‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 2 sur 317 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

berté et d'estendue à l'interprétation des loix qu'à leur façon. Et ceux là se moquent qui pensent appetisser nos débats et les arrester en nous r'appellant à Texpresse parolle de la Bible : d'autant que nostre esprit ne trouve pas le champ moins spatieux à contreroller le sens d*autruy qu'à représenter le sien , et comme s'il y avoit moins d'animosité et d'aspieté à gloser qu*à inventer. Nous vo^yons combien il se trompoit, car nous avons en France plus de loix que tout le reste du monde ensemble, et plus qu'il n'en faudroit à reigler tous les mondes d'Epicurus ' : et si avons tant laissé à opiner et décider à nos juges qu'il ne fut jamais liberté si puissante et si licencieuse. Qu'ont gaigné nos législateurs à choisir cent mille espèces et faicts particuliers, et y attacher cent mille loix? Ce nombre n'a aucune proportion avec l'infinie diversité des actions humaines. La multiplication de nos inventions n'arrivera pas à la variation des exemples. Adjoustez y en cent fois autant, il n'adviendra pas pourtant que, des evenemens à venir, il s'en trouve aucun qui, en tout ce grand nombre de milliers d'evenemens choisis et enregistrez, en rencontre un auquel il se puisse joindre et apparier si exactement qu'il n'y reste quelque circonstance et diversité qui requière diverse considération de jugement : il y a peu -de relation de nos actions, qui sont en perpe'tuelle mutation, avec les loix fixes et immobiles. Les plus désirables, ce

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