‹ Les estampes, images et affiches de la guerreChapitre 5 sur 35 · Édité par l'ailiste, 171, avenue Victor-Hugo · texte numérisé non relu

Édité par l'ailiste, 171, avenue Victor-Hugo

ii LF.S ESTAMPi:S

fortes), Mail rien Hompanl ifiaux-forl«'.s sur les dévastations de Senlis etd'Arras), Jean Jiilii'ii, dans ln»is lillios : Az-v Otaijfs, Leur Kitltiir ot « Avec ça, j aurai la croix dr fer » (^ ca -, c'csl uni* frimuf vi(»l<'e cl innrici ', clc, y ont ôp;alement Iroiivi' un tlnint'. Iniliynatio facit... jncturam! Mf iiit-nic, M. .I.-(i. l><»inergiio, qui ne so distingue que par les initiales du prennin d nri homonyme falot, s'est senti h l'aise dans ces scènes aboininaldes, ijne l)ani«d Vierge avait évoquées jadis dans un tableau, Le Viol, dis>iniiilé par la Société Nationale dans le coin le plus obscur de son Salon, l'ne héliogravure en a ré'ceninieiil été faile, !<• riinif <l'' iNlu s'i'laiil i-eiioiivcic m TJ! l et n'ayant rien jtt;rdu ih' son allreuse actualité.

M. .I.-(l. DomtTgiie, dans um* facture' ii la Jean Ni'Imt, apporte à crayonner cv.> infainifs une pa>sion venge're.sse'. On ne peu! mieux irriter la bile et souii\<r !.• «lé'goùt. (!et artiste* qui, en lithographies et en eaiix-forlis, pnbli»; an->i <|r^ alh-gories ••! di'> portraits-charges {Millrruml . hrli(t\sr, Peruu/ct/f, (iallinti, etc.) ne me parait é-galer sa sé'rie des alrocitr'-s (jue dans utie grand»* eau-forte, sorte de l*iftà, oii la Mrrr i|nnl(»iir«'iisi', einbras>ant b- ( irucilié', apparaît ;i de pauvres pai'ents qui plfiiinil a-riiiiiiilli'> dr\anl b- tertre .sous le«juel repose leurenfanl. L',ippanli<»ii esl dans un ton de sanguine dorée, tandis que les prr>uiiiiai;es réels SiMll I II IN r|i iinir. -je |iu| r de Ini r deii 1 1

inconsolé!

M. Louis Joli, aussi, a srnli leniiier su libre an reeil dt'> inon>truosilés allemandes. M .bui .si du pavs de (Joya. Il n'a garde de l'<»ublier. La guérie lui lil reinplarn- 1» choppc «lu wbigrapbe par la pointe lie raijiiafiirli.Nle. hèsaoùl r.M î . il commençait si.ii premier album de 12 j>laiirhes : Ihirhan-y, qu'il terminait en scjd.inbie. Il apprenait l'eau-forte et l'aquatinte, comme peu d'années aiipaiaxant il avait appris le bois, en en faisant : fahriramln. .. M. Jim avait débuté, il Paris, jtar èlre iinpiimeiir et reL'relJr de ne l'ilir plus. Barhares fut suivi de prè.s par Spoliutn, album de I i eau.x-forles où l'artiste décrit les meurtres et les dévastations de la horde, et oii deux planches ; Parer que jeune (concluez : épargnée) et Parce fjur vieille (concluez : condamnée), sont aussi tragiques que les plus tragiques des Désastres Je la fjuerre. Sous la main de M. Joii, l'eauforte est énergique Il grave " sur l'airain », en traits appuyés. Le

1. M. Jean Julien a édile aussi cinq autres litlios, dunt une particulièrement à si{jnaler pour son inouvement : Piîm' d'un fortin à Carenry, et trois eauxfortes sur les Hindous, plus un petit album de 18 eaux-fortes à la pointe : Églises de France: (jncrrc tic 19 1 i-f9lo. Chez l'aulfur, S. rue des Beaux-Arls.

F, VA eu ES Eau-forle originale de Mr Louis Jou

lU.Pans

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procédé est plus rapide que le bois, et la fougue de M. Jou ne soufïre pas de délai. Voici encore : Les Héros, 12 eaux-fortes; Les Lâches, 12 eaux-fortes; Les Sept péchés caintaux, 12 eaux-fortes; Civilisation, 42 eaux-fortes, sans compter les pièces détachées, comme Les Otages, Les Stratèges, La Belgique en 1914, le hors texte que nous publions : Évacués; deux lithographies : L'Orage passe, L'Orage a passé, et des gravures en bois, toujours supérieures : (( Plus rien, mais Français », « Et dire que Dieu voit tout cela! », Ceux qui tiennent, Hgmne à la science, etc. M. Jou est un ami de la France qu'il habite depuis plusieurs années; il n'a pas quitté Paris, même au moment où le Paris

K. d'Alignan éi.

I. KS AVKUGLES d'aprks LEAU-KORTK URIOINAI. K DK m. p. RKNOUABD

de la pusillanimité se transportait à Bordeaux, et il sert avec tout son talent et tout son c(eur son pays d'adoption.

Quelqu'un que l'on aurait été surpris de ne pas rencontrer dans cette j)halange d'artistes que la guerre exalte, c'est M. Paul Kenouard. M. Paul llenouard est le reporter attitré des grands événements du globe. Il excelle à rendre le type, le caractère, l'attitude : Mouvements, gestes, expressions est le titre d'une de ses plus célèbres suites. Mais ce reporter est aussi un philosophe. Il a dit son mot de philosophe sur le Boul'ingisme, sur \ Affaire (qu'elle est loin de nous, dieux bons!), sur le Procès Zola, sur le Procès Humbert, sur le Procès Steinheil, sur le Théâtre, sur VExposition Universelle, sur les Ballets, aur les Courojinements, sur les Obsèques, sur les Missions, sur tout ce qui manifeste non seulement l'activité, mais la passion

humaines. La guerre l'a incité à de nouveaux rapprochements. Il montre, dans un album in-folio, eaux-fortes et lithos, que la guerre est le résultat, chez les êtres, d'une évolution à contre-fil, dont la pitié corrige les erreurs. Cependant, ne croyez pas que M. Renouard se contente d'extérioriser son idée sous la forme d'une composition purement imaginaire. Ce serait mal le connaître : sa philosophie, comme son art, sont enfants de la réalité. Il étaie sa démonstration sur des documents pris sur le vif. Il parcourt les champs de bataille, les hôpitaux, les villes et les villages détruits. Il regarde, il interroge, il dessine. Son dessin est un jugement. C'est ce qui fait la force de son œuvre. Cet album sur Ceux dont révolution a mal 1 07ir né s' ou\re par une planche où la Terre, encore ignée, se forme peu à peu en continents. On aperçoit une vague Europe que le feu dévore. C'est, dès le début des âges, le symbole de l'heure présente. Composition, celle-là, — est-il besoin de le dire? — toute d'imagination. Mais voici, dans la planche suivante, des soldats, des enfants qui regardent, au Muséum, le Diplodocus, ce géant des animaux antédiluviens. Que pensent-ils? Que la force ne sauve pas infailliblement celui qui la possède et que, s'il veut s'en servir pour opprimer, il risque de disparaître. Le grand herbivore voulait tondre de tous les prés la largeur de sa langue et songeait à établir sur tous ses semblables l'hégémonie de son espèce. Par ce qu'il advint de lui, on prévoit ce qu'il adviendra de ses imitateurs. Un jour peut-être, quelque Paul Renouard futur dessinera le Diplodocus teutonicus, dont le squelette, reconstitué suivant la méthode de Guvier et revêtu de muscles et de peau, rappellera à s'y méprendre Hindenburg, Wilhelm II ou le kronprinz. Ce sont les rêves auxquels l'artiste nous convie...

Voici qui est plus réel : Les Aveugles. Ils sont de toutes les races qui combattent sous nos drapeaux; ils s'avancent en tàtant le sol de leur canne, suivis de leurs infirmières qui, elles, sont de toutes les religions. C'est l'union sacrée, la terre entière fusionnant selon la loi des attractions. Pour cette planche, qui est très belle, Fourier aurait embrassé M. Renouard. Celui-ci l'a exécutée là où il savait trouver les plus émouvants modèles, à l'hôpital des aveugles fondé, sur l'initiative de M. Vallery-Radot, 99, rue de Reuilly. Et si vous voulez savoir pourquoi l'aveugle marocain, dont les globes oculaires ont été énucléés, porte des lunettes, demandez-le au dessinateur : ces malheureux ont tous la persuasion de recouvrer la vue, et le Marocain est convaincu que de porter des lunettes lui fera repousser des yeux.

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Puis, encore d'autres planches, d'autres dessins : La Relève à Bétheny, une parfaite gravure ^ en manière de dessin », c'est-à-dire libre et fraîche comme un dessin; Blessés dans la cour du Val-de- Grâce; une série de vues prises k Reims, dont un fntérieur de caihéd?'ale ou xienneni boire les pigeons qui mettent la grâce des ailes dans la désolation des bombes. L'album, enfin, se terminera — peut-être, car M. Renouard réfléchit encore — par deux purs, simples et calmes

I. AMUULANCIKRB ;MISS CAVELL; D'APRfiS I, A LITI{0<iRAPIl[B ORIQINALB D'aLRX'ANDRR 'LDNOIS

paysages de France, deux vues deMonlhyon-IIautel de Monthyon-Bas, prises à l'endroit même où le mascaret alleinand, au fracas du canon de rOurcq, cessa d'avancer. C'était le G septembre 11)14. Il n'y aura pas une figure dans ces deux lithographies, les Allemands ayant fui... Une remarque pour finir : M. Renouard a abordé pour la première fois, dans cet album, la lithographie (je ne compteque pourun essai son affiche des Réformés îi" '2). Mais la lithographie, dit-il, ce n'est que du dessin, et, pour lui, en effet, ce n'est que du dessin sur papierreport. Il pense comme Fantin-Latour et comme Bracquemond.

Alexandre Lunois, dont on déplore la mort prématurée, a laissé sur la guerre deux remarquables eaux-fortes : Le Sac ou Le \'iol,e[ la

Messe clans les ruines, et sept de ces lithographies qui sont des modèles de technique et qui font de son œuvre abondant et divers un véritable enseignement : Mater dolorosa, noble et touchante figure, Bravoure française, composition qui vaut par la fougue et le mouvement, non moins que par la grandeur et la variété de l'inspiration, Bravoure allemande, La Contre-attaque, Le Communiqué, La Lettre du front et surtout cette Ambulancière (Miss Cavell), dont la figure et l'altitude sont rendues avec une justesse et une émotion poignantes.

Quel bel et noble artiste nous avons perdu en Lu-

nois

M. Lepère n'appartient que par les à-côté à l'histoire graphique de cette époque : il a dessiné un « poilu »

])Oiir l'Exposition nationale des œuvres des artistes tués à l'ennemi, blessés, prisonniers ou aux armées (maijuillet 1915) et les compositions qui ornent les couvertures de Y Histoire illustrée de la guerre de 1914 de M. Hanotaux. Ce sont des (( zincs )),maisM. Lepère en a gravé les meilleurs en bois au canif, dans un autre format, et en a fait des estampes, tirées à 35 épreuves. Le Roi Pierre de Serbie et « Les Mauvaises passions et la Mort fondent sur le monde », que nous reproduisons, font partie de cette suite. Il a aussi un grand bois. Les Fugitifs, qui sera suivi, la paix revenue, du Retour.

La science de l'artiste est merveilleuse. On comprend, à regarder ces planches, tout ce que la qualité d'une gravure ajoute au sujet, à l'idée, au dessin, à la composition. Dans ses bois au canif, il se garde bien de définir indistinctement toutes les masses par un trait; tantôt il utilise ce trait, gras et net; tantôt, au contraire, les valeurs seules de blanc et de noir, de lumière et d'ombre, délimitent les volumes. Le parti que ^I. Lepère tire de cette variété d'incision est vraiment typique. Le Irait n'existe que lorsqu'il faut écrire une

Ed. Sngot t-d.

le roi pierre de serbie d'après le bois obigin.vl de m. lepère

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forme dans la lumière ; dès que l'ombre a un rôle, le trait s'évanouit, et ii n'y a plus que le contact sinueux, souple, en pénétration réciproque sur les bords, de deux masses qui s'opposent. Et cela donne à ses blancs purs une plénitude que personne n'égale, un modelé qui laisse deviner les dessous. M. Lepère a accru, par ailleurs, sou beau bagage d'aquafortiste, et sa pointe a continué à affirmer, dans l'ordre civil, peut-on dire, une maîtrise que personne ne songe h lui dénier.

R. Ilellpu éii.

D APRÈS LA LITIIOGRAPHIIS ORIGINAL t: DE M. B. NAL'DIN

La production de M. Bernard Naudin se borne, pour la catégorie des estamj)es proprement dites, à deux croquis sur pierre : Les Tombes, et La lie/ève. Le premier est particulièrement touchant. On l'appelle aussi Le Bnsier, et je préfère ce titre. Ce sont des soldats qui plantent un rosier sur la tombe d'un des leurs. Cette scène, émouvante dans sa simplicité, M. Bernard Naudin l'a rendue avec une gravité et un recueillement qui pénètrent. On ne saurait être plus juste d'attitudes et d'expressions, dans une composition assez peu ordonnée. Il en est de même de La Relève, où l'on a plaisir à regarder de mâles et hautes figures de combattants dans leurs poses sculpturales. Ce sont des manifestations intéressantes d'une person-

nalité qui, malgré le coup d'arrêt qu'elle a semblé marquer ces derniers temps, n'a pas cessé d'être originale et forte.

On avait pu constater, et non sans regret, chez M. Bernard Naudin, une tendance à la formule, au dessin de pratique. Il avait toujours l'ingéniosité, la sobriété, la distinction, la justesse; il emmanchait toujours à la perfection, une épaule, un bras, un poignet; il aimait toujours a serrer la forme, plus même qu'à la renouveler; il restait un dessinateur délicieux par la sensibilité de son trait; — mais il se répétait volontiers, et son trait ne modelait plus toujours suffisamment des volumes exacts qui paraissaient vides. Tout le monde sentait cela, peu de gens l'osaient dire; heureusement que lui-même ne l'ignorait pas.

La preuve s'en trouve dans ses Crot/uis de campagne (2 albums). Ce sont des feuillets du carnet sur le(|uel tout artiste note ce qui le frappe. Ici, M. Bernard Naudin a cessé de recourir à sa mémoire visuelle, qui est très grande, pour dessiner d'après nature. Quand il dessina de mémoire, ses références furent, en quelque sorte, immédiates, et la réalité qu'il venait de voir pénétra et régénéra les souvenirs et les intluences de musées. Son bagage de gestes, d'expressions, d'attitudes, fut accru. Du même ordre furent les grands croquis qu'il rapporta d'une mission, et où l'on remarque un soldat relevant son sac d'un coup d'épaule, d'une justesse admirable.

Il a fait mieux. De retour des tranchées, il a résolument pris modèle et, en une dizaine de pages superbes, il a traduit à la mine de plomb, en figures de caractère auxquelles il donna des noms symboliques — la Marne, l'Vser, etc., — le type de femme commun, gras et flasque, qui posait devant lui. Flexibilité de la peau, sinuosité des contours, fermeté des parties osseuses, il a tout rendu, en grand artiste d'une parfaite probité. Et cela est à noter comme le gage d'un renouvellement dont on peut attendre les plus heureux effets.

M. Laboureur, interprète au quartier général anglais, ne voulant pas s'encombrer de l'attirail de l'eau-forte et n'étant pas d'humeur à entailler le bois, se mit délibérément au burin. « Je ne peux pas voyager », écrivait-il, « avec des cuvettes et des acides, et il est déjà difficile de mener une taille bien droite quand on entend ce froissement soyeux qui annonce l'obus. Il en est arrivé quatre ce matin, au petit jour, — mais c'est le billet de loterie. » Au bruit de ce <( froissement soyeux » M. Laboureur a exécuté des burins libres*,

1. Une série de neuf planches a été publiée sous ce titre : Petites images de la guerre sur le froid britannique (1917).

LES DOCUMENTAIRES 21

je veux dire des planclies où le burin est manié comme un crayon. Ainsi que naguère Frédéric Florian, autre graveur sur bois qui raffolait du burin, avec lequel il a si prestigieusement reproduit Reuouard, M. Laboureur s'est trouvé très à l'aise, ce nouvel outil aux doigts. Ses planches ne dénotent nulle contrainte. M. Laboureur, on le sait par sa production dernière, a renouvelé sa formule avant de renouveler sa technique. Il a évolué vers un »' cubisme » mitigé par la grâce de M""= Marie Laurencin. Le parti pris d'exagération des proportions, de soulignement caricatural de ce qui est typique, la négation de toute perspective, sont des principes fort discutables de la nouvelle école, que l'on est maître d'aimer ou de ne pas aimer. Leur a[tplicalion prête à sourire et à réfléchir. L'art dt; demain ne sera pas cela, très probablement, mais cela le prépare, en accoutumant l'œil à uno interprétation de la nature qui ne pourra rien devoir à la photographie.

Pour en terminer avec les actualisles, mentionnons ceux qui essayèrent de rendre la première incursion des zeppelins sur Paris, le 21 mars l91o : les projections des phares, les gerbes de shrapnells, les chenilles lumineuses des vaisseaux aériens. Il y avait dans ce spectacle de ijiioi tenter des peintres. Il nous valut les estampes de iMM. vSandy llook, Armengol, Pineiro, et, puisque nous sommes dans le... noir, n'omettons pas l'album de bois « (^\'sl la guerre! » si solidement gravés, de M. Vallotton, (pii excelle à opposer les franches lumières aux ombres profondes, non plus que les bois, Le Chamji fV honneur, de !M. Lure, qui a, par ailleurs, rejtroduit (mi une .série de toiles remarquables, aussi bien composées que bien peintes et bien vues, la vie du soldat à l'arrière.

LES D G C L M E N T A 1 R E s

Les documentaires sont ceux qui retracent ce qu'ils ont vu, sans y ajouter de leur propre fonds, ou, du moins, — soyons prudent! — sans y trop ajouter. Car, au fond, le document, le vrai, le seul, c'est la photographie! Il y en a eu de curieuses et d'admirables. NéaLimoins l'œil de certains artistes vaut l'objectif, et voit plus intelligemment que lui. Avantage et défaut à la fois. Gela suffit pour que le document artiste soit cependant du document. Les croquis d'albums sont de cet ordre. Nous avons parlé des Croquis de campagne de xM. Bernard Naudin ; il yen a d'autres. Un des premiers

publiés a été V Armée britannique au camp de Rouen {1914-1915), 57 croquis pleins de vie et de vérité de M. Marcel Gosson. Puis, Les Fusiliers ynarins au front des Flandres, 32 dessins, croquis et aquarelles, reproduits en fac-similé, oii M. Fouqueray est varié, spirituel, évocateur, coloriste, plein d'une adresse de bon aloi. Du même. Le Front de mer (1918), avec les fidèles clichés en couleurs de Marotte. De M. Maurice Orange, Croquis de guerre, simples photographies de ses dessins pris à l'arrière du front; de M. Mantelet- Martel, Les Hauts-de-Meuse (hiver de 1914), 24 dessins, si bien reproduits en cliché direct, qu'ils ont l'aspect de croquis lithographiques. M. Mantelet-Martel a improvisé aussi une eau-forte, Feyen-Baije et le Quart-en-Réserve , sur un morceau de zinc provenant d'une boite à cartouches; une tristesse infinie se dégage de cette planche, toute couturée, comme une face blessée, de traits non voulus. M"^ Olga Bing se montre, dans ses Gestes dinfirmières, simple et d'un grand charme d'intimité. M. Jean Berne- Bellecour a publié un portrait de Guynemer et des Souvenirs du front habiles et bien dessinés, mais sans grande émotion ; de même, M. Louis Dauphin, dans son Front Nord : artnée de terre et de mer. M. Bené Préjelan est plus nouveau, au moins comme sujets, dans ses Croquis d'aviation en Macédoine, avec une facture cursive, audacieuse, souvent expressive, parfois incorrecte. M. Henri Farre a pris le même sujet, dans un esprit plus peintre, et ses Ailes glorieuses renferment les reproductions de 24 aquarelles et de 4 portraits d' « as ». M. Sem fait preuve, dans Quelques croquis de guerre, d'un œil pénétrant qui saisit du premier coup le caractère et la silhouette typiques, avec une pointe d'humour qu'il a peine à réprimer. M. Georges Victor-Hugo, dans son Album de soixante croquis et dessins sur la guerre, a donné, excellemment reproduites par M. André Marty, les meilleures pages de sa belle exposition, en février 1917, au Pavillon de Marsan; on y retrouve ses grandes qualités d'atmosphère, de couleur, de précision u horaire » à la Van de Velde, de poésie et d'exactitude; chez lui, la nature met sur l'horreur et la dévastation son voile de charme; elle absorbe l'homme et ses tristes actions. M. G. Scott, sous le titre de Le Soldat français pendant la guerre; M. le commandant Béquin, dans Silhouettes du front, préfacées par Joffre en personne; MM. W. Laparra et A. Vallée, dans 40 croquis, dessins et aquarelles, sont d'exacts reporters, qui renseigneront valablement les illustrateurs de l'avenir. M. P. Mahler a traité un sujet spécial, — et je crois qu'il est le seul

LES DOCUMENTAIRES

à l'avoir traité : Nos chiens sur le front. On voit dans cet album le chien des Pyrénées, le briard, le bouvier des Flandres, le groenendael, etc. Soyons justes pour les animaux! Ne le soyons pas moins pour nos ennemis désarmés : M. A. Rouveyre a croqué Quelques prisonniers allemands (mais P.-E. Vibert n'a pas gravé, comme d'habitude, ces dessins), et l'auteur s'est contenté d'être « caractériste ». Aurait-il épuisé sa puissance satirique sur le Gynécée (les femmes) et sur Carcasses divinesl La mère et le frère de M. Guillez, jeune graveur qui avait obtenu le second grand prix de Rome pour la gravure et qui fut tué aux Eparges, à trente ans, ont publié de cet artiste plein de promesses Quarante croquis de guerre, qui font déplorer davahtage la disparition de ce talent sérieux. MM. lirun, Bénigni et Bouchet <»nt fix*' les uniformes de cette époque qui en a tant vu, ce qui donne à leur travail un certain intérêt. Enfin M. Lucien Jonas, doué d'une intarissable abondance, a publi»' des albums documentaires, paimi Ics- ((uels : Les Armées de rEst (marsavril 1915); Armée anglaise (juin 1913); Verdun (avril 191G); Pourquoi nous roulons la pai.r i1îM7, 8 lithosi.

Tous ces albums, sauf le dernier, sont formés de dessins reproduits par les procédés héliographiques. On ne saurait nier leur fidélité et leur apparence, inquiétante parfois, d'originaux. Ils sont comme un miroir qui rellète, mais en éloignant et en atténuant. Nous leur préférons les œuvres de gravure ; elles ont plus de franchise et de saveur.

Ainsi les Hindous au camp anglais, de jNL Achille Ouvré, un artiste difficile pour lui-même, par suite peu abondait, mais varié, dont l'œuvre, imprégné des plus grands souvenirs, sans l'ombre de pastiche, est foncièrement original. On se souvient de ses grands portraits à la pointe sèche en couleurs, à la Société Nationale, où se mêlaient les influences conjuguées de Holbein et de Sharaku, le peintre des acteurs du Nippon. Son nouvel album est composé de

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