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LE PREMIER ÉPANOUISSEMENT DE L’IMPRESSION POLYCHROME

JO HARUNOBU. Il 2° SHIGEMASA. || 3° SHUNSHO.

i° Harunobu. — Suzuki Harunobu, l’inventeur Sazu

de l’impression polychrome, fut l’élève de ce azu"

Shighenaga qui, vers 174^, avait inventé l’impres- ^

sion à deux tons, et vers 1758-1759, très probablement aussi, celle à trois tons ; mais on objecte Haru

qu’Harunobu prit ses sujets de la vie féminine, a™

qui le rendirent fameux, dans les vieux maîtres Shunsui et Tsunemasa (1). De l’avis du profes- s\^ nobu seur Jaekel, il se rattache directement, dans ses premiers livres, à Toyonobu, qui avait déjà pleinement développé ce gracieux type féminin qui nous attire tant dans les premières œuvres d’Harunobu; mais, dans ses estampes plus tardives, l’influence de Kiyomitsu se fait sentir.

Il vécut à Yedo de 1718 à 1770 (2) et était à la tête du groupe d’artistes qui s’intitulait apparemment « Kiosen » ; il semble avoir lui-même employé ce nom (j). Il commença à produire dès 1750, d’abord avec l’impression à deux, puis

h) Catal. Tokio.

(2) Catal. Tokio (Intr., p. iv).

(3) Fenollosa, Catal., n°8 96, 98, 109, 117-133, 142; Anderson, Catal., p. 342; Strange, p. 29; Catal. Burty, n° 178. — Les dates biographiques sont prises dans le Catal. Hayashi.

à trois tons; mais ce ne fut que lorsqu’il eut amené cette dernière à sa perfection et inventé ainsi la véritable impression polychrome qu’il montra, à partir de 1765, sa pleine puissance et publia dans les cinq années qui suivirent un nombre considérable d’estampes en couleurs les plus riches, les plus variées et les plus gracieuses. Dans les dernières années de sa vie, il se mit également à la peinture. Un tempérament jeune et aimable distingue ce rénovateur de la gravure japonaise et le pousse à choisir, pour ses sujets favoris, la vie de la jeunesse, des jolies femmes et des amoureux ; il fit très rarement des portraits d’acteurs, et, paraît-il, seulement tout à fait à ses débuts.

Si les œuvres des primitifs, chez lesquelles le fond n’existait pour ainsi dire pas, peuvent être justement comparées à des mosaïques (Fenollosa), Harunobu, en revanche, créa de l’espace pour ses compositions et leur donna de la profondeur par l’addition d’un fond teinté de gris délicat ou de vert adouci. Lorsqu’il eut amené ses couleurs à la pureté parfaite, notamment un bleu brillant et un rouge d’oxyde de plomb qui ne noircit pas aussi vite que celui de son successeur Koriusai, il arriva à produire une quinzaine de tons tout aussi purs, soit par surimpression, soit par l’emploi de planches additionnelles. Comme les couleurs qu’il employait étaient généralement opaques, il essaya d’obtenir ses effets moins par la manière de les appliquer que par leur harmonie et l’usage de tons neutres intermédiaires. Ses œuvres, de 1767 environ, peuvent se recon-

Pl. 36. Pag. 126.

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naître à ce que les ailes de côté des cheveux commencent à se projeter et à former en bas, juste au-dessus de l’oreille, une ligne presque horizontale. L’année 1768 marque l’apogée de son activité ; à partir de là, il signe régulièrement ses épreuves. Vers 1769, ses figures, qui, jusque-là, avaient été très symétriques, deviennent plus longues, les visages plus ovales, les nez plus allongés ; il ne fait que suivre en cela une mode devenue presque générale à cette époque. En même temps, il commença à se servir du blanc comme base pour ses draperies ; finalement il orna davantage et avec un soin amoureux ses paysages, rendant notamment au moyen de gaufrures les effets d’eau et de neige.

A part les estampes séparées, dont nous allons parler, il illustra dans sa jeunesse quelques livres en noir et blanc, tels que :

Les occupations des femmes, 16 feuilles ;

Les sept dieux du bonheur, 8 doubles feuilles ;

Une Anthologie de poésie chinoise, 2 ou 3 vol., 1763;

Un livre, paru en 1762, est mentionné par le Catalogue Hayashi (n° 1491)-

De ses livres en couleurs, les suivants doivent être spécialement mentionnés :

Les beautés du Yoshiwara, Yedo, 1770 (reprod. dans Duret, p. 92) ;

Yehon haru no nishiki, scènes de printemps, 2 vol. (Yedo, 1771), 17 doubles feuilles, d’un coloris clair, surtout en gris et brun, les paysages soigneusement faits, mais les figures sans expression, probablement son dernier ouvrage ;

Scènes de mariage, 7 feuilles oblongues, très délicates de couleur et de contours ;

Des séries de dessins de fantaisies de forme oblongue , et finalement Les occupations des femmes, 30 feuilles.

Ses estampes séparées dans le style des primitifs sont très rares, ainsi que celles en impression polychrome de format moyen. Ses kakemono-ye sont particulièrement beaux et représentent, pour la plupart, une figure isolée ; mais ils ne sont pas toujours sans fond, comme l’avance Fenollosa; la preuve en est, par exemple, dans cette œuvre agréable, qui nous montre une jeune fille descendant un escalier. D’une forme rare et d’une beauté remarquable est la procession nuptiale sur fond noir, en dix grandes feuilles in-folio. La plupart de ses estampes sont d’un format moyen, in-quarto, qu’il fut le premier à introduire, et représentent ordinairement deux figures. L’épreuve des grues dans les roseaux est remarquablement belle. Ses estampes de 1 76 5 ont été déjà mentionnées dans le chapitre précédent ; parmi elles, nous citerons encore une jeune fille lisant une lettre. Strange (1) reproduit deux femmes; Anderson (2), une femme, un pot d’eau sur la tête, se tournant en marchant vers un enfant qu’elle tient par la main. Fenollosa (3) reproduit une estampe de 1768-1769 environ, pour laquelle dix planches, sans compter le noir et le blanc, ont été employées.

Parmi ses autres compositions, nous mentionnerons :

(O P. 3o, pl. II.

(2) Japanese Wood-Engraving, pl. II.

(3) Outline, pl. VIII.

Pl. 37. Pag. 126.

Kiyonaga (1742-1815). — Une terrasse au bord de la mer.

Le rose, le noir et le gris dominent.

Collection H. Vever, Paris.

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XJne 'jeune fille découvrant des pousses de bambou dans la neige;

Sennin Kinko, sous la forme d’une femme assise sur une carpe ;

Laveuses traversant avec grâce un ruisseau;

Jeune fille dansant avec un grand poisson ( tai ) ;

Jeune femme à sa porte avec deux compagnes et un chien ;

Deux petites filles à la porte d’un temple (une de ses œuvres les plus délicates) ;

Deux femmes debout dans l’eau, l’une attrapant des petits poissons à l’aide d’un cormoran, tandis que l’autre les garde dans un bocal ;

Deux porteuses d’eau, dont une est dans l’eau, en train d’emplir son seau ;

Deux femmes sous un grand parapluie se protégeant d’une averse;

Deux jeunes filles sur la berge ramassant des joncs ;

Jeune homme conduisant une jeune fille à cheval (une de ses plus parfaites créations) ;

Porteurs de chaise, la nuit, à la lumière des lanternes ;

Perroquet sur son perchoir, grand et simple.

D’autres feuilles sont mentionnées par Bing (Catalogue, n° ijj) et par le Catalogue Leroux.

Nous ajouterons un mot sur les réimpressions d’œuvres d’Harunobu ; comme elles paraissent avoir été faites d’après des planches regravées, elles peuvent être reconnues à l’épaisseur des traits, à la profonde impression des lignes, aux couleurs sales et dures et surtout au noir fuligineux. Le gaufrage y est aussi employé très fréquemment.

Harunobu laissa, dit-on, un fils ou élève, Harunobu II, qui apprit à dessiner dans le style hollandais (européen) (i). Fenollosa nomme un autre élève d’Harunobu, Fujinobu (2), ainsi que Kuninobu (j). Suzuki Haruji, de qui nous avons des kakemono-ye , fut très semblable au maître et

!i) Anderson, Catal., p. 342.

2) Catal., n° i63. Cf. après Shighenaga. 3) N» 164.

sans doute son élève. Les artistes suivants sont aussi mentionnés comme élèves d’Harunobu : Harushige, son fils, qui travailla surtout de 1770 à 1780 (Catalogue Hayashi, n° 415); Harutsugu (id., nos 419 et suiv.); Haruhiro, c’est-à-dire Koriusai (Cf. plus loin); Muranobu (id., n° 422); Uchimasa ( id ., n° 423).

Parmi les contemporains d’Harunobu peuvent être mentionnés : Miyagawa Tominobu (Catalogue Hayashi, n° 3 54) ; Minko, d’Osaka, qui vint à Yedo en 1760 (id., nos 406-407) et illustra des livres vers 1765-1770 ; Uyeno Shoha (id. , n°4o8); Soan (id., n° 409); Morino Sogiku (id., n° 410) ; Kogan (id., n° 411) ; Shoshoken (id., n° 412); Soshosai Seiko (id., n° 413).

Yamato Yoshinobu, souvent confondu avec Harunobu, était probablement un élève de Shighenaga (1) et fit des impressions à deux tons dans un goût très naïf et très délicat, vers 1760 (Fenollosa, n°95); il est peut-être le même artiste qui s’appela plus tard Komai Yoshinobu (Fenollosa, n° 167).

Un autre élève de Shighenaga fut Shighemasa, qui débuta avec l’impression à trois tons vers 1765 et, peu après, se tourna, en même temps qu’Harunobu, vers l’impression polychrome; avec ce dernier, il fut considéré parmi les principaux maîtres de cette école. Avant toutefois de nous occuper de lui et des autres contemporains d’Harunobu, il est nécessaire de parler d’un artiste qui s’assimila si complètement le style d’Harunobu que quelques personnes pensèrent

(1) Catal. Hayashi, n° 35o.

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reconnaître en lui une nouvelle transformation ^ d’Harunobu, sous un autre nom. Cet artiste 'VHO est Koriusai, dont le vrai nom était Isoda Shobei, un samurai de la famille Tsuchiya, qui signa aussi Masakatsu Haruhiro, ou l’ermite de Yagenbori; il vécut à Yedo et fut très probablement élève d’Harunobu (i). Ils se ressemblent surtout par leur dessin; mais, comme le coloris des deux artistes est complètement différent, cette idée, soi-disant partagée par les Japonais, qu’il y aurait eu deux Koriusai, dont l’un ne serait autre qu’Harunobu à une certaine période de sa vie, est probablement fausse.

Koriusai produisit depuis 1770; mais, pendant deux ans, de 1780 à 1782, il s’adonna exclusivement à la peinture, pour reprendre ensuite la gravure. Il est surtout remarquable par son coloris profond et original, où dominent un rouge-orange foncé, un beau bleu (parfois bigarré), et un noir admirablement appliqué en larges surfaces. Ce coloris donne à ses œuvres, qui reproduisent surtout, ainsi que celles d’Harunobu, des figures de femmes, un aspect sérieux et élégant. Ses u tableaux de genre ”, agréables mais sans beaucoup de vie, sont très nombreux ; cependant son activité se traduit surtout dans les kakemono-ye , sur lesquels il introduisit jusqu’à trois et plusieurs figures ; sa production en ce genre est, du reste, plus considérable que celle de tous les artistes réunis, et, au point du fini et de la plénitude de

(1) Strange, p. 32; Fenollosa, Catal., nos 143, 147, i5i, 154, 160; Bing,

Catal., n° 146. — Le Catalogue Hayashi en parle comme d’un élève de Shighenaga.

Ko-

riu-

sai

composition, ils peuvent être considérés comme le plus beau résultat de cette sorte d’estampes. Citons-en comme exemples entre autres : les huit vues du lac Omi, interprétées par des figures ; un jeune noble tenant un faucon sur son poing, avec le Fuji comme fond. D’après le Catalogue de Tokio, presque les deux tiers de tous les kakemono-ye sont de sa main.

Pendant sa période d’activité, une autre transformation de la coiffure se produit, vers 1772 environ : le rouleau du milieu se développe, puis vers 1 775 les ailes des côtés commencent à se courber, et, en 1776, la petite queue du dos disparaît complètement.

Vers 1 77 5 commence la rivalité de Koriusai avec Kiyonaga, contre l’influence duquel, au reste, il ne put pas résister. Il était à son apogée en 1777, mais six ou huit ans après ses types deviennent communs et monotones; vers 1787, il commença même à imiter son rival Kiyonaga. Ses livres illustrés en blanc et noir furent publiés de 1777 à 1780.

Koriusai, comme Harunobu, était maître dans l’art du gaufrage, surtout pour indiquer les dessins des robes ; il employa ce moyen d’une manière tout à fait supérieure dans une série originale des signes du Zodiaque, dessins d’animaux d’une extraordinaire variété et d’une splendeur de coloris qui en font peut-être le plus triomphant succès de la gravure en couleurs japonaise, et certainement le chef-d’œuvre de l’artiste. En ce genre, nous avons aussi de lui : des coqs qui se battent, en rouge et blanc, et des perroquets

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réservés en blanc par l’emploi d’un beau rougebrique. Il était du reste généralement remarquable pour ses animaux, et parmi ceux-ci nous pouvons mentionner : un nid de grues ; un aigle qui a saisi un faisan ; une grue blanche dans la neige ; l’oiseau Howo au-dessus des nuages; des grues au lever du soleil ; des canards dans les roseaux ; des faisans ; et, enfin, un gros chat blanc prêt à sauter sur des papillons, faits en partie à l’aide de gaufrages.

Une de ses très célèbres séries est celle de quinze feuilles moyennes, dont le magnifique fond noir fait ressortir sur chaque épreuve une courtisane, dans une robe magnifiquement décorée, avec deux jeunes suivantes ; cette série fut commencée vers 1777 et finie en 1780 environ.

De ses débuts est une série de huit feuilles charmantes représentant les différentes périodes du jour par des figures féminines. Une série d’estampes érotiques, petites et oblongues, est très délicate de tons.

La liste suivante montrera combien sont originales beaucoup d’autres de ses productions :

Enfant jouant avec une tortue qui essaye de plonger dans un bassin;

Cinq enfants jouant avec un rat ;

Enfant luttant avec une pieuvre ;

Kintoki jouant de la flûte;

Jeunes femmes sur une terrasse au coucher (tu soleil ,

Deux jeunes femmes, sur une terrasse éclairée par des lanternes rouges, regardant une foule qui se protège de la pluie avec de grands parapluies. Stange reproduit (p. 32) un Jeune homme tenant sur son épaule une jeune fille qui arrange le timbre d’une pendule.

La cause qui fait tourner au noir le rouge-

orange contenant du plomb, ce qui arrive plus fréquemment chez Koriusai que chez aucun autre artiste, a été attribuée à une oxydation artificielle et aussi à l’application de noir à l’aide du plat du pouce ; mais, d’après la manière dont ce noir apparaît et se fond dans le rouge, c’est beaucoup plus vraisemblablement l’oxydation accidentelle d’une couleur peu solide. Et c’est justement dans cela que réside le charme inimitable de coloris de ces épreuves. Dans les dessins d’animaux en forme de surimonos, qui furent exécutés avec grand soin, on ne trouve pas cette particularité, certainement parce que les couleurs employées étaient meilleures. Des changements similaires peuvent être remarqués dans les épreuves très fanées de cette époque, celles qui ont été exposées longtemps à la lumière et qui n’ont quelquefois plus trace de couleur, mais qui, pour cela, ont charmé nos peintres au plus haut degré. Bien qu’une telle prédilection semble attester un raffinement presque morbide de l’esprit humain, elle peut cependant, lorsqu’on considère combien notre époque est déshabituée de la couleur, paraître intentionnelle ; pour cette même raison, nos artistes ne se convaincront pas aisément que cette atténuation du coloris n’a jamais été voulue.

2° Shighemasa. — En 1764, un an avant l’invention de l’impression polychrome, apparaissentpour la première fois ces artistes, continuateurs d’Harunobu, dont la destinée devait être de contrôler et de diriger l’art japonais dans son futur développement : Shighemasa, Shunsho et Kiyonaga.

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Les deux premiers seront traités dans ce chapitre, car la période principale de leur activité coïncide avec celle de Koriusai et d’Harunobu (1770-1780). Kiyonaga, toutefois, dont l’influence ne se fit pas sentir avant la période 1780-1790, en même temps que celle des élèves de Shunsho, sera étudié dans un autre chapitre, car il représente l’apogée de la gravure japonaise.

Le mérite d’avoir, après Harunobu, effectué la transition du style de l’ancienne période à celui de la nouvelle appartient sans aucun doute à Shighemasa, qui, de plus, mérite une attention particulière comme un des meilleurs dessinateurs japonais.

Ainsi qu’Harunobu, Kitao Shighemasa, appelé aussi Kosuisai, fut élève du vieil inventeur Shighenaga ; il signa aussi Sekkosai, Kwaran, Tairei, et comme calligraphe Ichiyosai. Né en 1739, il débuta vers 1764, par des estampes d’acteurs en trois couleurs, et se tourna en 1765, en même temps qu’Harunobu, vers l’impression polychrome qu’il cultiva jusque vers 1780, sans avoir à souffrir de la rivalité avec Kiyonaga, qui avait alors atteint toute sa puissance et devant qui s’effaçaient tous les autres contemporains (1).

Il peignit encore en 1785, mais semble s’être ensuite retiré, bien qu’il ne soit mort, diton, qu’en 1819; on ne connaît de lui aucun ouvrage daté des trente dernières années de sa vie. Il progressa lentement et ne fut en pleine activité que vers 1770, produisant peu, mais

dh

(1) Fenollosa, Catal., nos 114,204, 216; Anderson, CataL, p. 344; Catal. Burty, n« 197; Strange, p. 86.

Kita-

Shighe-

masa

s’adonnant avec beaucoup de zèle aussi à l’illustration de livres; et enfin, vers 1779, il atteignit son apogée. Ses œuvres sont rares, et les premières seules sont signées, mais toutes les autres montrent sans aucun doute ses caractéristiques. Ses kakemono-ye sont rares aussi ; mais, parmi eux, se trouvent quelques très belles choses. Fenollosa considère la feuille avec les deux amoureux et un homme tenant un singe (Catalogue, n° 21 5), qu’il place vers 1781, comme peut-être la plus belle de ce genre. Plus simple dans son dessin que Koriusai et Shunsho, il est aussi moins vigoureux de coloris.

Le meilleur dessinateur de la génération active de 1760 à 1770, il rend très heureusement et avec un art parfait les sinuosités des vêtements ainsi que les mouvements vifs, comme dans son danseur de Nô au masque de renard, de 1777 environ.

Parmi ses estampes séparées, Fenollosa cite, entre autres (1), une série de geishas, qu’il date d’environ 1 77 5 , et qui forme une espèce de pendant à la série des courtisanes de Koriusai. De sa période du début date une épreuve en trois tons, représentant un jeune homme faisant l’arbitre dans un combat de coqs.

A côté de ces tableaux de genre, il fit également des animaux; Bing (2) cite un coq avec une poule, des chevaux (avec gaufrures), un aigle aux aguets ; puis des iris au bord d’un ruisseau sur lequel flottent des coupes ; une vue

(1) Catal., n° 208.

(2) Bing, Catal., n° 299.

Pl. 38. Pag. 136.

Kiyonaga (1742-1815). — Femmes au bain. Kiyonaga (1742-1815J. — Scène de la rue

Impression polychrome. Impression polychrome.

Collection H. Vevev, Paris. Musée du Louvre.

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de la rivière Sumida à Yedo. De magnifiques plantes, sur de grandes feuilles oblongues, se trouvent dans la Collection Gonse. Strange donne la reproduction d’une de ses œuvres.

Shighemasa se distingua particulièrement comme illustrateur de livres et collabora avec plusieurs de ses contemporains ; en plus des excellentes illustrations polychromes qu’il fit avec Shunsho : le Seiro bijin envase sugata kagami (Beautés des maisons vertes) (1776), et les douze feuilles de la Sériciculture , dont nous parlerons plus loin, il publia séparément les suivantes :

Yehon fuku jiro, illustrations de légendes, Yedo, 1791 ;

Histoires pour enfants, 1791 ;

Kwacho shashin zuye (fleurs et oiseaux), 1805, 3 vol. ;

Yehon tatsu no miyako (album de poissons).

En blanc et noir, il produisit

Yehon biwako, figures de femmes, 1775 ;

Yehon yotsu no toki, 1775 ;

Yehon yasu Ujikawa, héros célèbres chinois et japonais, 1786;

Yehon Kamagadake, chevaux célèbres et leurs maîtres, 1802.

Son élève fut Kitao Masanobu, appelé, comme poète, Santo Kioden ; son nom de famille était Iwasi, et son nom personnel Denzo ; il vécut de 1761 à 1816; les dates (1775-1830) données dans notre première édition sont corrigées d’après le Catalogue Hayashi. Il signa Kitas Shinsai, Risai, Kankoku, Seisai, Hosan, etc. Son activité commença en 1778 (1), mais il ne produisit pas beau-

(1) Catal. Fenollosa, n° 217.

coup. Fenollosa reproduit (i) une des illustrations du Shin bijin aivase jishitsu ka garni, 1784 (jolies femmes).

De lui nous avons aussi :

Une brochure, Nouvelles illustrations de jolies femmes , 7 doubles feuilles, grand in-folio ; sur chacune d’elles, sont deux ou trois femmes, parfois avec des enfants, sur un fond de paysage à peine indiqué; la couleur est gaie, mais le dessin sans soin et l’expression défectueuse;

Huit paysages de Kanazawa, représentés par des femmes;

Kioka gojunin isshu (50 poèmes humoristiques), 1786 (Yedo) ;

Un petit ouvrage en noir et blanc de 1802, Histoires humoristiques d'hommes sages et fous au bain.

D’autres livres illustrés par lui sont mentionnés par Duret.

Y enkoan semble avoir été un élève de Shighemasa (reprod. dans Catalogue Hayashi, n° 1006), ainsi que Nagahide, un contemporain, qui produisit vers 1770 nombre de très gracieuses estampes de femmes ; Kurth ( Utamaro , p. 87) en fait un élève de Nagayoshi et, par conséquent, reporte plus tard la période de son activité, disant qu’il travailla à Osaka et à Kioto, et que ses portraits d’acteurs furent influencés par Sharaku; mais des recherches plus approfondies sont nécessaires à ce sujet ; le Yehon ckuko teijo kagarni (Miroir de la fidélité des femmes vertueuses) (Collection Jækel) est de lui.

Plus tard nous mentionnerons deux autres élèves de Shighemasa : Shunman et Masayoshi.

3°Shunsho. — Katsukawa Shunsho, qui domina

(1) Outline, pl. XI.

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„ Katsu-

la gravure de 1 770 à 1 780 et fit une nombreuse lignée d’élèves, était né en 1726 et mourut en 1792 (1).

Son nom d’artiste était Jusuki. Ce ne fut pas lui j J kawa qui fonda ce nouveau clan artistique, mais son * maître Shunsui, le fils ou élève de Choshun, qui, Shun vers le milieu du siècle, avait pris le nom de <i£N' Katsukawa, mais n’avait fait de la gravure que J? , pendant peu de temps (2). sho

Shunsho, comme Hokusai, est généralement apprécié plus qu’il le mérite, parce qu’il est très connu et particulièrement plaisant à l’œil; mais il eut cependant le mérite de reprendre les représentations d’acteurs, déjà quelque peu démodées, et de continuer les traditions des Torii avec l’aide de l’impression polychrome (j). Il débuta en 1764 et imitait alors Harunobu ; depuis 1770 environ, ses figures, comme celles de tout l’art de cette époque, s’allongèrent, et vers 1778-1779, le coloris de ses robes devint presque trop riche.

Presque tous ses élèves le suivirent dans cette voie et firent surtout des acteurs ; parmi eux, les plus importants sont : Shunko et Buncho, ainsi que Shunyei, Shunzan, Shuncho et Shumman.

Mais son plus grand renom comme maître lui vint de ce qu’il compta parmi ses élèves Shunro, qui prit plus tard tant d’importance sous le nom d’Hokusai.

Lorsque Kiyonaga devint le maître incontesté de l’estampe, en 1780-1790, Shunsho, comme son

(1) Fenollosa, Catal., nos 178-201 ; Anderson, Catal., p. 343; Bing, Catal., o 235 ; Catal. Burty, n1 2 03 189-196; Strange, p. 33. — Les dates biogra-

phiq ues sont prises dans le Catal. Hayashi.

(2) Fenollosa, Catal., n° 117.

(3) Fenollosa, Outline , p. 35.

contemporain Toyoharu, s’adonna entièrement à la peinture.

Sa première estampe, vers 1764, représentait cinq acteurs connus dans le rôle des Gonin Otoko ; il produisit d’innombrables estampes d’acteurs, pleines de mouvement et d’un vigoureux coloris, mais moins expressives que celles d’Harunobu et de Kiyonaga. Avec un arrangement des draperies extrêmement simple et par son habile distribution des masses noires, Shunsho réussit à produire un admirable effet décoratif, pour lequel les portraits d’acteurs dans des rôles de femmes (ces rôles, au Japon, étaient toujours tenus par des hommes) lui offraient une excellente opportunité.

Strange reproduit une image de ce genre (1) et une autre avec deux acteurs (2) ; Anderson aussi (3) ; Fenollosa (4) reproduit une épreuve du “ Seiro bijin awase ” de 1775.

Citons encore parmi ses œuvres :

Cinq scènes de la pièce Sembomakura ;

Portraits d’acteurs, en bustes, dans des cadres, in-octavo oblong , très délicatement colorés ;

Des feuilles de lutteurs, tels que Shunko, Shunyei et d’autres en produiront;

De magnifiques surimonos ;

Un kakemono-ye, deux jeunes femmes jouant avec un singe;

Un ange bouddhiste ailé, jouant du luth, rappelant les compositions de la Renaissance italienne ;

Un cheval sous un cerisier en fleurs ;

Un danseur de Nô, grand format.

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