esprit de la Renaissance , de même que nous l'avons vu se séparer, pour des causes semblables, de l'esprit de la Réforme, en rejetant la liberté des cultes après avoir admis la liberté de conscience.
Où est le mal? Qui donc s'avisera de lui imputer à blâme
Socrate, Épaminondas ou L'Hospital? Morts ou vivants, ils étaient tous ses amis, et c*est des morts surtout qu'il parlait le plus affectueusement, parce que sa louange n'était pas gênée. « J'ay attaqué cent querelles, dit-il, pour la deffence de Pompeius et pour la cause de Brutus. Cette accointance dure encore entre nous... Ce seroit ingratitude de mespriser les reliques et images de tant d'bonnestes hommes et si valeureux, que j'ay veu vivre et mourir, et qui nous donnent tant de bonnes instructions par leur exemple, si nous les sçavions suivre. » Essais^ liv. III, ch. iz.
I . « Il j a du mal'heur d'en estre là, que la meilleure touche de la venté, ce soit la multitude des croians en une presse où les fols surpassent de tant les sages en nombre... Jusques à cette heure, tous ces miracles et evenemens estranges se cachent devant moy. Je n'ay veu monstre et miracle au monde plus exprés que moymesme. » /b/d., ch. xi.
« Quant les vignes gèlent en mon village, mon prebstre en argumente l'ire de Dieu sur la race humaine, et juge que la pépie en tienne des-jà les cannibales. » Ibid., liv. I, ch. xxvi.
a. Avec quelle verve n'a-t-il pas daubé ces latineurs de collège dont toute la science n'est que babil, et qui s'évertuent à faire de leurs écoliers des Anes chargés de livres! Sortant de leurs mains, le disciple sait encore dire : « Cicéron s'exprime ainsi; Voilà l'opinion de Platon; Ce sont les mots mesmes d'Aristote. » Mais lui, que dit-il? qu'opine-t-il ? que juge-t-il? Autant en ferait bien un perroquet. Voire mais, en dehors de l'école et avec les seules ressources de l'entendement, comment s'en tirera-t-il si on le presse de la subtilité sophistique de quelque syllogisme? (t Le jambon fait boire, le boire désaltère, par quoi le jambon désaltère... »
Voir les chapitres sur le Pedantiame et VInstitution dtt tnfans.