‹ Les estampes, images et affiches de la guerreChapitre 17 sur 35 · ÎETTE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

ÎETTE DES BEAUX-ARTS

chérie, le barbouillage et l'ignorance soient de l'essence de l'image. C'est tout le contraire I Le coloriage doit être vigoureux, franc, mais harmonieux, la composition claire et équilibrée, le dessin exact, la science sérieuse; la gaucherie n'a son excuse que dans la naïveté. M. Guy Arnoux ne place pas un accessoire, un détail de costume ou d'équipement, un instrument, une arme, dans ses compositions, qui ne soient véritables. « L'enfant », dit-il, <( apprend par les images, il ne faut pas le tromper. Maxima debetur puero reverentia. » A côté de cela, il a de l'esprit, de la verve, de l'adresse, de la simplicité. Il a, comme l'on dit, l'image dans le sang. Il l'a toujours aimée ; son atelier en est plein, — des siennes et surtout de celles des autres. Ces taches aux murs créent une sorte d'atmosphère dorée, qui lui dicte sa couleur. Couleur un peu rompue, un peu sourde, jamais criarde, qui s'accorde avec la distinction de son dessin et le sentiment juste et pondéré qu'il dégage. C'est une image célèbre que les Grenadiers de France, oix l'on voit le grenadier de 1792 et celui de 191.^ se donnant la main, devant un paysage guerrier, dans une bordure jaune, bleue et rouge du plus heureux elTet. La lettre, qui explique celte composition, inspirée des vieilles images, est grasse pour les titres, cursive pour les indications secondaires; elle a une parenté, dans cette forme, avec la belle cursive de M. Bernard Naudin.

11 y a des images à plusieurs compartinienls, comme L'Armée française et La Complainte du Poilu, en latin de cuisine... roulante. Celle-ci est d'une cocasserie merveilleuse. Mais, ô Guy Arnoux, estelle destinée aux petits ou aux grands enfants? « Pipaque in ore semper — Fumât caporal ordinair ' — Maxima Jubilât io », affirme la légende d'un des neuf tableaux de celte fantaisie. Le Lusitania, V Arrivée du var/uemestre, Le Paradis des Brares, Gloire au soldat Français, Le Parfait Cuisinier français (véritable enseigne de gourmand), Sainte Barbe, Le Soldat laboureur, que nous reproduisons hors texte, excellente composition et très décorative, Pêlain lançant le « Quos ego...! » aux hordes germaniques, etc., sont des images à un seul tableau rappelant les saints et les batailles d'autrefois. Il y a aussi des portraits : un Déruulède énergique montrant Strasbourg du doigt, un Maurice Barres planté devant Metz et les Eglises de France, en costume complet d'académicien, avec l'épée au côté : M. Guy Arnoux sait manier l'ironie. Il y a des programmes, comme celui du Théâtre aux Armées, charmant; il y a enfin des albums : Quatre images allégoriques, Les Jeunes héros de France, Le Bon Fran-

çais, Le Soldat fraiiçais dans les guerres (20 dessins), Les Françaises, Quatre canons français, Les Drapeaux français [W planches), etc. Le trait de ces images fut d'abord une gravure sur bois, puis un zinc. La différence n'est pas très sensible; pourtant le bois est plus subtil et plus brillant. L'artiste y est revenu*.

Avec M. Jean Leprince, nous retrouvons les grandes mêlées, dont la tradition remonte au gouvernement de Juillet. M. Leprince a un remarquable don de composition, et ce sont de véritables tableaux que Le Mur de poitrines : La Marne, La Diyiie humaine : L'Vser, Le Rempart inouvant : Verdun. \\ a aussi un Joffre à cheval, de la plus caracolante allure, une série d'hommes célèbres {Gallieni, Alexandre de Serbie, Venizelos, Albert Thomas), un menuimage, tiré à 60 épreuves et devenu très rare, pour un dîner offert en août 1917 à la mission scientifique anglaise, etc.^ et un Vocabulaire des Bonhommes, qui fait pendant à la Complainte du Poilu et ne le cède point à celle-ci en drôlerie. Ses douze tableaux sont spirituels, coloriés, non sans recherche, et leurs légendes, en argot des tranchées, seront étudiées, sinon par les Saumaise, du moins par les Lorédan Larchey de la postérité.

Tout autre est M. Lucien Laforge. L'héroïsme n'est pas de son rayon. Il n'a cure des combats, des chefs montés sur des chevaux alezan qui se cabrent, des canons lourds qui projettent vers le ciel leur faisceau d'éclairs. Il est comique. Il est réellement, franchement, moliéresquement comique. Son observation est juste, les détails caricaturaux abondent, sa couleur est exagérément montée, ainsi qu'il sied à un imagier qui a fréquenté chez les (( fauves ». Et tout cela, couleur, dessin, observation, forme un ensemble qui arrache le rire. Voyez le Concert au front, oh l'ingénue — un <( poilu >> — a bien voulu mettre une robe, une ceinture, des bottines (et quelles bottines I), un chapeau à plumes (et quel chapeau!) mais n'a pas voulu quitter sa bouffarde. Et la petite Marraine, en jupe courte, en bottines à hauts talons, qui écoute les yeux baissés, effarée, les propos de son filleul, un gros « n' s'en fait pas », qui a gardé son casque, sa pipe, et se carre dans un fauteuil vert laitue en croisant ses jambes de manière à bien étaler les semelles, fortement cloutées, de ses souliers! Il y a là des ocres, des groseilles, des verts,

i. 11 y eut une exposition de l'œuvre complet de cet artiste, du 24 décembre 1917 au 10 janvier 1918, chez Devambez. Il est probable que M. Guy Arnoux évoluera vers la décoration. Cette exposition n'eut pas de catalogue, mais une jolie carte d'invitation.

des chocolat, des lie de vin et des bleu horizon cantonnés de blancs, qui dérivent tout droit des harmonies stridentes de nos modernes « Salons d'Automne ». Son Conte de fées est, à ce point de vue, effroyablement violent.

M. Hermann-Paul aime le bois taillé au canif et lui demeure

Kd. p">r " le Nouvel Essor .

LE OÉiNKRAL HALLIENI, IMAGE EN COULEURS, PAR M. J. LEPRINCE

fidèle. Il met dans ses images beaucoup de sentiment tendre : Le Dépari pour le front montre une jeune femme qui fleurit le fusil d'un soldat, et des bouquets parsèment l'air d'un décor Pompadour; La Tradition, c'est l'accolade donnée par le Volontaire de 92 au « Bleuet » de 1913; l'un a derrière lui un tas de boulets ronds, l'autre

une rangée d'obus de 75, et tous les deux un inènie laurier. Deux Calendriers de la guerre contenant, le premier, pour 1914-1915, le fait saillant de chaque mois, dans le domaine militaire, industriel ou sentimental, le second, i91o-1916, les portraits des généraux alliés, sont très décorativement conçus. On peut dire que M. Her-

mann-Paul est notre plus sérùux imagier et peut-être, avec M. Guy iVrnoux, le plus habile.

Un tout jeune homme, M. Victor Descaves, à force de vivre entouré de vieilles images dans la maison paternelle oîi les lettres et les arts r e <: o i V e n t u ri égal tribut, et qui sentait revivre en lui les goûts de son grand-père le graveur, s'est essayé dans une composition, La Mort du fils, dont la candeur est tout à fait charmante. Il a publié aussi un album :

Quelques As, dont il y a deux versions.

Et voici la vieille firme de Pellerin sur Le 15t Poilus : Soldats à découper, de Hansi, dont les deux rangées du haut sont des portraits. Hansi lui-même s'y est représenté en élève-caporal interprète. 11 fit aussi une image de propagande pour le deuxième Emprunt. Elle est moins « image » que la précédente, mais représente un village alsacien et nous touche. La lettre qui l'accompagne est d'une heureuse proportion.

Éd. par r, le Nouvel Essor L ' I N F I R .M I E R MILITAIRE (« L' A L PH AB K T DE L ' A R M K E >i) IMAGE EN COULEURS PAR M. PIERRE A B AD lE

M. Pierre Abadie produit beaucoup dans une formule à rapprocher de celle de M. Lucien Laforge : L'Alphabet de r Armée est une bonne série. MM. Roger Grillon, Gérard Cochet, Georges d'Espagnat, Roux-Champion, Henry de Groux — il n'y a pas que les débutants qui se livrent à l'image ! — ont collaboré à la suite curieuse

Lib. « Lutetia " éd.

MAUE KN COULEURS, PAR M. D A >r M Y

des Uijrnnes alliés. M. Raoul Dufy {Le Panorama des Alliés, Les Quatre fils Aymon, Français et Anglais dans la tranchée) a le sentiment décoratif. M. Lhôte, cubiste comme le précédent, ne compose pas mal, mais ses figures sont communes.

On doit noter encore M. Louis Bataille, M. Fabiano, M. Claude Lévy et ses Officiers monténégrins, M. Billic, avec des pages d'une gaieté railleuse; M. Fuebsamm {Le Grand saint Nicolas des petits

enfants belges^ « six sous pour les riches, un sou pour les pauvres ») ; M. Dammy {La Jeune fiancée, en robe à paniers, assise sous un arbre et soupirant sur le départ du « poilu », et iW"' Victoire, compositions très décoratives gravées en bois); M. Malespina {Dans les choux, une drôlerie); M. Jean Ray et ses espiègles petits mondains; M. Robert Bonfils et ses bois nourris, de dessin fantaisiste et expressif, rehaussés de tons locaux francs et tapageurs {Les Alliés, L Honneur, Patrie, La Marseillaise, A la manière française : vingt images, préfacées par M. L. Descaves, Images symboliques de la Graiide Guerre); Lepape(rù'e la France! midinette criant sa foi patriotique, parmi le flottement des drapeaux ei le jet des branches fleuries); M. J.-C. de Vallée, mort jeune dos suites de la guerre avant d'avoir donné sa mesure, et que pouvaient réclamer ses maîtres MM. Maurice Denis et George Desvallières {Le Départ, Le Retour, La Prière, La Gloire, Ceux qui restem, gravures sur bois), enfin, M. César, à qui l'on doit un autre bois, un Verdun semi-cubiste, qui ressemble à un vitrail. Tout cela, comme je le disais plus haut, n'est guère fait pour les enfants; mais il ne les dépasse pas au point qu'ils ne puissent, eux aussi, s'y intéresser. Il ne serait pas messéant, en tout cas, de donner à ces œuvres une devise pastichée de la dédicace que A. Daudet mit à sa Saptio : u Pour nos fils... jusqu'à cinquante ans ! » Et pour nos filles aussi.

j-^LE THEATRE^

aux armées jle IaRe|iublique

PROGRAMME DU « THEATRE AUX ARMEES COMPOSITION EN COULEURS PAR M. GUY ARNOUX

L'affiche est un art spécial, voisinant à la fois avec la fresque et avec l'illustration.

Avec la fresque, parce qu'elle sert à la décoration du mur sur lequel on l'appose, avec l'illustration, parce qu'elle est dépendante d'un texte (l'annonce) et qu'elle s'accompagne généralement de typographie.

Car, il ne faut pas s'y tromper :

ce qui importe dans une affiche, ce n'est pas l'image, c'est le texte. L'image ne doit que renforcer l'idée, retenir l'attention, fixer le souvenir; c'est le texte qui définit, qui précise, qui a le premier rôle. Il faut donc que celui-ci soit très lisible, qu'il tienne une large place tout en équilibrant la composition. C'est ce que firent les maîtres du genre, il y a un quart de siècle : Chéret, Grasset, Toulouse-Lautrec, Jossot, Mucha, Ibels, Pal, Métivet, de Feure, Bonnard, etc., et ce que continuent à faire ceux de leurs émules d'alors qui sont restés sur la brèche : MM. Steinlen et Willette, ou qui ont pris leur suite, comme MM. Forain et Devambez.

La guerre a redonné du ton à l'affiche illustrée, qui languissait, depuis quelques années, aux mains d'industriels ignorants. Elle est revenue aux artistes. Ayant à lancer un appel généreux, — car la

LITHOGRAl'HIE DE M. FORAIN

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