‹ Les estampes, images et affiches de la guerreChapitre 18 sur 35 · LE VÊTEMENT DD PRISONNIER DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE VÊTEMENT DD PRISONNIER DE GUERRE

plupart des affiches furent faites pour des <( Journées » et des Œuvres, — ils se sentirent élevés très au-dessus des intérêts matériels et conçurent de spirituelles, d'ingénieuses, de touchantes ou de dramatiques compositions. Même, quand il s'agit d'inviter les citoyens à verser leur or à la Banque de France ou à souscrire aux Emprunts, ils ne se montrèrent point inférieurs à la haute mission patriotique confiée à leur talent. La période de la guerre demeurera pour l'affiche illustrée, dans son ensemble, — exception faite de quelques vilains placards pour commerce ou pour romans-feuilletons (telle marchandise, telle étiquette!) — une période comparable à celle de 1890 à 1900 qui rénova si heureusement l'aspect de nos rues. Mais il y eut moins de gaieté; quelque piquante que fût la composition, elle s'enveloppa toujours de gravité, et l'on ne retrouva plus les vifs et joyeux claironnements de la palette d'un Ghéret.

Dans cette floraison artistique, jNI. Steinlen brille incontestablement/>>7'/?2m^ inter pares. Aussi lui dcinandu-t-on beaucoup : Résiste aux séductions... (quatre motifs, deux décoratifs et deux sujets, affiche de moralité, en noir, 1915), Renseignements pour les familles dispersées (litho en noir, 191o), Les Orphelins de la guerre (19io), affiche pour l'exposition de la Triennale (sentinelle protégeant la paix et le travail, litho en deux tons, mars 1916), Vente de charité au profit de l'hôpital bénévole % bis (deux têtes de soldats, l'un le front bandé, l'autre coiffé du bonnet de police, litho en bistre, 1916), Prix (C honneur aux aveugles de la Guerre (figure très expressive ; 1916), La Journée du Poilu (deux soldats, l'un la pipe, l'autre une rose aux dents, une ferme blanche dans le fond, ciel nuageux; affiche bien mise en page, solide, visible; ni vide, ni excès, 1916), Journée Serbe (1916), Pour les Mutilés de la guerre (1916), U Aisne dévastée (^1911, la dernière parue), « Les Belges ont faim >; (1916), qui a pour pendant « Sur la terre ennemie les prisonniers russes meurent de faim » (1917). Ce sont deux affiches émouvantes, les plus belles qu'ait signées le maître depuis la guerre. Dans la première, sept figures hâves, endeuillées, disposées avec un art parfait, tiennent la gauche du placard, en se surmontant; le texte remplit la partie droite et fait équilibre. Dans la seconde, des prisonniers, en groupes ou marchant par compagnies, se meuvent dans un sinistre paysage de neige et d'obscurité; au premier ])lan un prisonnier civil est assis, décharné, lamentable, et une femme, les doigts à la bouche pour s'empêcher de crier, est affalée sur son mari dont les regards atones semblent ne plus voir. Il faut noter que M. Stein-

LES AI-FICIIES

len possède admirablement le sens de l'affiche, où il a toujours excellé. On se souvient de La Rue, peinte pour l'imprimeur Charles Verneau, cette fresque puissante et gracieuse à la fois, — les deux

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