CHAPITRE II
APERÇU DE L’HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
La gravure japonaise n’étant, en somme, que le développement de la peinture japonaise, il est nécessaire d’en donner ici un court aperçu. L’art de peindre, ainsi que tous les autres arts, poésie et science, vint de la Chine, berceau de toute la culture d’Extrême-Orient, au Japon par la Corée vers le ve siècle après Jésus-Christ. Jusque-là, le Japon avait été plongé dans une profonde barbarie, mais sa puissance lui avait permis, au me siècle de l’ère chrétienne, d’exiger un tribut de la Corée, pays saturé de culture chinoise. Les Japonais reçurent donc petit à petit des Coréens, en même temps que différents talents et métiers, l’art de la peinture.
Dans la seconde moitié du ve siècle, il vint se fixer à la cour du Japon un peintre chinois, de naissance impériale, nommé Nanriu. Des peintres coréens furent également employés à la cour du Japon (i), aux vie et vne siècles, et introduisirent non seulement les traditions chinoises, mais aussi le bouddhisme, qui devait avoir une grande influence sur la formation de la peinture japonaise. Le bouddhisme, qui paraît avoir son
(i) Gierke, p. u. — Anderson, Transactions, p. 339.
origine dans de tardives influences grecques sur le nord-ouest de l’Inde, avait atteint la Corée à travers l’Asie centrale et la Chine.
Gonse a déjà fait remarquer que les premières productions de cet art bouddhique au Japon sont très semblables aux ruines de Borobudhur, à Java, et surtout à celles d’Angkor, au Cambodge, et sont par conséquent bien plus indiennes que chinoises de caractère (i). Friedrich Hirth a depuis lors retracé pour nous le chemin probablement suivi par cette tradition. Le peintre Wai-tschi Isong, dont les ouvrages servaient de modèles aux Coréens pour leurs peintures bouddhiques, venait de Khoten, dans l’Asie centrale, où la cour princière était renommée pour son goût artistique.
Il transporta l’art, qui lui avait probablement été apporté de l’Inde, à Tschang-an-fu, la capitale impériale chinoise du vne siècle, et de là il fut propagé jusqu’en Corée (2).
Le Bouddhisme fut introduit au Japon en 552 et devint religion d’État en 624 ; sous l’empereur Kotoku (645-654), le Japon reçut une constitution d’après le modèle chinois.
A cette peinture bouddhique purement hiératique fut opposée dès l’origine celle plus antique et plus vivante des Chinois ; mais chacune garda sa propre raison d’être. La peinture bouddhique, s’inspirant des mystères quelle représentait, resta toujours solennelle et digne et se distingua par le travail le plus minutieux et
(1) Gonse, I, o. 166.
(2) F. Hirth, Überfremde Einflüsse in der chincsischen Kunst, p. 46.
Masanobu (1685-1764). — Femme regardant un coq et une poule.
Impression à deux tons, rose et vert.
Collection H. Vever, Paris.
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HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
l’ornementation la plus riche, rehaussés d’or et de brillantes couleurs. La peinture chinoise, au contraire, passe-temps à la mode des gens cultivés, suivit les tendances variées de l’époque et s’adapta au goût des différents pays, gardant toutefois son principe fondamental, qui était d’essayer d’obtenir une touche large, légère, sûre et, autant que possible, personnelle. Cette affinité avec la calligraphie eut pour effet non de bannir complètement la couleur, mais d’en rendre le rôle secondaire en mettant toute l’importance dans l’habileté à rendre une œuvre aussi parfaite que possible avec quelques touches larges et puissantes, c’est-à-dire de tirer le plus grand effet du contraste du noir et du blanc. Cette économie de moyens est toujours restée la caractéristique de l’art pictural chinois (i).
Bien que le premier peintre japonais que nous connaissions actuellement, Kanaoka, n’apparaisse qu’à la fin du ixe siècle, tout fait croire qu’il représente le point culminant de la première grande époque de l’art japonais, et non, comme on pourrait le supposer, le commencement réel de la peinture japonaise. Car le peu que nous savons de son œuvre et de l’art japonais des vne et vme siècles, particulièrement de la sculpture, du bronze et des bois sculptés, nous fait penser que cette jeune et vigoureuse nation s’était rapidement fait un art personnel plein de puissance et d’expression. Bien que les formes de peinture soient restées au début étrangères,
(i) Bing, Revue Blanche (1896), p. 164. — Binyon, Painting in the Far East (1908).
c’est-à-dire coréennes, chinoises et bouddhiques, l’esprit doit en avoir été purement japonais, correspondant au plus haut degré de culture qu’ait atteint le pays ; autrement Kanaoka n’aurait pas pu garder à travers les siècles le mérite d’avoir été le plus grand peintre japonais ; car on n’atteint pas une telle gloire par la seule imitation d’un art étranger.
Dès le début du ixe siècle, le bouddhisme avait été complètement transformé par l’esprit national et s’était ainsi réconcilié avec la religion dominante : le shintoïsme.
De cette période primitive, des vif et vme siècles, connue sous le nom de période Nara (ainsi nommée d’après Nara alors capitale, avec sa grande rue et ses nouvelles portes), sont, entre autres, les ouvrages suivants : le portrait en pied bien connu du prince Shotoku, avec deux enfants (Kokkwa), qu’on suppose maintenant être postérieur; une fresque de caractère indou au temple Horiuji ; six peintures sur un paravent représentant “ les Beautés sous les arbres ”, chinoises de style, mais déjà japonaises de sentiment; enfin un portrait de Kobo Daishi, saint du début du ixe siècle, par le prêtre Gonzo.
Kose no Kanaoka, en sa qualité de fils de ce ïxe siècle, que la puissante Chine de la dynastie des Tang influença si profondément, travailla entièrement sous le charme de l’école chinoise et surtout de l’école bouddhique. Il vécut de 850 environ à 890; son maître avait été un émigrant chinois appelé Gokioshi. On mentionne comme le chef-d’œuvre de Kanaoka les
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portraits des sages chinois qu’il copia en 888 d’après les originaux du palais de Kioto (où la capitale avait été transportée en 794). En plus d’images de dieux d’après les règles bouddhiques, il peignit aussi, d’après nature, des scènes d’histoire ainsi que des paysages et des animaux; son principal mérite est d’avoir élargi le champ de l’art en s’inspirant de l’histoire du Japon, des légendes héroïques et de la vie des prêtres célèbres.
Gonse avait avancé qu’on ne connaissait jusqu’à présent que quatre peintures de Kanaoka ; l’une de celles-ci, un kakémono, appartenant au marchand Wakai (de Tokio) et représentant le saint bouddhiste Jizo, est reproduite dans son Art japonais (I, p. 169). Fenollosa toutefois pense que deux de ces peintures sont certainement d’une origine moins ancienne et que les deux autres sont douteuses ; mais il en nomme trois à leur place, qui, dans son idée, doivent être comptées parmi les plus grandes créations de l’art japonais, et, partant de là, il compare la position de Kanaoka dans l’art japonais à celle occupée par Phidias dans l’art grec (1).
Au Musée de Boston, il y a quatre panneaux qui sont probablement l’œuvre de Shi-Ten-O ainsi que la copie d’un portrait de jeune prince par Kanaoka. La collection Hayashi (vendue aux enchères à Paris en 1902) contenait la figure assise du Bodhisatva Jizo, probablement celle
(1) Anderson, Transactions, p. 342, et Catal., p. xv. — Gierke, p. ia. — Gonse, Catal. Exp. japonaise a Paris, i883. — Fenollosa, Review, i885, p. 9.
reproduite par Gonse. Binyon (i) reproduit le magnifique portrait en pied du ministre Sugawara Michizane, qui est tout à fait chinois de caractère. Mais Kose Kanaoka acquit un renom encore plus grand par la fondation de la première école de peinture japonaise, la Kose-riu, ainsi appelée de son nom de famille.
Au Japon, une distinction très tranchée est faite entre les écoles (riu) et les styles (je). Les écoles (riu) sont constituées par la propagation de méthodes de peinture définies dans certaines familles, renforcées par l’adoption d’étrangers qui prennent le nom du clan ; dans plusieurs cas, dont nous parlerons, ces écoles se sont ainsi prolongées pendant des siècles. Le ye (communauté de style) est au contraire une relation tout à fait flottante et externe qui correspond exactement à notre idée de style. Jusqu’à l’époque de Kanaoka, il y eût, comme nous l’avons dit, trois styles de peinture, le style chinois ( kara-ye ), le style coréen ( korai-ye ), qui peuvent tous deux être réunis, et le style bouddhique (butsu-ye). La peinture était un passe-temps raffiné pour les amateurs, prêtres et nobles (2).
Kanaoka fut le premier, en 880, à fonder une école de peintres professionnels, qui fut en même temps une école nationale de peinture, et dont la base, principalement bouddhique, restait sous l’influence de l’école chinoise de la dynastie des Tang. Comme il appartenait lui-même à la plus haute noblesse, le caractère aristocratique resta
(1) Painting in the Far East, frontispice.
(2) Gierke, p. 23.
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toujours la marque de l’école qu’il fonda, le Kose-riu. Il en fut, du reste, de même pour tous les peintres et toutes les écoles jusqu’au xvie siècle. Ce ne fut, en effet, pas avant cette date qu’un “ roturier ” parvint à se faire un nom ; et ce ne fut pas avant le xviic siècle qu’il se créa une école populaire (ou, d’après les idées japonaises, vulgaire), dont le plus beau résultat fut cette gravure en couleurs dont nous allons nous occuper.
Le clan de Kanaoka fut continué par son fils Aimi, puis par le fils de ce dernier Kintada ; Hirotaka, l’arrière-petit-fils de Kanaoka, continua l'école au xe siècle. C’est à lui qu’on attribue la “ Mort de Bouddha ” du British Muséum (i), d’un style très semblable à celui du peintre chinois ¥u Tao-Tze, et remarquable d’expression.
Bien que l’influence chinoise se soit continuée, même jusqu’à notre siècle, et ait, à certains moments, été plus forte, la peinture japonaise cependant a toujours dû garder son indépendance, autrement on ne comprendrait pas pourquoi, à la fin du xe siècle, des peintures japonaises aient été envoyées comme cadeaux à la cour chinoise habituée à exiger les œuvres les plus parfaites (2). La différence entre les méthodes d’art chinoises et japonaises est fort bien indiquée dans un petit ouvrage de Le Blanc du Vernet, qui parut anonymement, le Japon artistique et littéraire (p. 11), où il remarque que, tandis que l’art des froids et sceptiques Chinois était en
( 1 ) Binyon, pi. V.
(a) Hirth, Fremde Einflüsse, p. 73.
général méthodique, exact, délicat et précieux, celui des Japonais, correspondant à leur caractère, était franchement indépendant, vivant, gai et plein de variété. Nous devons appuyer, dit-il, sur le fait que l’art japonais ne tomba pas dans l imitation servile et qu’il n’emprunta à l’art du Céleste-Empire que l’expérience et la technique. En appliquant ces méthodes à des sujets nationaux, les Japonais créèrent un style indépendant, qui possédait à la fois plus d’élégance, d’originalité, de mobilité et de souplesse que celui des Célestes.
Yeshin Sozu, qui mourut en 1017, âgé de soixante-seize ans, est mentionné comme un des plus remarquables peintres bouddhiques de cette période.
Mais ce n’est pas avant le commencement du xie siècle, quand le Japon commença à s’isoler de l’étranger, que la méthode japonaise de peinture semble s’être libérée définitivement de la méthode chinoise. Car l’école de Kasuga, qui succéda alors à l’école finissante de Kose, est aussi la fondatrice du Yamato-ye ou style japonais. Ce style fut principalement propagé par la grande école de Tosa, qui fleurit au xne siècle; il fut appelé ainsi du nom contemporain du Japon, Yamato.
Durant la période Heian (794-1186), correspondant pour la plus importante partie à la période Fujiwara (870-1130), qui prend son nom de la famille qui possédait la monarchie héréditaire depuis 669, les Japonais s’adonnèrent sans restriction aux plaisirs de la vie, et cela au
Shighenaga (1697-1756). — Shoki le vainqueur des démons. Coloriés à la main, noir, gris, chair rouge foncé. Collection R. Kœchlin, Paris.
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HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
détriment de leur morale. L’école de Kasuga fut fondée, à cette époque, parle peintre Motomitsu, élève de Kose Kimmochi, un des derniers représentants de l’école de Kose. Burty fait remonter la désignation d’école de Kasuga au temple du même nom, à Nara, temple qui, dit-on, fut décoré du xie au xve siècle de peintures de Takachika et de ses successeurs (i). Burty mentionne l’école de Takuma comme une autre école presque contemporaine, qui fleurit du xie au xive siècle.
Une branche particulière, non une véritable école, fut fondée sous le nom de Toba-ye (style comique), au xne siècle, par un peintre bouddhiste de haut rang, Ko Kuyu, appelé Toba Sojo, qui mourut en 1140 et fut le premier, croit-on, à faire des caricatures. Bing loue leur vivacité et le modernisme de leur esprit. Fenollosa observe toutefois que ces croquis humoristiques ne doivent pas être considérés comme son œuvre principale, car il fit aussi, dit-on, quelques très belles peintures dans le style bouddhique (2).
Les querelles furieuses qui mirent aux prises, pendant le xne siècle, les familles nobles des Minamoto et des Taira, et qui finirent à la fin de ce siècle par l’avènement de Minamoto-no- Yoritomo au rang de Shogun, apportèrent un changement notable dans l’art. A l’école de Kasuga succéda, au début du xme siècle, l’école de Tosa, destinée à une longue activité et dont l’influence fut considérable. Son importance
(1) Catal. Burty, p. xvi. — Gierke,p.23. — Cf. Anderson, Transactions, p. S44.
(2) Bing, Revue blanche, 1896, p. 166. — Fenollosa, Revieiv, p. i3. — Anderson, Transactions, p. 345.
comme principale représentante du style national japonais, le yamato-ye, s’affirma plus particulièrement au xve siècle, quand l’influence chinoise eut un nouveau regain de force et amena la fondation de l’école rivale de Kano, également remarquable, mais ayant d’autres visées.
L’école de Tosa représentait l’art de la cour, qui avait son centre dans la résidence impériale de Kioto, au centre du Japon, tandis que le Shogun qui, à la fin de la guerre civile, s’était rendu indépendant, avait établi sa résidence d’abord à Kamakura, dans le Kuanto, puis à Yedo, l’actuel Tokio, sur la côte sud-est. C’est pendant cette période, connue d’après cela sous le nom de période Kamakura (1181-1333), que la féodalité se développa, les Samurai, jusque-là simples guerriers, s’élevant au rang des nobles. Ce fut particulièrement sur des makimonos, longs rouleaux horizontaux à nombreux personnages, ainsi que sur des paravents et dans des albums destinés à être offerts, que les artistes de l’école de Tosa peignirent, avec la délicatesse et la minutie de véritables miniaturistes, ces scènes historiques de batailles des Fujiwara, des Minamoto et des Taira, ainsi que des scènes de fêtes de la cour et des épisodes de la vie chevaleresque, qui peuvent être pris comme la fidèle expression du sentiment national. De telles peintures, avec leur brillant coloris de vermillon, de bleu et de vert sur fond d’or, donnent une excellente idée de la vie opulente de cette époque. Une importance spéciale y était du reste donnée à l’exacte reproduction des
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Impression deux tons, rose et vert.
Collection H. Vever, Paris.
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costumes de cérémonies de cour ; et, malgré l’étiquette raffinée exigeant que les personnes représentées soient toujours sérieuses, graves et dignes, cet art ne dégénéra jamais en petitesse et conserva toujours son caractère large et décoratif. Le fait que la peinture verticale, ou kakémono, qui demande plus d’indépendance, fut beaucoup moins en usage à cette époque, semblerait indiquer un commencement de décadence, et d’après cela Fenollosa suppose que toute l’école de Tosa fut, en quelque sorte, une réaction contre l’art plus robuste de Kanaoka.
Le fondateur de l’école de Tosa, au commencement du xme siècle, fut Fujiwara-no-Tsunetaka, qui, comme directeur des Beaux-Arts, porta le titre de Tosagon-no-Kami (i). D’autres artistes de cette école furent : Fujiwara Mitsunaga, dont les makimonos sont pleins de mouvement, ainsi que Fujiwara Takanobu et son fils Nobuzane (1177-1265), qui en 1221 peignit le portrait du poète Hitomaro, et dont une magnifique étude du saint Kobo Daishi enfant est reproduite par Binyon. Keion est mentionné comme le fondateur d’une école spéciale le “ Sumiyoshi-riu ”, qui dura jusque dans le xvme siècle.
Par suite de nouvelles guerres civiles, une certaine décadence semble avoir lieu dans la seconde moitié du xme siècle; cette décadence continua jusqu’au xve siècle, bien qu’il y eût
(1) Le Blanc du Vernet en conclut que c’est delà que vint le nom de l’École. — Gierke, p. 14. — Anderson, Transactions, p. 346. — Fenollosa, Review, p. 9 et i3. — Catal. Burty, p. 3. — Appert, 142.
cependant au xive siècle un nombre d’artistes éminents, surtout Tosa Yoshimitsu. En 1274, arriva l’invasion des Mongols avec Kubla Khan ; en 1334, les Hodjo furent renversés parles Ashikaga, et les Shoguns Ashikaga régnèrent de cette date jusqu’en 1573.
Au début du xve siècle, se produisit la renaissance de l’art japonais sous l’influence de la Chine. Le prêtre bouddhiste Chodensu, qui fit en 1409 sa fameuse mort de Bouddha, est comparé par Anderson à son contemporain Fra Angelico ; mais, d’après la description de Fenollosa, il a dû plutôt être un renouveau de l’art puissant de Kanaoka. Il mourut, en 1427, à l’âge de soixanteseize ans. Son chef-d’œuvre, le prêtre Shoichi Kokushi assis, est reproduit dans l’ouvrage de Tajima (vol. VI j, ainsi qu’un Shoki en vainqueur des démons, dans Binyon.
Son contemporain Josetsu, peut-être un prêtre chinois, en tout cas instruit en Chine, fit preuve d’une activité plus grande encore en établissant à Kioto une école de peinture qui remit en honneur le style chinois. De cette école sortit une série de peintres des plus importants, tels que Sogha Shobun, Sesshu et Kano Massanobu. Josetsu peignit surtout des paysages d’une exécution délicate, non pas dans le style dominant alors en Chine, sous la magnifique dynastie des Ming (1368-1644), mais dans le style de l’ancienne période des Sung (960-1 278), dont les productions même en Chine sont encore comptées comme des modèles insurpassables. Nen Kawo, qui travailla vers le milieu du xive siècle, est mentionné comme
TOYONOBU. — Enfant dansant avec un cheval de bois : I mpression en deux tons.
British Muséum.
HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
un prédécesseur de Chodensu et Josetsu (i).
L’élève de Josetsu, Soga Shubun, un Chinois naturalisé au Japon, peignit des paysages, des ligures, des oiseaux et des fleurs dans le style de son maître ; comme peintre, il est peut-être plus distingué que Josetsu, et, particulièrement dans le paysage, il occupe une des premières places dans l’histoire de l’art japonais. Ses œuvres sont généralement exécutées à l’encre de Chine et légèrement teintées. Anderson (2) donne la reproduction d’un de ses paysages. Parmi ses élèves, nous pouvons mentionner : Sotan, ainsi que Seshu, d’une importance plus grande encore et très probablement élève aussi de Shubun. Seshu vécut de 1420 à 1 507, apprit vers 1460 à peindre en Chine même et s’établit ensuite en 1469 au temple de Unkokudji. Il est généralement renommé comme étant le plus grand artiste de l’antiquité japonaise ; il est aussi remarquable dans ses paysages; un d’entre eux est reproduit par Gonse (1,194). Binyon reproduit de lui Jurojin, le génie de la vieillesse, dans la manière de la période classique. D’après la méthode chinoise, il se servit surtout d’encre de Chine, qu ’il posait à larges touches et n’égayait que rarement d’un peu de couleur. Bien qu’il ait été très fécond, il est surtout intéressant par le grand nombre de ses élèves. Un de ceux-ci fut Shugetsu, dont Gonse (1,194) a reproduit un corbeau qui cependant, d’après Fenollosa, ne daterait même pas de cent ans.
(1) Anderson, Transactions, p. 3zj6. et Catal., p. 21, 263, 274. — Fenollosa, Review, p. 16. — Gierke, p. i5. — Catal. Burty, p. i5.
(2) Pictorial Arts, pl. XIV.
Anderson reproduit (p. 18) le portrait d’un prêtre indou d’un très bel effet.
Le troisième peintre important de cette école chinoise, fondée par Josetsu, est Kano Masanobu (1453-1490), un descendant de la race des Fujiwara, qui fut surtout influencé par Seshu. Il n’égala pas son maître en originalité, mais se fit une immense réputation en fondant l’école de Kano, école destinée à une si longue activité. Un de ses paysages est reproduit par Anderson (1). On doit aussi mentionner Sesson comme un admirable paysagiste de cette époque, dans le style impressionniste chinois. Binyon reproduit un de ses paysages à l’encre de Chine.
La création de l’école de Kano, dans la seconde moitié du xve siècle, fut un événement étroitement lié au développement politique du Japon. Tandis que la cour du Mikado à Kioto et, avec elle, l’école nationale et impériale de Tosa étaient peu à peu rejetées à l’arrière-plan, la réputation des Shoguns augmentait continuellement. Ces derniers étant en rapports fréquents avec la Chine, de nouveau très florissante sous la dynastie des Ming, il était donc tout naturel que l’école, principalement influencée par les Chinois, dût trouver refuge et protection à la cour des Shoguns, à Yedo. Cela est surtout vrai pour l’école de Kano, qui, représentant l’art favori des Shoguns, était par là même en opposition avec l’école de Tosa, favorisée par la cour impériale, opposition nullement hostile, mais assez aiguë pour exciter la plus grande émulation. Par son contraste avec la
(1) Pictorial Arts, pl. XIX. — Cf. aussi Binyon.
Pl. 16. Pag. 50.
Kiyomitsu (1735-1785). — Kiyomitsu (1735-1785). - Femme Kiyomitsu (1-735-17-85). — Femme
Femme poursuivant des lucioles. et enfant nus dans la salle de bain. en peignoir allant au bain, près
Impression à trois tons, gris, jaune Impression à trois tons, rose, jaune d’elle un chat et une veilleuse.
et rose. et gris brun. Impression à deux tons, vert et rose
HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
méthode plus subtile de la vieille école, qui donnait une grande importance à la splendeur du coloris, la nouvelle école de Kano convenait à l’esprit jeune et audacieux qui régnait dans l’entourage des Shoguns, grâce à la force et à la sublimité de son style, qualités auxquelles sa technique du blanc et du noir tendait naturellement. Bien qu’il existât au Japon, comme l’exprime si bien Duret, la même admiration respectueuse envers les Chinois que celle que montraient autrefois les Romains envers les Grecs, les peintres japonais ne descendirent jamais cependant à une imitation servile de la Chine, mais renouvelèrent constamment, par leur amour vivace de la nature, leur pouvoir créateur original.
On attribue à Kano Motonobu, le second grand maître de cette école et le fils aîné de Masanobu, le mérite d’avoir représenté des scènes non seulement de la cour et de la vie héroïque, mais aussi de la vie de chaque jour. Il naquit en 1476 et mourut en 1559. Bien qu’il n’égalât pas tout à fait son père, il se fit une réputation en donnant à l’école de Kano une organisation tout à fait académique. Il est reconnu comme le véritable classique de cette école, qui, lorsqu’il reçut dans sa vieillesse le titre honorifique de Ko Hogen, était regardée avec une révérence presque idolâtre. Les moyens qu’il employait étaient extrêmement simples, et, avec sa façon de croquer légère et audacieuse, ses œuvres restèrent toujours puissantes. Ce ne fut pas tant sa manière particulière, qui n’était autre que l’ancienne manière chinoise en général, que la personnalité et la distinction
de ses créations qui lui assurèrent sa position dans l’école. Bien qu’il soit estimé parfait dans toutes les branches de la peinture, ce furent surtout ses paysages qui eurent le plus de renom . Anderson ( i ) reproduit un de ses u huit immortels Le frère de Masanobu, Outanosuke, fut un des plus grands peintres d’oiseaux et de fleurs (2).
Par son alliance avec une fille de Mitsushige, chef à cette époque de l’école de Tosa, Motonobu établit un lien entre les deux écoles, mais sans aucun résultat nouveau. Chacune d’elles garda son caractère individuel, et cette compétition n’eut de bon effet que sur celle de Tosa, qui était restée stationnaire. Ce fut surtout Mitsunobu, père de Mitsushige, dont nous parlions plus haut, qui lui insuffla une nouvelle vie dans la seconde moitié du xve siècle. Ses dessins délicatement contournés le rendirent capable de relever avec succès le gant jeté par l’école de Kano.
De celle de Tosa sortit, à l’extrême fin du xvf siècle, le vrai fondateur de la peinture du genre populaire, qui n’avait été jusqu’alors pratiquée que par occasion : Iwasa Matahei. Il fut le père de cette école nationale, qui plus tard trouva son plus grand moyen d’expression dans la gravure sur bois et amena cette branche d’art à son plein développement. Il vécut de 1^78 à 1650, commença par être élève de Tosa Mitsunori, puis vint à l’école de Kano ; il se créa vers 1620 (d’après Fenollosa) un style personnel marqué par un dessin expressif et une grâce fière et finalement
(1) Pictorial Arts, pl. XX et XLIII.
(2) Binyon, pl. XVII.
HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
entra, en 1630, dans une phase tout à fait réaliste, qui, par la force de son effet décoratif et le soin donné aux détails, établit un modèle qu’on n’a jamais atteint depuis.
De par la nature populaire et mondaine de ses sujets, il reçut l’épithète de Ukiyo (peintre du monde qui passe), ensuite appliquée à toute la classe des œuvres du style populaire, Ukiyo-ye, sous laquelle l’école entière de la gravure sur bois est généralement connue. Bien que Matahei fût le premier peintre japonais qui ne fût pas noble de naissance, ses créations n’ont été considérées en aucune façon communes ; au contraire, ce qui le,, rendit célèbre ne fut pas tant les sujets qu'il choisit, mais plutôt, ainsi que pour d’autres artistes de son temps, ses dons de création, la puissance, l’individualité, l’élévation et le fini de son style (1). Il est vrai qu’il n’y a aucune peinture qu’on puisse lui attribuer avec certitude : le professeur OEder possède de lui une très belle jeune fille dansant; Binyon reproduit une autre danseuse dont l’attribution semble très douteuse, et Fenollosa (2), un vieillard dansant et chantant, peint vers 1640 environ, d’après Masatoshi, le fils de Matahei.
En 1574, Noburaga avait renversé Ashikaga ; à sa mort, 1382, le grand Shogun Hideyoshi (le Taigo)lui succéda, et ce fut sous son règne qu’eut lieu l’invasion de la Corée par les Japonais (1 392- 1 598). Puis, vers 1604, Iyeyasu, le vainqueur de la bataille de Sekigahara (1600) et le fondateur de la
(1) Fenollosa, Review, p. 3o, et Catal. n° i ; Anderson, Catal., p. 3aS. — Binyon écrit aussi son nom Matabei, pour le distinguer d’un autre Matahei, moins important.
(2) Outline, pi. I.
dynastie des Tokugawa, lui succéda au Shogunat Le règne de ces deux hommes fut une nouvelle source d’émulation pour l’école de Kano, et c’est à leur influence que nous devons la réunion des anciennes œuvres d’art, l’apogée atteinte par les céramiques japonaises et les riches décorations murales dont furent ornés les châteaux des nobles.
Kano Yetaku, le petit-fils de Motonobu, qui mourut à quarante-huit ans, vers la fin du xvf siècle, mérite une mention spéciale. Il fut le créateur d’un large style décoratif et le premier à se servir de feuilles d’or en grande quantité comme fond, particulièrement pour les paravents ; il doit être considéré, d’après Fenollosa, comme le dernier représentant important de l’école de Kano, étant à peine inférieur à Motonobu et, en somme, presque le plus grand peintre japonais. Binyon reproduit de lui un paysage d’hiver. Sa méthode fut continuée par son gendre Kano Senraku ainsi que par ses fils Mitsunobu et Takanobu. Binyon donne un paysage au lavis dans le style chinois de Senraku Sansetsu (mort en 1652). Takanobu eut trois fils, peintres distingués : Morinobu, aussi appelé Tanyu, Naonobu et Yasunobu (1). Tanyu, qui vécut de 1601 à 1675, et est considéré comme le fondateur d’une branche spéciale de l’école, essaya d’unifier les essais des anciens et de leur donner une nouvelle vie. Il est plus remarquable par l’originalité de ses créations que par leur soigneuse exécution; il peignit dans un style qui tient le milieu entre celui de Sesshu
(1) Anderson, Transactions, p. 353. — Fenollosa, Revitw, p. a5. — Gierke, p. .7.
Kiyomitsu (1735-1785). — Danse du nouvel an.
Cab. Roy. Estampes de Dresde.
Pl. 17. Pag. 54.
HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
et celui de Motonobu, usant rarement de couleur; mais il manquait de la puissance et de l’originalité nécessaires pour créer un nouveau style. Sa peinture du Fuji, dans laquelle une petite quantité seulement de vert et de bleu était employée, fut particulièrement fameuse . Des estampes d’après ses dessins furent publiées dans la collection Gwako senran. Binyon reproduit une de ses peintures. Gonse (I, 213) donne un croquis de lui et Anderson (1) une gravure. De Naonobu, le frère cadet de Tanyu, Gonse reproduit un lièvre (I, 234). Un paysage de Yasunobu, le troisième des frères, est reproduit par Anderson (2). Fenollosa considère Tsunenobu, le fils de Naonobu, comme un tolérable imitateur de Tanyu.
L’école de Tosa, de son côté, produisit au xvif siècle, comme dernier artiste méritant d’être mentionné, Mitsuoki, le petit-fils de Mitsunobu, que Fenollosa estime être un peintre de second ordre, et dont les meilleures œuvres sont des fleurs. L’arrière-petit-fils de Mitsuoki, Mitsuyoshi, continua son genre au xvme siècle.
Pour Fenollosa, tout cet art du xvne siècle est celui d’une période de décadence.
“ D’un autre côté, dit-il, au xvif siècle, l’intelligence japonaise tomba largement dans l’indolence et la trivialité. Toutes les aspirations vers un idéal de grandeur étaient étouffées sous un système politique écrasant et despotique. La société était occupée par des formalités innombrables et de petites vanités. Ce qui avait été
(1) Japanese Wood-Engraving, n° 17.
(2) Pictorial Arts, pl. XXIV.
les règles et l’idéal de héros vivants se rapetissa et se fondit en traditions romantiques et en affectations irréelles. Ce fut alors que les Japonais devinrent dissipés et fourbes. Les marionnettes, les combats de coqs, les courtisanes et les escapades nocturnes absorbèrent l’énergie des jeunes gens dont les grands-pères avaient conquis la Corée. L’art de cette période reflète vraiment le caractère de son époque. Ce ne sont plus que des représentations de courtisanes fameuses, d’acteurs, de jongleurs, d’ivrognes et d’horribles obscénités, avec des caricatures des dieux pleines d’irrévérence ; des costumes brillants et clinquants, des croquis d’une grande trivialité qui tournaient les têtes frivoles des buveurs de thé, et d’anciens dessins chinois à leur vingtième réédition pour plaire au goût délicat des vieillards. Sans aucun doute, les despotes de Yedo devaient être ravis de voir leur cher peuple heureux et content de ses innocents amusements. Il y a, malgré tout, beaucoup de caractéristiques charmantes et parfois nouvelles dans l’art de cette époque, mais il y aussi de l’enfantillage et du manque de sincérité. L’élément spirituel s’est tout envolé, et la gaieté matérielle qui est restée ne peut jamais être prise pour une véritable inspiration artistique (i).
Quatre artistes seulement constituent de remarquables exceptions, ce sont : Sansetsu, Sotatsu, Itcho et Korin. Sansetsu est le dernier représentant de la vieille école de Kano et, d’après Fenollosa,
(i) Fenollosa, Review, p. 28. Pour les artistes suivants, voy. Fenollosa, p. 29 et 33. — Anderson, Transactions, p. 355. — Brinckmann, p. 192.
KIYOMITSU. — L’acteur Kikugoro tenant un miroir : Impression en trois tons.
British Muséum.
HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
un véritable anachronisme au xvne siècle, car son style appartient tout à fait au xvie siècle.
Sotatsu, qui, après Utanosuke, est le plus grand peintre de fleurs et un des meilleurs coloristes du Japon, fut le maître de Korin et était même mieux doué que lui. Il rompt déjà avec le style linéaire et incline à des effets de pinceau seul ; un groupe de chrysanthèmes de lui se trouve dans Binyon.
Hanabusa Itcho (de Yedo) (1651-1724), élève de Kano Yasunobu, fut aussi un des plus grands coloristes de cette école et se distingua, comme le fit Tanyu, par ses scènes originales de la vie populaire; une liste des reproductions de ses dessins sera donnée dans le chapitre suivant; Anderson reproduit une de ses œuvres dans Japanese Wood-Engraving (n° 9).
Enfin Korin, le célèbre peintre-laqueur, qui vécut de 1660 à 1716, était issu d’une famille bourgeoise du nom d’Ogata, à Kioto; il passa une partie de sa vie à Yedo, puis retourna dans sa ville natale, où il resta jusqu’à sa mort. Il était élève de Sotatsu; mais Tsunenobu et Yasunobu sont aussi cités comme ayant été ses maîtres. Grâce à la largeur et à l’originalité de son style, il est devenu le peintre japonais le plus connu et mérite pleinement cette haute estime par la puissance de ses créations, qui les gravent d’une manière indélébile dans la mémoire et nous rappellent les œuvres des plus anciens primitifs, bien que sans jamais les imiter. La situation particulière qu’il occupe, comme le plus grand et le plus hardi des impressionnistes japonais, a été parfaitement
appréciée par Gonse dans son Art japonais ; il peut, avec vérité, être appelé le plus particulièrement japonais de tous les peintres, et il n’a certainement jamais été égalé comme puissance.
La reproduction d’une de ses peintures de fleurs est donnée par Anderson (i), ainsi qu’un oiseau, dans Japanese Wood-Engraving (n° 8). L’écran représentant une mer agitée, donné par Binyon, semble trop lourd pour être son œuvre. Ses nombreux croquis de plantes et d’animaux, traités très largement et pour la plupart relevn, de très peu de couleur, furent admirablement reproduits par Hoitsu, en gravures sur bois fac-similé, au début du xixe siècle; une liste de ces reproductions sera donnée dans le chapitre suivant. Son principal titre de gloire lui vient de ses laques incrustées de nacre et de plomb.
Le frère de Korin, Kenzan, se rendit fameux par ses très artistiques et très originales décorations de faïences.
Un autre professeur de Korin, Koyetsu, l’ami de Sotatsu, forme déjà une transition vers les artistes qui dessinèrent directement pour la gravure; Fenollosa apprécie hautement son goût, mais ne le compte pourtant pas parmi les grands peintres du Japon, estimant qu’il fut seulement un dilettante. Le livre Sanju rokkasen (les trente-six poètes, Catal. Gillot) est de lui; mais il fut aussi surtout laqueur.
Les autres peintres qui dessinèrent pour la gravure, commençant avec Hishikawa Moronobu,
(1) Pictorial Arts, I, 67.
Kiyohiro (vers 1738-1765). — Femmes a leur toilette.
Collection H. Vever, Paris.
Fl. iS. Pag. 5S,
HISTOIRE DE LA PEINTURE JAPONAISE
seront étudiés avec cette technique particulière.
Ces artistes décorateurs, que leurs contemporains ne distinguaient aucunement de ceux qui représentaient des sujets plus élevés, sont la caractéristique dune période pendant laquelle le luxe atteignit son plus haut degré.
Nous devons spécialement noter, dans la seconde moitié du xvme siècle, la fondation de l’école naturaliste de Shijo (ce nom vient de la quatrième rue de Kioto). Maruyama Okio (1753-1795), artiste qui adopta d’abord l’ancien style japonais, puis le style chinois, et qui s’était établi à Kioto à l’époque de son plus grand succès (environ 1772-1789), fut son fondateur. Il dessina surtout d’après nature ; plusieurs reproductions de ses animaux sont données par Anderson (1). Il ne dessina pas pour la gravure, mais quelques-uns de ses croquis parurent dans le Eno (?) gwafu en 1837 et dans le Okio gwafu en 1851.
Un autre notable représentant de cette école fut Mori Sosen (1746-1821), qui se distingua particulièrement par ses animaux et surtout ses singes . Quelques-uns de ceux-ci sont reproduits par Anderson (2), par Gonse (3) et par Binyon. Son œuvre dégénère déjà en excessive délicatesse.
Une école purement chinoise fut fondée par le plus important rival d’Okio, Ganku (1749-1838), en basant son style sur celui des maîtres de la dynastie des Sung. Il fut un des meilleurs peintres de l’époque moderne et est remarquable pour ses
(1) Pictorial Arts, pl. XXIX et XXX.
h) Ibid., pl. XXXI, XL11, LXVIIi.
(3) Gonse, l’Art japonais, I, p. 234 et 242.
dessins de tigres, dont un admirable exemple, se trouve dans Binyon. Enfin Shirai Naokata fut célèbre pour ses représentations de souris.
Avec la fin du xvme siècle, toutefois, vers 1780, l’influence européenne commença à se faire sentir çà et là et, jointe à l’impuissance croissante de l’art japonais, amena peu à peu son déclin au xixe siècle. Il faut mentionner en passant Yosai (1787-1878), qui se produisit aussi comme graveur.