VIII NOTICE SUR MONTAIGNE
toute la noblesse reposait sur un maigre titre d'écuyer, était un petit homme brun et nerveux, à la stature droite, correct de mœurs comme de représentation, un de ces heureux, venus dans leur temps, vivant sévèrement de la vie présente, sans regrets du passé, sans tourment de l'avenir, sans autre fièvre que celle du devoir; un de ces croyants-nés de la chose établie, toujours prêts à recevoir le mot d'ordre et à y conformer leur conduite, fidèles au prince, gardiens inflexibles des saines traditions, non pas sans initiative, mais ne l'exerçant que dans les limites permises; esprits bourgeois en somme, dirions-nous aujourd'hui, mais soldats disciplinés, formant le gros de l'armée sociale et indispensables à l'équilibre d'une nations
▼illftge de Saint-Michel, à cinq lieues de Bergerac, et où le château qui servait de résidence était situé sur une hauteur. Ce château avait été , sinon bâti, au moins considérablement agrandi par Pierre. « Mon père, dit Montaigne, liv. III, ch. ix, aymoit à bastir le lieu où il estoit nay. » II signale d'autres familles du même nom qui existaient à cette époque : « Il y a une famille à Paris et à Montpelier qui se surnomme Montaigne; une autre en Bretaigne et en Xaintonge, de la Montaigne. » Essais^ liv. II, ch. XVI.
I . Voici le portrait que Montaigne trace de son père dans l'édition de 1595, liv. II, ch. II :
«( 11 parloit peu et bien , et si mesloit son langage de quelque ornement des livres vulgaires, sur tout espaignols... Le port, il Tavoit d'une gravité douce , humble et très modeste ; singulier soing de Thonnesteté et décence de sa personne et de ses habits, soit à pied, soit à cheval : monstrueuse foy en ses paroles, et une conscience et religion, en gênerai, penchant plustost vers la superstition que vers l'autre bout : pour un homme de petite taille, plein de vigueur et d'une stature droitte et bien proportionnée ; d'un visage aggreable , tirant sur le brun ; adroit et exquis en touts nobles exercices. J'ay veu encore des cannes farcies de plomb, desquelles on dit qu'il s'exerceoit les bras pour se préparer à ruer la barre ou la pierre, ou à l'escrime, et des souliers aux semelles plombées, pour s'alléger au courir et au sauter. Du prim-sault, il a laissé en mémoire des petits miracles: jel'ayveu, pardelà soixante ans, se moquer de nos alaigresses, se jetter avec sa robbe fourrée sur un cheval, faire le tour de la table sur son pouce^ ne monter guère en sa chambre sans s'eslancer trois ou quatre degrez à la fois. Sur mon propos , il disoit qu'en toute une province, à peine y avoit il une femme de qualité qui fust mal nommée ; recitoit des estnnges privautez, nommément tiennes, avec des hon-