AFFICHE POUR L « ŒUVRE DES PRISONNIERS RUSSBS » PAU M . STEINLEN
pôles de l'art de M. Steinlen, — qui lit sensation en I8î)7. M. Steinlen n'a rien perdu de cette grâce, de cette puissance et de cette émotion.
.M. Poulbot ne fut pas moins {édond. Fête de bienfaisance à Saint-
Denis, Journée du Puy-de-Dôme \\^\.^), Journée de la Vendée (1916), Journée du Poilu (1916), Premier Emprunt de la Victoire {i^i^), etc., on revit toujours ses « mômes » de Belleville ou de Saint-Ouen, dont il sait, à vrai dire, varier la présentation. Il fit en outre, pour un journal, Bochemar, caricature énorme de l'art munichois, sombre et brutal, avec un Allemand carré, colossal, à lunettes, tout noir, tenant entre ses mains un bouquet tricolore, éclatant et bruyant, comme son amour de la France : un symbole ! — et une affiche pour une Veîite au profit de soldats blesses, où un soldat, coiffé du bonnet de coton, le pied entouré de pansements, la figure réjouie, assis dans un rocking-chair, fume sa pipe, à côté de sa tasse de tisane, et s'évente avec un éventail japonais. C'est dégagé et plein d'esprit. Sa Journée de Paris (14 juillet 1917) est, elle aussi, charmante, avec sa fillette parisienne faisant sauter sur son genou un petit soldat français. L'idée est fine et l'expression neuve. M. Poulbot prouve qu'il sait, quand il veut, se renouveler.
Ne parlez pas à M. Léandre de ses affiches : la Journe'e de l'Orne, la Journée du Calvados, la Journée du Poilu. Le report sur zinc l'a trahi en diminuant la fermeté de ses valeurs. Ce délicat, qui excelle aux nuances savantes, aux jeux de lumière hors du commun, aux arrière-plans remplis d'objets ou de personnages qui, semblables à un décor ou au chœur antique, enveloppent et développent le sujet, ne peut se consoler de cette trahison. Et quelle trahison ! La Journée de l'Orne, avec sa belle Normande guidant un blessé dans sa promenade le long d'une route ombragée, a été faite sur une pierre mal nettoyée et, au tirage, une précédente affiche a reparu ! Il a fallu reponcer par place, mettre à l'encre de retouche, mais le mal était fait. La Journée du Poilu n'a guère été mieux traitée. C'était pourtant un beau sujet que cette vieille assise, non plus « au coin d'un feu paisible », mais devant un foyer ardent d'où s'échappe son rêve : la foule innombrable des générations, en marche vers la gloire ou le sacrifice héroïque...
Une autre affiche est demeurée à l'état de projet. C'est dommage. La maquette, que l'on a pu voir à diverses expositions, laisse penser qu'elle eût été fort belle. La Patrie, debout au milieu de la nation armée et se détachant en lumière sur un fond de fumée et d'éclatements rouges de projectiles, brandit le flambeau autour duquel se rallient les vaillances. C'est un dessin en noir, rehaussé de quelques rares touches de couleurs. Brume mouvante, silencieuse, shakespearienne, que cette foule dominée par la majestueuse figure de la
Patrie ! Il y avait du RafTet de la Revue nocturne dans cette grande idée '.
L'Etat, — et c'est Valiqitid novi de l'histoire de l'affiche durant
cette guerre, — a fait concourir l'affiche illustrée au succès de ses