‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 33 sur 317 · D/Ml · texte numérisé non relu

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crainte et pitié que le peuple a de ce mal te sert de matière de gloire; qualité de laquelle, si tu as le jugement purgé et en as guery ton discours, tes amys pourtant en recognoissent encore quelque teinture en ta complexion. Il y a plaisir à ouyr dire de soy : Voylà bien de la force, voylà bien de la patience. On te voit suer d'ahan, pallir, rougir, trembler, vomir jusques au sang, souffrir des contractions et convulsions estranges, dégoûter par foys de grosses larmes des yeux, rendre les urines espesses, noires et effroyables, ou les avoir arrestées par quelque pierre espineuse et hérissée qui te pouint et escorche cruellement le col de la verge; entretenant cependant les assistans d'une contenance commune, raillant à pauses avec les dames', tenant ta partie en un discours tendu, excusant de parolle ta douleur et rabatant de ta souffrance. Te souvient il de ces gens du temps passé qui recerchoyent les maux avec si grand faim, pour tenir leur vertu en haleine et en exercice? Mets le cas que nature te porte et te pousse à cette noble escole», en laquelle tu ne fusses jamais entré de ton gré. Si tu me dis que c'est un mal dangereux et mortel, quels autres ne le sont ? car c'est une piperie medecinale d'en excepter aucuns qu'ils disent n'aller point de droict fil à la mort : qu'importe s'ils y vont par accident et s'ils glissent et gauchissent ayséement vers la voye qui nous y

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