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LES COPIES ET IMITATIONS GRAVÉES

Comme on l'a pu voir plus haut, du vivant de Bruegel, il n'y eut que cinq graveurs, Jérôme Cock, Pierre van der Heyden, Pierre Huys, Philippe Galle et Jean Wierix, qui s'étaient partagé l'honneur de mettre sur cuivre ses compositions.

Frans Huys signait d'un « F. H. » qui le fit confondre autrefois avec Frédéric Van Hulsen qui travaillait encore à Amsterdam et à Francfort en i652. Mariette, le premier, attribua ce monogramme à Huys, tandis que Brulliot le donnait encore, il y a quatre-vingts ans, à un imaginaire François-Jérôme ou Pierre-Jérôme Bruegel, peintre de marines, travaillant de i53o à i565. L'origine de cette erreur, qui se répète encore de nos jours (i), remontait à certaines signatures de Huys et de Bruegel qui se trouvent juxtaposées dans la suite des gravures de Vaisseaux sous la forme « F. H. Bruegel », comme on le verra dans le catalogue. Un autre monogramme pourrait, si l'on n'y prenait garde, prolonger cette erreur. Un buriniste anonyme grava d'après Bruegel la Kermesse d' Hoboken, dans laquelle on voit sur un tonneau les lettres F H B en monogramme. Dans ce monogramme, il faut voir non la signature du graveur, mais une marque de brasseur telle qu'on en retrouve encore sur des tonneaux dans d'autres compositions de Bruegel, notamment dans la Rixe de Paysans.

Huys grava aussi d'après Bruegel le Combat naval devant Messine^ qu'il signa cette fois de son nom entier. Mais son burin, trop lourd dans les figures — on peut le constater dans le Raccommodcur de luth, gravé d'après Corneille Metsys, et dans deux autres gravures que nous retrouverons tantôt — ne convenait pas aux compositions que Bruegel allait adopter.

(1) Voy. Alf. von Wurzbach, Niederlàndisckcs Kutistler-Lcxicon, 1906, p. 2o3.

On a longtemps été incertain aussi sur l'attribution du monogramme de Pierre van der Heyden composé des lettres AME surmontées d'un P ; il a été donné tantôt à Martin Pétri ou Peters, un marchand d'estampes contemporain de Cock, (à qui d'ailleurs Bruegel fournit vers la fin de sa vie sa composition du Paysan enferjné dans la ba lige aux pourceaux, gravée par Wierix), tantôt à un Pierre Mandère qu'on a créé tout exprès, tantôt à Pierre Martini, puis, enfin, à son véritable propriétaire Pierre van der Heyden. Toute incertitude devait cesser, dit Renouvier, devant la signature « P. Verheyden scu. » qu'on retrouve sur une Parabole des Aveugles (gravée en i55i, si l'on en croit M. H. Hymans, Biographie Nationale, t. XIV, col. 5o6, n° 52) et la signature « Petrus Myricinis fecit i555 « qu'on voit sur le Calvaire d'après Lombard. Ce n'est là, en effet, avec les formes A Merica et Amerighinus, que la traduction latine du nom de Pierre van der Heyden ou Pierre de la Bruyère. Van der Heyden n'était pas un graveur original ; il travaillait même, comme trop souvent on le fit à Anvers, pour les besoins du commerce. Son travail était propre, mais quelquefois pesant. Aussi semble-t-il que son burin ait enlevé aux dessins de Bruegel leur précision impitoyable et un peu cruelle.

A côté de ces deux graveurs contemporains de Bruegel qui inter-. prêtèrent la plupart de ses compositions à figures, on ne trouve que Philippe Galle et Jean Wierix.

La part que Philippe Galle prit à la vulgarisation des compositions de Bruegel ne nous paraît pas exactement connue. Outre la Mort de la Vierge et le Bon Verger, il semble qu'il faille lui attribuer d'autres pièces restées anonymes. M. Van der Kellen, d'après le catalogue de vente de sa collection, lui attribuait la gravure de la Parabole des Vierges sages et des Vierges folles. Dans ce cas, les sept gravures de la suite des Vertus qu'on attribue habituellement à van der Heyden, et qui sont anonymes, doivent lui être restituées aussi. Il nous a toujours paru qu'elles étaient effectivement différentes des Vices, d'un métier plus fin et plus parent de celui de Suavius ainsi que de la Mort de la Vierge et de la Résurrection, également anonymes. Il n'y aurait là rien d'étonnant. Pierre van der Heyden, s'il pouvait convenir aux sujets drôles et de verve populaire, était, en effet, un peu lourd et manquait de la souplesse nécessaire pour des œuvres plus sérieuses. Le métier des pièces que nous venons de citer est beaucoup plus fin. La Résurrection, composition d'intentions grandes et dramatiques, est au contraire gravée d'un burin habile, varié et plein d'effet. Cette attribution à Ph. Galle soulève néanmoins une objection, à savoir si, en i56o, Galle se trouvait à Anvere. En i56i, Galle, en effet, voyageait avec Ortelius,

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le propriétaire du tableau de la Mort de la Vierge, et, de concert avec lui, inscrivait son nom et cette date sur une pierre druidique aux environs de Poitiers ; il ne s'établit à Anvers définitivement qu'à la mort de Jérôme Cock, l'année qui suivit la mort de Bruegel, en iSyo.

Tout à la fin de la carrière de Bruegel on vit paraître un autre interprète de Bruegel. C'était Jean Wierix. Tout jeune encore (il avait i8 ans), et d'un burin plus souple et plus maniéré, ce nouveau venu, par l'ampleur et l'élégance de ses tailles, devait encore moins convenir à la traduction des œuvres de Bruegel. On lui doit \ Ivrogne poussé dans la bauge aux potirceanx et une bonne partie, sinon la totalité, de la suite des douze Proverbes flamands dont van der Heyden dans le premier cas fut probablement le second graveur. La première de ces pièces, toutes en ronds, fut éditée par Martin Pétri ; nous ignorons qui fut l'éditeur des douze autres.

Après la mort de Bruegel, Pierre Perret, enfin, grava, en iSyç, une seule planche, le Christ et la femme adtdière.

Deux gravures sur bois se trouvent au nombre des estampes qui composent l'œuvre de Bruegel. Les sujets de toutes deux. Ourson et Valentin, Mopsvs et Nisa, sont tirés avec quelques variantes du Combat de Carnaval et de Carême de Vienne. La seconde présente cette particularité qu'elle ne fut jamais terminée et qu'on n'en connait l'existence que par le bois même qui a été conservé inachevé jusqu'à nos jours (Collection A. Figdor à Vienne). Ce ne fut, semble-t-il, qu'après la mort de Bruegel l'Ancien que l'on songea à tirer parti du dessin existant encore sur le bois en le livrant, pour copie, au burin de Pierre van der Heyden.

On avait autrefois attribué à Jérôme Cock lui-même la gravure de toutes les estampes anonymes qui portaient son adresse. Il y avait là une exagération manifeste. Il faut se garder de l'excès contraire; nous l'avons vu en ce qui concerne les Grands Paysages au chapitre précédent.

Si beaucoup d'estampes, parmi lesquelles les Vices, sont décrites par Vasari comme l'œuvre de Cock, alors qu'elles furent éditées seule- ^ment par lui, Cock n'en est certes pas moins un buriniste incertain auquel on attribue avec peine quelques gravures de figure. Renouvier attribue à son burin et à l'invention de Bruegel « deux petits sujets familiers disposés en segment de ceintre dans des compartiments, un Repas de relevailles et un Repas rustique signés « H. Cock i563 ». Nous n'avons pu identifier ni retrouver ces deux estampes. Nous avons donc été obligé de les omettre dans notre catalogue.

N'ayant pu parvenir à voir l'estampe du Combat de Carnaval et de Carême, désignée comme éditée par Cock en i558 dans le catalogue de

Muller [puvr. cit. t. I, n° 417), nous n'avons pu davantage les mentionner. Nous devons toutefois mettre en garde contre l'assimilation que fait cet auteur de cette composition avec celle qu'il cite plus tard dans son volume de Supplément (p. 89, n° 417) et qui n'est que la gravure de Bolswert d'après David Vinckeboons.

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