CHAPITRE XIII 6i
q«e )e craindrois moins que mille passions et agitations d'esprit que je vois en usage. Je prens party de ne plus courre, c'est assez que je me traine ; ny ne me plains de la décadence naturelle qui me tient aux talons * ;
Quis tumidum guttur miratur in Alpibus?
non plus que je ne regrette que ma durée ne soit aussi longue et entière que celle d'un chesne.
Je n'ay poinct à me plaindre de mon imagination : j'ay eu peu de pensées en ma vie qui m'ayeat seulement interrompu le cours de mon sommeil» si elles n'ont esté du désir, qui m'esveillast sans m'affliger. Je songe peu souvent, et lors c'est des choses fantastiques et des chimères, produictes communément de pensées plaisantes, plustost ridicules que tristes; et tiens qu'il est vray que les songes sont loyaux interprètes de nos inclinations, mais il y a de l'art à les assortir et entendre'.