A cette glorieuse escole
CHAPITR£ XIII 49
meine ' ? La cbolique e$t souveal non moias vivace que nous : ii se voit des hommes ausquels eJie a continué depuis leur enfance jusques à leur extrême vieillesse; et, js'ils ne luj eussent faillj de compaignie, elle estoit pour les assister plus outre : vous la tuez plus souvent qu'elle ne vous tue. Et quand elle te presenteroit l'image de la mort voisine, seroit ce pas un bon office à un homme de tel aage de le ramener aux cogitations de sa fin'? Considère combien aitifîcielement et douce- OKint elle te desgouste de la vie H desprend du monde, non te forçant d'une subjection tyranni* que» comme tant d'autres maux que tu vois aux vieillarts qui les tiennent continuellement entravez et sans relasche de foyblesses et douleurs, mais par adveitissemens et instructions reprises à intervalles, entremeslant des longues pauses de repos, comme pour te donner moyen de méditer et repeter sa leçon à ton ayse. Pour te donner moyen de juger sainement et prendre party en homme de cœur, elle te présente Testât de ta condition entière et en bien et en mal, et, en mesme jour, une vie
1 . Mais tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant : la mort te tue bien sans le secours de la maladie, et à d'aucuns les maladies ont eslotgné la mort, qui ont plus vescu de ce qu'il leur «embloit s'en aller laourants; joint qu'il est, comme des playes, aussi des maladies medecinales et salutaires.
1. £t, qui pis est, tu n'as plus pour quoy guérir : ainsi comme ainsin, au premier jour U fiommune nécessité t'appelle.
Montaigne. VIL 7
So LIVRE TROISIESME
tres-alegre tantost, tantost insupportable, n'accoles la mort, au moins tu luy touch paume une fois le moys ^ On n'a point à se ] dre des maladies qui partagent lojallemei temps avec la santé. »
Je suis obligé à la fortune de'.quoy elle n saut si souvent de mesme sorte d'armes : elle façonne et m'y dresse par usage, m'y durci habitue. Je sçay à peu prés mes-huy en quojr doibs estre quitte '. Me sert aussi l'accoustuma à mieux espérer pour l'advenir : car, la condu; de ce vuidange ayant continué si long temps est à croire que nature ne changera point ce tre et n'en adviendra autre pire accident que ce) que je sens. En outre, la condition de cette ma die n'est point mal advenante à ma compIexi< prompte et soudaine. Quand elle m'assaut moll ment, elle me faict peur, car c'est pour long temp mais naturellement elle a des excez vigoreux < gaillarts; elle me secoue à outrance pour un joi
1 . Par où tu as de plus à espérer qu'elle t*attrappera u jour sans menace, et qu'estant si souvent conduit jusques ai port, te fiant d*estre encore aux termes accoustumez, oi t'aura et ta fiance passé l'eau un matin inopinément.
2. A faute de mémoire naturelle, j'en forge de papier; et, comme quelque nouveau symptôme survient à mon mal, je l'escris : d'où il advient qu'à cette heure, estant quasi passé par toute sorte d'exemples, si quelque estonnement me menace, feuilletant ces petits brevets descoutut comme des feuilles sybillines, je ne faux plus de trouver oà me consoler de quelque prognostique favorable en mon expérience passée.