‹ Les Estienne et les types grecs de François Ier; complément des annales stéphaniennes, renfermant l'histoire complète des types royaux, enrichie d'un spécimen de ces caractères et suivie d'une notice historique sur les première impressions grecquesChapitre 4 sur 6 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les détails dans lesquels je viens d'entrer, en faisant disparaître en grande partie l'obscurité dont l'affaire des types grecs était entourée, me dispenseront de longs développements pour justifier Robert Esiienne du reproche que lui ont fait Genebrard (1) et autres d'avoir ravi à la France les caractères gravés par ordre de François I*^"". On a vu que notre célèbre typographe, à qui seul revient l'honneur d'avoir fait graver ces caractères, et qui, le premier, les a employés, n'avait rien ravi du tout, et que les poinçons et les matrices du roi continuèrent à rester à Paris après la retraite de Robert Estienne à Genève. D'un autre côté , je n'ai pas besoin non plus de nier, avec Maittaire et Almeloveen, que l'imprimeur du Nouveau Testament de 1546 ait emporté des caractères grecs à Genève, ni de soutenir, avec M. Renouard, qu'il avait eu le droit de le faire, pour se payer des frais de gravure que le roi avait laissés à sa charge ("2). Toutes ces hypothèses tombent devant les faits. Il est certain que Robert Estjenne a emporté à Genève des matrices de caractères grecs , et il n'est pas moins certain que le roi avait payé les frais de gravure des poinçons de ces caractères. J'ai publié des documents qui ne laissent aucun doute à cet égard,

La question se réduit simplement à ceci : Robert Esiienne eut-il le droit de faire faire à ses frais un double des matrices des types royaux ? Quant à moi, je ne doute pas qu'il n'en ait obtenu l'autorisation de François l^^; car cela devait entrer dans les vues du prince , qui avait fait graver ces caractères précisément pour vulgariser l'usage du grec en France, si bien qu'ils furent, dès le début, mis libéralement à la disposition de tous les impri-

(1) Chronographia sacra, etc., Paris, 1580, in-fol. (p. 445).

(2) Renouard, Ann. des Est., 3' édit., p. 330, 331.

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meurs de Paris, à la seule condition de rappeler que leurs livres étaient imprimés avec les types du roi (typis recjils). Le malheur seul des temps put faire tourner le fait au détriment de la France. Mais qui donc eût pu prévoir que Robert Estienne serait forcé de fuir à Genève, lorsqu'il était protégé ouvertement par François I^"", qui ne craignait pas de venir le visiter dans son imprimerie? La preuve qu'il ne fut pas coupable en cela, c'est précisément qu'il continua ouvertement à se servir des types grecs à Genève, sans que personne, de son vivant, ait élevé la voix contre lui. Bien plus, lorsque le roi Louis XIII eut fait racheter à Genève les matrices de Robert Estienne, ce fut encore à un Estienne (Antoine , arrière-petit-fils de Robert) qu'il en confia la garde. Est-ce ainsi qu'on en aurait agi à l'égard de gens à qui on aurait eu un dol à reprocher ?

On pourra demander alors pourquoi le gouvernement français mit tant d'insistance, au XVII* siècle, pour ravoir les matrices incomplètes de Genève, ayant le moyen de s'en procurer de nouvelles à l'aide des poinçons conservés à la chambre des comptes ? A cela je réponds qu'on ignorait alors l'existence de ces poinçons, et que, l'eùt-on connue, il n'eût pas été surprenant que des ministres en ignorassent l'usage. D'ailleurs on vit dans cette affaire une question nationale, et on la poursuivit comme telle, sans entrer dans le fond des choses. Ce qu'on voulait, et ce qu'on obtint, au prix d'une somme assez minime, c'était de conserver à la France seule l'usage d'un caractère éminemment français, s'il est permis de s'exprimer ainsi en parlant des types grecs de François le^ Sous ce rapport, la négociation dont j'ai rapporté les phases diverses eut un résultat très heureux, et il n'y a pas lieu de regretter la méprise du gouvernement, si méprise il y eut.

Je n'ai pas cru pouvoir me dispenser de joindre à cette histoire des types grecs gravés par ordre de François I"un spécimen (I) de ces caractères, qui sont encore aujourd'liui désignés à l'imprimerie impériale sous le nom de grecs du roi, et M. le Directeur de cet établissement a bien voulu autoriser la demande que je lui ai adressée à ce sujet. Pour faire bien connaîtra l'économie générale de ces caractères , je donne ici non pas une page dp texte, qui n'aurait placé sous les yeux du lecteur que les lettres les pins usuelles, mais la nomenclature complète de l'alphabet majuscule et minuscule, et des accents, esprits, etc., qui, toujours distincts, ne sont introduits dans la composition qu'à l'aide des lettres crénées. C'est là une des particularités des types royaux. Une autre particularité de ces caractères, c'est le grand nombre de ligatures qu'ils ont. Je n'ai pas pensé qu'il fût utile de donner tous ces signes (dont quelques-uns ne sont que la reproduction de certaines lettres de l'alphabet fondues par groupe); mais on trouvera ici les principaux.

A la suite de ce [spécimen, j'ai cru devoir placer quelques notes relatives à certains points obscurs de la vie des Estienng, et enfin un travail historique sur les premières impressions grecques exécutées en Europe, et particulièrement à Paris, travail qui m'a paru se lier parfaitement avec celui-ci, auquel il avait même primitivement été destiné à servir d'introduction. On trouvera dans celte portion de l'Appendice des détails très intéressants sur les premiers caractères grecs d'imprimerie, et entre autres sur celui de Gilles de Gourmont, le premier typographe parisien qui ait publié des livres grecs. 4

(1) On en trouve le spécimen complet dans l'alphabet de looO, que j'ai mentionné page 26. Robert Estienne a donné dans ce petit livre tous les signes grecs gravés par Garamond.

50 AVPENDICE.

SPÉCIiMEN DES TYPES GRECS DU ROI.

Le n° I, fondu jadis sur le corps cicéro, mais actuellement sur le corps neuf points ou petit- romain, est celui dont Robert Eslienne s'est servi dans son Nouveau Testament in- 16 de 1^40.

Le n° II appartient plutôt à Grandjean qu'à Garamond (voyez ce que j'ai dit plus haut, page 40), mais comme beaucoup de lettres sont les mêmes que celles qu'on trouve au n° III, j'ai cru devoir le conserver dans ma nomenclature. Il est fondu sur treize points, autrement dit sur corps saint -augustin. Pour augmenter le nombre de ses poinçons, qui est fort restreint, on lui a donné des petites capitales, qui ne sont pas autre chose que les grandes capitales du n" I.

Le n° III, connu jadis sous le nom de gros-romain, est encore fondu sur le corps gros-romain ou seize points. C'est le premier caractère grec du roi qui ait été gravé; Robert Estienne s'en est servi pour imprimer l'Eusèbe de 4o4i.

Le n° IV, connu jadis sous le nom de gros-parangon, n'est plus fondu que sur le corps vingt points ou petit-parangon. C'est le dernier caractère gravé ; aussi est-il le plus complet. Robert Estienne s'en est servi pour la première fois dans son Nouveau Testament in-folio de ISoO.

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