‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 92 sur 270 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pejoraqut sxcula ferri Temporibus, quorum sceUri non invcnit ipsa Nom^n, €i a nuHo posuit natura métallo;

mais pour le mien, non. J'en suis en particulier trop pressé : car en mon voisinage nous sommes tantost, par la longue licence de ces guerres civiles , envieillis en une forme d'estat si desbordée ,

Quippe ubi fas vtrsum aiquc nef as, qu'à la vérité c'est merveille qu'elle se puisse maintenir:

' Armati Urram exercent, semperque récentes Convectare juvat przdas et vivere rapto.

En fin je vois, par nostre exemple, que la société des hommes se tient et se coust, à quelque pris que ce soit : en quelque assiete qu'on les couche, ils s'appi* lent et se rengent en se remuant et s'entassant, comme des corps mal unis qu'on empoche sans ordre trouvent d'eux-mesme la façon de s'accommoder, se joindre et s'emplacer les uns parmy les autres, souvent mieux que l'art ne les eust sceu disposer. Le roy Philippus fit un amas des plus meschans hommes et incorrigibles qu'il peut trouver, et les logea tous en une ville qu'il leur fist bastir, qui en portoit le nom. J'estime qu'ils dressarent des vices mesme une contexture politique entre eux et une commode et juste société. Je vois non une action, ou trois, ou cent, mais des meurs en usage commun et receu si monstrueuses, en inhumanité sur tout et desloyauté, qui est pour moy la

pire espèce des vices, que je n'ay point le courage de les concevoir sans horreur, et les admire quasi autant que je les déteste. L'exercice de ces meschancetez insignes porte marque de vigueur et force d'ame autant que d'erreur et desreglement. La nécessité compose les hommes et les assemble. Cette cousture fortuite se forme après en loix, car il en a esté d'aussi farouches qu'aucune opinion humaine puisse enfanter, qui toutesfois ont maintenu leurs corps avec autant de santé et longueur de vie que celles de Platon et Aristote sçauroyent faire. Et certes toutes ces descriptions de police, feintes par, art, se trouvent ridicules et ineptes à mettre en practique.

Ces grandes et longues altercations, de la meilleure forme de société et des reigles plus commodes à nous attacher, sont altercations propres seulement à l'exercice de nostre esprit : comme il se trouve es arts plusieurs subjects qui ont leur essence en l'agitation et en la dispute, et n'ont aucune vie hors delà. Telle peinture de police seroit de mise en un nouveau monde, mais nous prenons les hommes obligez desjà et formez à certaines coustumes; nous ne les engendrons pas comme Pyrrha ou comme Cadmus. Par quelque moyen que nous ayons loy de les redresser et renger de nouveau, nous ne pouvons guieres les tordre de leur ply accoustumé que nous ne rompons tout. On demandoit à Solon s'il avoit estably les meilleures loys qu'il avoit peu aux Athéniens : « Ouy bien, responditil, de celles qu'ils eussent receuës. »

Non par opinion, mais par vérité, l'excellente et meilleure police est à chacune nation celle soubs la-

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