PI. III
(31 Japanese Wood-Engraving, pi. III.
(4) Outline, pl. X.
Kiyonaga (1742-1815). — Fête dans un temple, datée 1 783. Le jaune et le rose dominent. Collection R. Kœchlin, Paris.
Pl. 39. Pag. 140.
L’IMPRESSION POLYCHROME
De ses ouvrages illustrés en impression polychrome il nous faut mentionner :
Eventails de théâtre, Yedo, 1769 ;
Kohi no Tsubo, collection de portraits d’acteurs, 1770, encore un peu conventionnel, mais d’un très bel effet de coloris ;
Nishiki hiakunin isshin azumi ori (les cent poètes célèbres) (Yedo, 1774), un de ses principaux ouvrages;
Sairobijin awase sugata kagami (Miroir des beautés des maisons vertes) ; en collaboration avec Shighemasa, 3 vol., Yedo, 1776;
Sanjirokkasen, les 36 poètes, Yedo, 1775.
D’autres ouvrages sont cités par Duret. L’album des Maisons vertes est probablement le plus bel ouvrage illustré que l’art japonais ait jamais produit; les beautés qui habitent dans les maisons de plaisir peintes en vert sont représentées ici, généralement par quatre sur une double feuille, employées aux occupations variées de leur vie journalière, jouant, fumant, faisant de la musique, peignant, composant des vers dans le jardin. Il y a aussi quelques très belles feuilles représentant des plantes stylisées. La caractéristique de cet ouvrage est un rose particulièrement clair qui domine avec le violet, le gris brun et le jaune, et produit un effet très délicat.
Un autre ouvrage célèbre, dans lequel il collabora aussi avec Shighemasa, est l’album de la Sériciculture , en douze feuilles, chacune représentant, ordinairement, trois personnes au travail, avec des vers explicatifs au-dessus. Avec Buncho il édita, en 1770, le Yehon butai ogi , série de portraits d’acteurs en bustes, sur des éventails, le premier livre en impression polychrome après
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Bun-
cho
ceux d’Harunobu. Enfin, avec son contemporain Toyoharu, il publia un in-folio représentant les Dou^e mois de Vannée ; les feuilles sont divisées diagonalement, avec des paysages dans la partie supérieure et des groupes dans la partie inférieure ; les minces figures sont très gracieuses et le coloris très doux; c’est, évidemment, un de ses ouvrages du début.
Ses élèves furent très nombreux, et il est difficile de les caractériser, car ils imitèrent son style avec fidélité, et la plupart d’entre eux firent des acteurs, comme leur maître. Mais il est nécessaire, avant d’en parler en détail, de s’occuper de deux contemporains et rivaux de Shunsho, qui peuvent difficilement être séparés de lui, car, bien que travaillant tout à fait dans son esprit, ils forment par la particularité de leur nature un complément nécessaire à la manière de cet artiste : ce sont Buncho et Toyoharu.
Ippitsusai Buncho atteignit, comme son rival Shunsho, son apogée vers 1770 et mourut en 1796 (1). Son surnom était Kishi ; son nom1 * d’artiste, Uyemon. Il était élève d’Ishikawa Kogen; mais, tandis que Sunsho visait dans ses acteurs au mouvement violent et à la couleur heurtée, et par là devenait souvent anguleux et dur, Buncho essaya d’obtenir plus de souplesse dans la ligne et plus de délicatesse dans le coloris, ce qui convenait particulièrement à son sujet favori, c’est-à-dire aux acteurs dans des rôles de femmes. Ses estampes sont peut-être
(1) Fenollosa, Catal., n05 181, 182, 184; Bing, Catal., n° 170, Catal.
Hayashi.
Shuntcho (f 1821). — Deux hommes et une femme.
Collection H. Vever, Paris.
Pl. 40. Pag. 142,
L’IMPRESSION POLYCHROME
les plus gracieuses et les plus délicates de tout Fart japonais et se distinguent à la fois par une acuité et une finesse de dessin et par une harmonie du coloris qui peuvent à peine être surpassées en élégance. Avec des tons verts et rouges, brillants sans être violents, il aimait à combiner les plus délicates gradations de gris, de façon à produire un tout extrêmement harmonieux. Les vigoureux effets de noir et de rougebrique, qui apparaissent particulièrement dans la partie du début de l’œuvre de Shunsho, se trouvent rarement dans Buncho.
Comme il choisissait, ainsi qu’Harunobu, ses couleurs avec un grand soin, elles ont généralement gardé leur fraîcheur de ton, et pourtant leur effet est aussi doux que celui obtenu dans des épreuves d’autres artistes, dont les couleurs ont été peu à peu atténuées par une exposition à la lumière.
Comme exemples de ses “ tableaux de genre”, on peut citer : Jeune fille fumant sur un balcon, et la Jeune fille regardant un hototyoisu (rossignol). Fenollosa reproduit ( Outline , pl. IX) le portrait d’un acteur de 1772 environ. Des reproductions de ses dessins furent données dans le Buncho sensei gwafu (Yedo, 1816), imprimé en noir avec un peu de couleur.
Son élève fut Kincho Sekiga (reprod. dans le Catalogue Hayashi, n° 477).
UtagawaToyoharu vécut de 17^ à 1814 et commença à travailler vers 1768-1870 (1) ; il fut élève
,1) Fenollosa, Catal., n°» 173-177; Anderson, Catal., p. 347. —Les dates biographiques sont prises dans le Catal. Hayashi.
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de Shighenaga et, d’après Fenollosa (Catalogue, n° 171), frère d’Utagawa Toyonobu [ce dernier, artiste très doué, travailla vers 1770, mais mourut fort jeune ; ses œuvres sont devenues des plus rares ; le Catalogue Hayashi, qui reproduit une de ses estampes (n° 1017), le confond volontiers avec Toyoharu jeune]. Le nom ordinaire de Toyoharu était Tajimaya Shozabro, et il signa aussi Ichiriusai. Ses estampes, particulièrement celles des débuts, sont très rares ; sa seconde manière commença vers 1775, mais il cessa presque complètement de produire en 1776. D’une nature très timide, il recula devant la lutte avec Kiyonaga, et, comme Shunsho, il se retourna du côté de la peinture, à partir de 1780. Fenollosa ( Revîew , p. 42) a raison en inclinant à le placer au-dessus même de Shunsho comme talent. Grâce à sa personnalité artistique, qui tranchait si vivement avec le talent décoratif de ce dernier, il devint le fondateur d’une lignée d’artistes, celle des Utagawa, qui était destinée à prendre la place de celle des Katsukawa.
Les dessins pour les mois, faits en collaboration avec Shunsho, ont déjà été mentionnés ; outre ces dessins, une de ses plus belles séries est celle qui consiste en quatre feuilles représentant les Perfections. Une de ses œuvres du début, quand il rivalisait avec Harunobu, est une grande et belle estampe représentant deux amou-
reux jouant au
sur la terrasse d’un
jardin, tandis qu’une femme les regarde. Il emprunta son rouge-orange à Koriusai et fut un des premiers à apprendre les règles de la per-
Shuntcho (f 1821). — Femmes fumant au bord de l’eau.
Impression polychrome.
Collection G. Marteau, Paris.
Pl. 41. Pag. 144.
L’IMPRESSION POLYCHROME
spective des Européens et à l’employer, par exemple, dans la grande feuille oblongue de la danse de Nô à la cour d’un daimio. Il fut, en somme, un des fondateurs du paysage et représenta aussi des foules avec une grande habileté (Catalogue de Tokio). Ses élèves furent Toyohiro et surtout Toyokuni, dont nous parlerons plus tard.
Un autre élève d’Ishikawa Toyonobu est, probablement, Ishikawa Toyomasu, qui travailla en même temps qu’Harunobu, Shunsho, Toyoharu et Shighemasa (Fenollosa, n° 170, le place vers 1770 environ). Il exécuta une série des douze mois. Le Catalogue Hayashi (n° 347) contient la reproduction d’une de ses œuvres.
Toyohisaest aussi cité comme élève de Toyoharu (reprod. dans le Catalogue Hayashi, n° 1015). Il nous faut encore mentionner ici un contemporain de Toyoharu, Shiba Gokan (ou Kokan), qui naquit en 1747 et mourut en 1818 (1); il signa Shun, Shumpa, Fugen Dojin et Kungaku, et, dans la vie ordinaire, s’appelait Katsusaburo. Il était élève d’Harunobu, dont il continua la manière après sa mort et sous le nom du maître ; il est mentionné comme le premier artiste japonais qui apprit les règles de la perspective des Hollandais et les appliqua dans son livre de voyages Grvato saîyudan (1781). Il fut aussi, dit-on, le premier à exécuter des gravures sur cuivre au Japon; mais Burty (Catalogue, n° 45 ç) mentionne comme la première tentative de cette technique un meisho (livre de voyages), consistant en
(1) Anderson, Catal., p. 344; Anderson, Japanese Wood-Engraving ; Strange, p. 32. — Bing, Revue Blanche, t. VIII (1896), p. 3 x 4- 3 1 5, note.
j 1 feuilles oblongues; or cet ouvrage date de 1849, soit un demi-siècle plus tard. La connaissance de la perspective, dont on trouve distinctement la trace chez Toyoharu et chez Hokusai, peut, cependant, leur avoir été transmise par Gokan. Le Catalogue Hayashi (n° 462) donne un paysage (colorié) qu’il dessina, dit-on, sur une pierre ; mais cela est très improbable, car la lithographie fut inventée en Europe seulement vers 1800.
Un des plus fidèles élèves de Sunsho fut Katsukawa Shunko, qui travailla surtout de 1765 à 1785; vers la fin, la proportion de ses figures devint exagérée (1) ; le Catalogue Hayashi (n° 585) donne 1827 comme date de sa mort. Un livre illustré par lui parut à Yedo en 1795; en plus des représentations d’acteurs et de lutteurs, on cite un aveugle dansant comme étant de lui (reprod. dans le Catalogue Hayashi, n° 588). Un certain Kichosai Shunko (reprod. dans le Catalogue Hayashi, n° 788) appartient au xixe siècle; peutêtre est-il le même que Shunko II (Catalogue Hayashi, n° 787), qui montre déjà des influences européennes.
Parmi les autres graveurs japonais faisant aussi des portraits d’acteurs, nous citerons : Katsukawa Shuntoku, Shunyen et Shunki ; de ce dernier, nous avons un acteur dansant, reproduit par Strange, et un acteur dans un rôle de femme.
Parmi les élèves de la dernière période de Shunsho, Katsukawa Shunyei prend une place proéminente; il naquit en 1762 et mourut en
(1) Fenollosa, Catal., n0‘ 189, 193, 195, 2o3 ; Strange, p. 36; Bing, Catal.* n» 278 ; Catal. Tokio, p. 74.
Pl. 42. Pag. 146.
Collection H. Vever, Paris.
L’IMPRESSION POLYCHROME
1819; son nom de famille était Isoda, son nom d’artiste Kinjiro; il signa aussi Kutokusai. Ce n’est pas sans raison que beaucoup l’estiment supérieur à son maître. En plus de ses portraits d’acteurs, pleins d’effet et largement traités, qui nous font penser à Sharaku, il fit de grandes feuilles de lutteurs, remarquables par leur excellent dessin ; pour des éventails, il fit aussi de très gaies compositions populaires, qui font de l’effet avec très peu de couleur; il fit également de petites feuilles populaires teintées seulement en rose et en gris, ainsi que des \kakemono-ye. Des livres illustrés par lui parurent vers 1789 et 1801 (Duret). Parmi ses élèves, citons Shunto (reprod. dans le Catalogue Hayashi, n0786), successeur (?) vers 1830 de Shumwa (id. , n° 789) ; ainsi que Shunsen et Shuntei, les contemporains d’Hokusai, que nous mentionnerons plus tard.
Trois autres élèves de la dernière partie de la vie de Shunsho, Shunmann, Shuntcho et Shunzan passèrent entièrement sous l’influence de Kiyonaga, le successeur victorieux de leur maître, suivant ainsi la tendance de l’époque. Ils peuvent donc être renvoyés à la fin du chapitre sur Kiyonaga.
Pour Gakutei, voir après Hokusai.
Enfin, comme autres élèves de Shunsho, nous pouvons encore mentionner :
Katsukawa Shundo, qui signa aussi Rantokusai, et dont un livre illustré parut à Yedo en 1790 (reprod. dans le Catalogue Hayashi, nos62 2 et suiv.); Katsukawa Shemkaku (id. , n° 625); Katsukawa Shunsui II (?J., n° 628); Shunri (: id ., n° 77 1);
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Shunjo, qui publia un livre illustré à Yedo en 1782 (id., n° 618).
Nous devons probablement considérer aussi comme des élèves de Shunsho : Anguisai Yenshi, qui, d’après le Catalogue de Tokio (n° 163) travailla vers 1780 et 1790 dans le style de Kiyonaga (Catalogue Hayashi, n° 766) et Shoyu (id. , n° 770).
Enfin les autres artistes, ses contemporains, sont : Katsukawa Kinjiro (Catalogue Hayashi, ^629); Ikku, dont le nom de famille était Shigheda, et le nom d’artiste Yochichi, qui fut surtout fameux comme romancier ( id ., n° 769), et dont des livres illustrés parurent à Yedo de 1799 à 1813. Rinkusai, qui illustra un livre d’acteurs (Yedo, 1790, 3 vol.) (Duret).