‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 6 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE V · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE V

à la lueur de cette synthèse, déduire tous les ' agissements de rhomme collectif, n'est-ce pas, au spectacle émouvant d'un drame à mille faces, joindre l'attrait jaloux du problème à déterminer, de l'inconnue à résoudre ?

Le monde oriental , qui représente l'enfance de l'humanité , s'était immobilisé des milliers d'années dans la contemplation et dans une idée vague de l'infini. La religion y enveloppait tout, y absorbait tout, y retenait tout en puissance. Il était besoin, au début, de cette éducation de force comprimant les races, les bridant au delà n\éme des limites assignées au premier âge, comme il est bon chez l'individu que l'état d'innocence ne cesse pas de fait avec les prodromes de la puberté, dans l'intérêt de la plus grande projection ultérieure de sa vitalité d'adulte. Aussi , avec le monde grec et romain , quelle explosion d'activité ! quelle descente du ciel ! quelle prise de possession de la terre 1 en un mot, quel épanouissement dans le fini , ce second terme qui , dans l'ordre de développement de notre nature, se pose au déclin des croyances primitives et après l'absorption tyrannique de l'être par le Dieu caché ! Mais l'antiquité devait mourir à son tour de la négligence de l'infini, comme l'Orient était mort de sa pratique excessive, chacun de ces mondes n'ayant eu à tâche que de mettre en relief un seul des côtés de la dualité humaine. Et il fallait qu'il en fût ainsi : il est conforme à la loi naturelle, il est du destin que, partant d'une synthèse spontanée, qui est la confusion de la vérité, pour arriver à une synthèse réfléchie, qui est cette même vérité dévoilée autant qu'elle peut l'être ici-bas, nous expérimentions à part l'un et l'autre des deux grands éléments qui sont dans la conscience, l'infini d'abord, le fini ensuite, avant de chercher le troisième terme qui doit les rapprocher, et qui, en se fondant avec eux , constitue la triplicité harmonieuse que tout homme porte en soi, mais dont il n'a la pleine connaissance et la jouissance éclairée qu'après la décomposition et l'étude particulière de chacune de ses parties. Deux premiers mondes s'étaient usés dans la représentation

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