LIV NOTICE SUR MONTAIGNE
manière de Montaigne, et en effet elle est partout trop caractérisée pour qu'on n'ait pas l'embarras du choix des exemples.
rabillage. Quand je pourrois cela sur moy, — et pourquoy ne le pourrois je pas ayec le temps et le soing ? — je ne le Youdrois pas. De ce peu que je me suis essayé en cette occupation du monde, je m'en suis d*autant degousté : je me sens fumer en Tame par fois aucunes tentations ▼ers Pambition, mais je me bande et obstine au contraire. » EssaU, lÎT. III, cb. IX.
On a beaucoup discuté et on discute encore sur l'énigme d'Alceste. Il semble que le Sphinx n'ait plus qu'à se précipiter dans l'abîme devant la distinction si nette que Monuigne fait de lui-même en homme privé qui a raison de s'abandonner à la franchise de ses allures^ et en homme public qui a tort de ne pas vouloir en rabattre avec le monde. Pour rendre ce défaut sensible au théâtre, Molière a dû dédoubler le personnage et opposer Philinte à Alceste, sans plus tenir pour l'un que pour l'autre, son idéal étant l'homme parfait rêvé par Montaigne : un Alceste qui aurait de l'urbanité ou un Philinte qui ne manquerait pas de caractère. Mais rien n'est moins scénique que la perfection. Aussi est-il resté dans la vérité de son art en présentant sa comédie comme il l'a fait, et en laissant au spectateur le soin d'en dégager la moralité qui ne saurait plus faire de doute pour personne, Montaigne aidant.
— En compulsant bien les œuvres de La Bruyère, il ne serait pas impossible d'y retrouver, non surpassées en raillerie et en âpreté, les paraphrases des passages suivants :
a Quand ces ametes (petites âmes), naines et chetives, s'en vont embabouynant et pensent espendre leur nom pour avoir jugé à droict un affaire ou continué l'ordre des gardes d'une porte de ville, ils en montrent d'autant plus le cul qu'ils espèrent en haxisser la teste... La renommée ne se prostitue pas à si vil conte. Les actions rares et exemplaires à qui elle est deuë ne souffriroient pas la compagnie de cette foule innumerable de petites actions journalières. Le marbre eslevera vos titres tant qu'il vous plaira pour avoir faict rapetasser un pan de mur ou descroter un ruisseau public, mais non pas les hommes qui ont du sens, a Ibid., liv. III, ch. X.
« Nous louons un cheval de ce qu'il est vigoureux et adroit^ non de son harnois ; un leyrier de sa vitesse , non de son coller ; un oyseau de son aile, non de ses longes et sonettes. Pourquoy de mesmes n'estimons nous un homme par ce qui est sien? Il a un grand train, un beau palais, tant de crédit, tant de rente : tout cela est autour de luy, non en luy. Vous n'achetez pas un chat en poche... Pourquoy, estimant un homme, l'estimez vous tout enveloppé et empacqueté?... Vous n'en donnerez i l'adventure pas un quatrain, si vous l'avez despouillé : il le faut juger par luy mesme, non par ses atoun. Et, comme dit trés-plaisamment un ancien : Sçavez vous pourquoy vous l'ettimez grand f vous y comptez la hou-