LXIV NOTICE SUR MONTAIGNE
à son indépendance, constituait éyidemment pour Ini, avec son collier de Saint-Michel, un certificat anthentiqoe de noblesse à opposer aux mauTaises (langues qui, comme Brantôme > par exemple, auraient pu dauber les Montaigne sur leur gentilhommerie, le père n'ayant été qu'écujrer, le fils sortant de porter la robe. Quant à sa bulle de bourgeoisie romaine et à la joie avouée avec laquelle il Ta transcrite tout au long dans son livre, ce n'est pas nous qui en sourirons. Qui n'a vécu par le souvenir avec ces grandes ombres du temps passé? Qu'on nous dise le sceptique, ayant des lettres, qui reste froid encore aujourd'hui à la magie de ces syllabes : Urhs Koma! Cvis romanusi Au XVI^ siècle, l'antiquité avait bien un autre près* tige ! Et que ne devait pas être Rome pour Montaigne, lui qui en avait d'abord parlé la langue à l'exclusion de la sienne et dont les premières imaginations s'étaient rapportées toutes
I. Brmtâme, qui était de grande maison, semble avoir pris particolibrement Montaigne à partie, avec la rage d'en Saint-Simon, dans tontes les questions de noblesse et de prérogatives. Ainsi, ajant à déplorer l'avilissement de l'ordre de Sûnt-Michel, c'est Montaigne qa'il cite parmi les promus indignes : « Noos avons vea, dit-il, des conseillers^ sortis des conn de parlement, quitter la robe et le bonnet quarré et se mettre à traisner l'espée, et les charger aussitost de ce collier, sans antre forme d'avoir fait guerre; comme fit le sieur de Montaigne, duquel le mestier estoit meilleur de continuer sa plume à escrire ses Es$ajs, » Il attribue sa nomination dans l'ordre non à son mérite, mais aux seules démarches du marquis de Trans, vobin et ami de Montaigne : « Le marquis de Tran (iic) impetra du roy ajsement un ordre à un de ses voisins, pensiez qu'en se mocquant, car il estoit un grand mocqueur. > Discours sur les capitatRa iilustresy article Tàvamni.
On a donné des raisons à cette animosité : on a dh que, par sa naissance, Brantâme devait tenir aux traditions de la hante noblesse et être l'ennemi des gens de robe ; que, Périgourdin comme Montaigne, et fréquentant à la cour de Nérac, il était resté attaché quand même à la reine Marguerite dont il était idolâtre , tandis que Montaigne s*était promptement rallié au roi de Navarre, fort mal avec sa femme. Ces raisons ont leur valeur, mais la raison profonde, celle dont Brantôme se fftt certainement le plus défendu, pourrait bien être la secrète )alousie que le seigneur de Bourdeilles ne devait pas manquer de nourrir contre un confrère en lettres de la force de Montaigne. Il n'y a que les écrivains entre eux pour en remontrer aux coquettes sur le chapitre de la perfidie.