SIR QUELQUES POLNTS OBSCURS DE L.V VIE DES ESTIE?<NE
M. Renouard (p. 172 et 480) attribue à Mamert Pâtisson, époux de lu veuve de Robert Estiemie, les impressions faites au nom de ce dernier typographe, de ^b^o à 1588; mais Pâtisson imprimait en son nom propre au moins depuis 1574. M. Renouard dit : « Il aura travaillé plusieurs années tantôt pour son compte personnel, apud Patissonnan, tantôt pour le compte indivis de Robert III et Henri III, fils mineurs de Robert II, et héritiers de son symbole, oliva Roberti Stephani. » Cette explication me semble d'autant moins admissil)le qu'en épousant Pâtisson, la veuve de Robert II dut perdre la tutelle de ses fils. Il me paraît plus naturel de penser que l'imprimerie de Robert II fut gérée au nom de Robert III, et que Pâtisson en eut une en propre, ou même imprima en son nom dans l'atelier de Robert III, à certaines conditions, en sa qualité de beau-père du mineur.
A la vérité , M. Renouard dit que Robert III demeurait près de Chartres (p. 481); mais c'est parce qu'il n'a pas bien compris le passage de la Croix du Maine, qu'il cite à ce sujet. Celui-ci dit positivement que Robert demeurait à Paris. « Il florist à Paris cette année 1584, et feit sa demeure ordinaire chez M. des Portes, abbé deTyron et de Josaphat près de Chartres... » C'était l'abbaye de Tyron qui était près de Chartres, et non pas le domicile de des Portes. Robert III, auteur dès 1577 (Renouard, p. 482), pouvait bien être alors titulaire d'une imprimerie.
M. Renouard (p. 210) cite, d'après le catalogue de la bibliothèque de Letellier, une édition des Œuvres du cardinal du Perron , in-f", imprimée par Antoine Estienne en 1605; mais il ajoute : « Je crois, avec Maittaire, qu'il y a erreur dans la date de cette édition. Il ne la mentionne que sur la fui de Bibl. Telleriana, et plusieurs ouvrages qu'elle contient n'existaient pas encore en 1G05. Dans tous les cas, cette édition ne pourrait être d'Antoine, qui n'avait alors que treize ans. )' Cette dernière observation semble prouver (jue M. Renouard n'a pas vu le volume en question ; or, s'il ne l'a
pas vu, comment peut-il dire que ce volume renfermait des ouvrages qui n'existaient pas en 1 605 ? Je lis dans les procès-verbaux du clergé de France, conservés en manuscrit à la Bibliothèque nationale, un passage curieux, qui semble confirmer l'indication du catalogue Letellier. Voici ce passage, inscrit sous la date du lundi l*^"- juillet 1619 : « Le sieur promoteur auroit dit que l'imprimeur 3Iorel, ayant reçu deux mille écus pour l'impression des Pères grecs, il auroit commencé par le premier et le second volume de saint Jean Chrisostôme, et que, pour certaines considérations, n'ayant pu continuer l'impression des autres volumes, il vouloit rendre les deux mille écus prestes... laquelle impression l'assemblée générale de 1606 auroit voulu être continuée par l'imprimeur Estienne, par l'avis de feu M. le cardinal du Perron, lequel Estienne a imprimé le troisième, le quatrième et le cinquième... » C'est en «ffet Antoine Estienne qui a continué le livre : il était donc imprimeur en 1606. Peu importe son âge. Paul Estienne, son père, exilé dès 160b de Genève, où il ne rentra qu'en 1620, grâce à la lettre du roi Louis XIII que j'ai donnée précédemment, put bien monter une imprimerie à Paris au nom de son fils. Le nom dC Estienne était tout alors pour un établissement typographique ; il suffisait qu'il parût n'importe comment pour.attirer la clientèle à cet atelier, tant ce nom exerçait alors de prestige.
La Caille (p. 124} dit que Martin le Jeune « eut l'imprimerie de Robert Estienne, lorsqu'il se relira à Genève. » M. Renouard (p. 352) conteste cette assertion : « Si le fait est vrai, ce ne peut être, comme déjà je l'ai dit p. 324, <iue pour une partie de l'établissement délaissé, pour ce qui concernait la langue hébraïque; car les impressions de Charles, même dès les premières on langue grecque, de 1551, sortent évidemment d'une officine toute montée, 1 1 on ne peut y méconnaître celle qui, jusqu'à cette même année 1 531 , fonctionnait au nom et par les soins de Robert. » L'observation de M. Renouard ne me semble pas fondée : si on vendit une partie de l'atelier de Robert, l)ourquoi n'aurait-on pas tout vendu? Il est bien probable, au contraire, (lu'on vendit toute l'imprimerie ou du moins ce qui en restait, car Robert Estienne avait emporté à Genève tout ce qui était d'un transport facile, n'ayant alors aucune arrière-pensée de retour ou même d'établissement pour l'un de ses fils à Paris. On ne garda que la librairie, composée en partie de livres prohibes à Genève, et qui d'ailleurs n'exigeait pas les mêmes soins, mais qui n'en fut pas moins elle-même saisie, puis restituée aux enfants de
Robert. Quant à la similitude des éditions grecques de Cliàrles avec celles de Robert l'^s elle s'explique tout naturellement par cette circonstance que Charles se servit comme Robert de caractères fondus dans les matrices royales, dont il avait encore la garde quatre ans après la retraite de celui-ci à Genève. En tous cas, il me semble certain qu'à partir de la retraite de Robert I^'' l'imprimerie des Estienne n'eut plus de local lixe. Un fait assez curieux, c'est qu'on trouve vers ce temps-là un libraire qui avait sa boutique au Clos-Bruneau (m clauso Brunello), à Yenseigne de l'Olivier {suh signo Olivœ): c'est Thomas Brumen (Bnwiejinius); son olivier diffère, il est vrai, de celui de Robert (voyez-en la reproduction dans IcSiMarqties tijpocjraphkjues de M. Silvestre, n° 276) ; mais peut-être la vente de l'imprimerie de Robert F"" et l'abandon du Clos-Bruneau par les Estienne ne fut-elle pas étrangère à l'adoption de l'enseigne de l'olivier par Brumen dans ce lieu même.
M, Renouard cite (pag. 334) un moine feuillant (Pierre de Sainl-Rorauald), qui, croyant rendre plus odieux le prétendu vol des caractères royaux par Robert Estienne, dit que ces caractères étaient en argent. Je n'ai pas relevé cette assertion dans mon travail, parce que mon récit même la démentait; toutefois, comme d'autres écrivains ont parlé de prétendus caractères d'argent qu'aurait fait graver tel ou tel prince, je dois dire que ce métal offrirait à la fonte beaucoup plus de difficultés que celui dont on se sert, sans présenter aucun avantage. Ce qui a donné lieu à cette fable, c'est sans doute l'éclat qu'ont les caractères nouvellement fondus, et qui les fait ressembler à de l'argent , au grand préjudice des yeux des compositeurs. Il serait bien à souhaiter qu'on prît la précaution de le faire disparaître avant de mettre les caractères neufs dans les casses. Il me semble qu'on pourrait facilement parer à cet inconvénient,
M. Renouard (p. 479) dit que le titre d'imprimeur du roi amena à Robert II une multitude d'édits et ordonnances. Des lettres patentes de Charles IX, datées du 8 octobre 1561, lui conférèrent en effet le privilège de ces impressions pour trois mois. Voici un extrait de ces lettres, qui ont été inconnues à M. Renouard, et qui se trouvent aux Archives générales de France, vol. Y. 11, fol. 244.
50 APPKNDICE.
« Charles, etc., à nos amoz et feaulx les gens de noz eoiirs de parlemens, prevostde Paris, baillils de Rouen; Berry, Orléans, Blois, Dijon, seneschaulx (le Lyon, Thoulouse, Bourdeaulx, Poictou, Anjou, et autres noz baillifs et seneschaulx ou leurs lieutenans, salut et delection. Ayant cy devant esleu Robert Estienne, imprimeur en nostre université de Paris, nostre imprimeur ordinaire en langues hebree, chaldee, grecque, latine et Françoise, nous luy aurions ordonné imprimer bien et correctement et en bonne et belle lettre toutes ordonnances, edicts et lettres patentes qu'il seroit requis d'imprimer, ce que ledit Estienne délibéra accomplir, et pour ce feit grands frails et despenses, et voulant imprimer les ordonnances et edicts par nous faicts, il a trouvé qu'aucuns imprimeurs et libraires, par importunité, déguisement ou autrement, auroient obtenu de nous et de vous respectivement plusieurs congez et permission d'imprimer ces dites ordonnances et edicts ; en vertu d'icelles ont imprimé et impriment journellement lesdicts edicts et ordonnances, pri vans Estienne, notre imprimeur, de ses fraits, etentreprenans sur son estât de nostre imprimeur; nous suppliant, etc.; nous, par l'advis de nostre conseil, avons déclaré... que audict Robert Estienne... ayt esté... loisible... imprimer toutes ordonnances... sans que aultres libraires et imprimeurs les puissent imprimer ou faire imprimer, durant le temps et terme de trois mois... Si vous mandons... Donné à Sainct-Germain en Laye.llc huictiesme jour d'octobre... I06I. »
Le M février 1561 (1362 nouv. style), Robert Estienne obtint de nouvelles lettres patentes pour ce fait; mais cela ne l'empêchait pas d'être frustré dans son droit; car le 17 janvier 1563 (1564 nouv. style), le roi est encore obligé de donner de nouvelles lettres patentes. On apprend par ce dernier acte que les grefQers et leurs clercs, au lieu de remettre les copies des édits et ordonnances à Robert Estienne, les remettaient à d'autres imprimeurs, qui les publiaient avant lui. Ordre de remettre ces copies à Robert Estienne « et non à aultres. » (Même registre, fol. 243.)
Vers la fin du xvn^ siècle, l'imprimeur royal de Paris fut dépouillé de ce privilège, qui fut attribué à l'Imprimerie royale. Celle-ci fut chargée de la première publication des lois, et les imprima à 2,000 exemplaires, servant de type pour les réimpressions qui avaient lieu immédiatement dans chaque province séparément. Cet état de choses subsista jusqu'à la créatior du Bulletin des Lois, en 1 794.
Paris. — Iiiipiimpiio île Cli. Meyrueis et (y, lue Saint-Benoît, 7. — Î856.
xwenrich:
NOTICE HISTORIOliK
SUR LES PREMIÈRES IMPRESSIONS GRECQUES EXÉCtJTÉES EN EUROPE ET PARTICULIÈREMEXT A PARIS.
Le concile général tenu à Vienne en Daiiphiné, en 1311-12, rendit, au nom de Clément V, dans la vue de rétablir les bonnes études en Europe, et sur les inslances de Raimond LuUi, une constitution qui ordonnait d'instituer à Rome, à Paris, et dans quelques autres Universités, des professeurs d'hébreu, d'arabe, de grec et de chaldéen (syriac) (1). Mais ce fut une lettre morte pendant plus d'un siècle, c'est-à-dire jusqu'à la chute de l'empire grec. Ce fatal événement, qui coïncide avec la découverte de Timprimerie (Gonstantinople fut pris par les Turcs en U53), ht plus pour la restauration 'des lettres grecques en Europe que toutes les prescriptions officielles, en faisant refluer en llaiie un grand nombre de savants hellènes qui fuyaient la barbarie musulmane.
L'Italie ne fut pas la seule à profiter des malheurs de la Grèce. Les proscrits de ce pays se répandirent bientôt sur le reste de l'Europe. En France particulièrement on vit successivement arriver George Hermonyme (plus connu sousie nom d'Hermonyme de Sparte), Tranquillus Andronicus, Dalmata et JanusLascaris. Si l'on en croit Naudé, ils auraient été précédés, dès H58, par Lucius Gregorius Tiphernas (2), élève d'Emmanuel Chrysoloras. Naudé raconte que Tiphernas se présenta un jour devant le recteur de l'Université de Paris, offrant ses services pour l'enseignement du grec, et demandant un traitement convenable, en vertu de la décision du concile devienne (3), La prétention de cet étranger excita une véritable surprise ; toutefois on accéda à sa demande , mais Tiphernas resta peu de temps à Paris : il n'en partit cependant qu'après avoir formé quelques élèves, au nombre desquels il faut citer Robert Gaguin, le bibliothécaire du roi Louis XI, et Jean Heynlin, autrement dit Jean de Stein ou de la
(1) Du Boulay, Hist. paris, univers., l. V, p. 141.
(2) Tiphernas n'était pas Grec, comme le croit Naudé, car il était né en Italie. D'après Melanchtlion, Tiphernas ne vint à Paris qu'en 1472. Voyez le discours de Melanchlhon sur l'étude des langues, publié en 1533, et où il dit que Tiphernas était venu à Paris soixante ans auparavant. On a la preuve que ce dernier était en Italie en 1471. C'est donc avant ou après cette date qu'il fit son voyage en France.
(3) Addition à l'histoire de Louis XI, chap. vi.
Pierre, l'un des fondateurs de l'imprimerie de Paris (1), qui furent l'un et l'autre les maîtres du célèbre Reuchlin (2). Quant à Hermonyme de Sparte, il fut quelque temps professeur de Guillaume Budé, destiné à devenir le restaurateur des lettres grecques en France ; car, jusqu'à ce dernier, la connaissance du grec dans ce pays ne fut le partage que d'un fort petit nombre de personnes.
Cette circonstance explique pourquoi, durant tout le quinzième siècle, l'imprimerie ne produisit à Paris que des ouvrages latins ou français. On y imprima bien quelques auteurs grecs, mais non pas dans leur langue originale. Faute de caractères grecs, on n'en donna que des traductions latines, généralement admises dans les écoles au moyen âge. Déjà plusieurs imprimeries étrangères étaient pourvues de types grecs, plus ou moins imparfaits, mais suffisants pour pouvoir reproduire les chefs-d'œuvre sauvés du dernier naufrage de la civilisation antique, que la France n'avait encore rien produit en ce genre. Grâce aux érudits nés sur son sol, elle entra enfin dans la carrière, et bientôt dépassa toutes ses rivales.
Mais procédons par ordre.
Le premier grec imprimé parut dans la première édition des Offices de Cicéron , publiée à Mayence en 1465 , par Fust et Schoiffer. 11 n'y en a, il est vrai, que quelques mots, pour lesquels on se servit même des lettres latines qui ont du rapport avec le grec, tel que l'a, par exemple, qui y tient lieu de V alpha. Aussi le nombre des poinçons (3) de ce grec, qui n'a ni accents, ni ligatures, ni capitales, dut-il être fort peu considérable.
La même année, les imprimeurs établis au monastère de Soubiaco, près de Rome, firent un pas de plus : ils publièrent un Lactance où parurent des passages entiers en grec. L'ouvrage, achevé en octobre, fut probablement commencé avant qu'on eût ces caractères, car, de même que cela se pratiquait souvent dans les manuscrits à cette époque, par suite de l'ignorance des scribes (4), on a laissé le grec en blanc dans les premières feuilles du livre. Ce n'est qu'au quart environ du volume qu'on fit usage du grec, encore pas constamment, ce qui semble prouver qu'il n'y en avait pas une fonte bien considérable. En effet, on rencontre encore bien des passages en blanc dans le reste du volume. Comme le grec de Schoiffer, celui des impri-
(1) Voyez mon livre sur l'Origine de l'Imprimerie, t. II, p. 296 et suivantes,
(2) Ibid., t. II, p. 325. Voyez aussi en tète du Rudimenta hebra'ica, de Reuchlin, une lettre de celui-ci adressée à Jacques Lefebvre d'Etaples,où il
' déclare que Hermonyme n'était pas Unguœ grœcœ ignarus.
(3) Sur la foi deMaittaire, j'ai dit, dans mon livre sur l'Origine de l'Imprimerie, que le grec de Schoiffer était gravé, non fondu ; c'est une erreur. Ce grec est fondu comme les caractères latins du même imprimeur.
(4) Cette ignorance était proverbiale. Tout le monde connaît ce dicton qu'on leur attribue : « Grœcum est, non legitur, » ou « transeat, grœcum est. »
Àl'l'ENDlCK. .^9
meurs de Soubiaco est sans accents et sans ligatures, mais il a des capitales.
En 1^68, les mêmes imprimeurs donnèrent à Rome une seconde édition du Lactance où on voit paraître un grec un peu moins grossier, mais toujours sans ligatures et sans accents. Cette fois, il n'y a point de lacunes dans le livre, ce qiù prouve qu'on s'était pourvu d'avance d'une fonte suffisante. Ce gréa servit dans l'Aulu-Gelle et dans l'Apulée donnés par les mêmes imprimeurs en l/(69, etc.
En lZi70, Jean Philippe de Lignamine imprima à Rome un Suétone qui renferme également des passages entiers en grec.
En l/iV/j, Antoine Zarot publia à Milan les Offices et les Paradoxes de Cicéron, où on voit figurer quelques mots grecs; mais ce caractère est si informe qu'on peut à peine le lire.
Enlin, en ^76, Denis Paravisinus imprima, dans la même ville, la Grammaire grecque de Constantin Lascaris, en un volume in-Z|°. Ce volume fut achevé le 30 janvier, ce qui permet de faire remonter à l/i75 l'établissement de l'imprimerie grecque à Milan, L'éditeur du livre de Lascaris fut un de ses compatriotes, réfugié comme lui en Italie, Demetrius de Crète.
Le caractère qui servit à faire cette impression est déjà fort remarquable ; il a les accents et quelques ligatures, mais les majuscules ont une forme gothique très-disgracieuse, et qui jure avec le cursif. C'est ce caractère qui servit pour la fameuse édition d'Homère, publiée à Florence en l/i88 (1), par le même Demetrius, ce qui semble prouver qu'il appartenait à ce dernier, qui l'aurait fait graver à ses frais, et l'emporta avec lui en quittant Milan.
Divers autres typographes italiens se mirent à imprimer des ouvrages grecs avec des caractères du même genre. Je citerai, entre autres, de Milan, une deuxième édition de la Grammaire de Lascaris, faite en 1480, avec un grec un peu plus fort (2), mais de même forme, plus un psautier grec-latin en l/jSl, et un Isocrate de 1^93; de Venise, un psautier tout grec (3), et la Batrachomyomachie, en l/i86; de Vicence, une nouvelle édition de la Grammaire de Lascaris, en H88. Mais, comme je l'ai dit, tous ces caractères conservaient encore quelque trace de gothique. Il était réservé à un autre Hellène de mettre la dernière main aux caractères grecs.
En H9Zi, Janus Lascaris, réfugié à la cour des Médicis, fit impri-
(1) L'Homère et la Grammaire de Lascaris se trouvent à la Bibliothèque nationale.
(2) BibL nat. — Maittaire croit à tort, à cause de la ressemblance des caractères de ce livre avec ceux de la Grammaire grecque de 1476, qu'il a été imprimé par Paravisinus. Nous venons de voir que Demetrius de Crète avait emporté à Florence les caractères qui avaient servi à imprimer la Grammaire à Milan, et avec lesquels il imprima dans la première de ces villes, en 1488, une édition d'Homère.
(3) Ce livre esta la Bibl. nat. Il est imprime en rouge et en noir avec un caractère d'une forme très-singulière.
mer à Florence plusieurs volumes in-h° (1) en caractères greciy d'une forme très-remarquable. Le premier de ces volumes, le plus gros et le seul daté (11 août Ih^k), est une Anihologie grecqîie, à la fin de laquelle on trouve une lettre latine de l'éditeur a Pierre de Médicis (2) ; lettre dans laquelle Janus informe son Mécène du soin qu'il a pris de chercher sur les médailles et les monuments de l'antiquité les plus belles formes des lettres grecques, des majuscules s'entend, car, grec et latin, tout ce livre est imprimé en grandes et en petites capitales; il n'y a point de lettres cursives ; par consé- (juent, il n'y a point non plus de ligatures ; mais il y a des accents. La forme de ces capitales est à peu de chose près celle qui est adoptée aujourd'hui. Cette pièce se termine par la souscription suivante : « Impressvm Florentiae pef, Lavrentivm Francisci de Alopa Venetvm, m iDvs âvgvsti, M.CCCC. lxxxxhu (3). »
Suivant La Caille (4), ces caractères auraient été gravés par un Français, Robert Granjon, libraire de Paris, « qui, quelques années (( après, alla à Rome aux dépens du pape et à ses gages pour y frap- (( per et y fondre. Il s'y perfectionna, ajoute cet auteur, et revint à (( Paris, où il les remit en leur dernière perfection, comme nous les (( voyons aujourd'hui (1689). n
Cette phrase obscure ne nous apprend pas si ce sont les caractères grecs ou les caractères romains que Granjon remit (( en leur perf ceci lion. » Peut-être cette expression ne s'applique-t-elle qu'aux « let-
(1) Voici l'indication de ces ouvrages, tous dans le même format in-4»; lo Anthologia Graeca.
20 Apollinii Rhodii Argonaulica.
30 Euripidis Medea, Hippolytus, Alcestis et Andromacha. 4° Callimachi Hymni.
50 Gnomie monastichoi , ex diversis pnetis, et Musaei de Herone et Leandro.
(2) Cette lettre à P. de Médicis ne se trouve pas à tous les exemplaires. On pense qu'après la prise de Florence par Charles VIII, en novembre 1494, l'éditeur crut devoir les retrancher des volumes qui lui restaient, comme pouvant lui nuire dans l'esprit du vainqueur. Ne serait-ce pas plutôt l'auteur lui-même qui l'aurait retranchée lorsqu'il fut un peu plus tard au service de la France?
(3) Bibl. Mazarine (15" siècle, in-4o, n" 705). — Cette bibliothèque possède en outre un exemplaire détaché de l'épitre de Lascaris. Cet exemplaire est joint à l'un des ouvrages du même éditeur, publié avec les mêmes caractères, et renfermant entre autres choses le poëme des amours de Léandre et Héro, par Musée. Le tout Jorme 18 feuillets in-4''. Ce volume est encore dans son ancienne reliure, sur laquelle on voit une vienette imprimée à sec, représentant saint Roch , ayant d'un côté son chien, et de l'autre un ange à genou. Au bas on lit en caractères gothiques : S. Roche, libéra nos. de. pckc. Ce qui semble rappeler la peste qui désola Paris au commencement du seizième siècle : voyez page 69. (Bibl. Mazarine, n" 10486, B. [ancien 728]. in-i», I-d^ siècle.)
(4) Hist. de l'impr., p. 81.
ti très italiques, » que La Caille dit ailleurs (1) avoir été perfectionnées par Granjon. En tous cas, cet auteur fait certainement une confusion en donnant au graveur des caractères de UO/j le prénom de Robert: c'est Jean qu'il aurait dû écrire. En effet, d'après luimême (2), Robert ne mourut qu'en 1573; or, quelque vieux qu'on le suppose alors, il est impossible d'admettre que cet artiste était déjà en état de graver des caractères en lZj94. Jean Granjon, au contraire, qu'on dit frère aîné de Robert, mais qui pourrait bien avoir été son père, était déjà libraire en 1506 (3). Au reste, pour l'un comme pour l'autre, le renseignement me semble fort apocryphe.
L'honneur d'avoir gravé des caractères grecs complets revient de droit à Aide Manuce, qui, dans cette même année l/jOâ, imprima à Venise une nouvelle édition de la Grammaire de Lascaris, et ne cessa dès lors de s'illustrer par ce genre d'impression (/i). En alliant le cursif de Demetrius de Crète aux capitales de Janus Lascaris, il réalisa une forme de caractères qui fut généralement adoptée depuis.
La voie était tracée. La France ne pouvait tarder à y entrer. Dans cette même année l/iO/;, Gering, l'un des importateurs de l'imprimerie à Paris, ou pour mieux dire son associé Rerthold Rembolt (5), publia dans cette ville un gros volume in-folio de ISicolas Perot, intitulé : Cornucopiœ smi cummentaru livguœ lalhiœ, dans lequel il y a des passages en grec. Ce caractère n'est pas trop disgracieux ; il porte déjà les accents sur la lettre. C'est, je crois, le premier grec qu'on ait vu à Paris. Aussi l'imprimeur a-t-il cru devoir joindre au verso du premier feuillet de son livre l'alphabet grec, avec indication de la valeur de ces lettres en latin. Ce caractère figure encore dans le Virgile de l/jOS et dans une seconde édition de Perot, de- 1500, publiés par les mêmes imprimeurs (6).
(1) Hist. de iiinpr. p. 128.
(2) Ibid.
(3) Ibid., p. 78, 79.
(4) Voyez sur cet illusu'c typographe le livre si complet de M. Ant.- Aug. Renouard, inlilulé : Annales de l'Imprimerie des Aides, 3^ édition. 1 vol. in-8o. Paris, 1836. L'auteur fait remarquer (p. 405) que le caractère du Lascaris est encore fort grossier, mais qu'il fut immédiatement remplacé par d'autres, et ne reparut plus dans aucune impression d'Aide Manuce. Cette édition de la Grammaire de Lascaris est accompagnée de la traduction latine en regard, et ne fut réellement terminée qu'en 1495. Elle renferme à la fin un assez long errata. (Bibl. Sainte-Geneviève.)
(5) Quoique, par déférence, Gering soit nommé le premier dans les souscriptions des livres imprimés par celte association, la marque typographique de Rembolt paraît seule. Il était, en effet, l'âme de la société.
(6) Les deux éditions de Perot se trouvent à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Le Virgile de 1498 est à la Bibliothèque de l'Arsenal. (B. 1. -jSO, in-4°.) C'est l'exemplaire même de la Sorbonne. Ce livre jouit dans le temps d'une certaine célébrité. Il était considéré comme exempt de fautes, grâce aux soins de Paul Maillet, régent de l'Université et professeur d'élo-
62 APPUNDICE.
En 1505, Josse Bade imprima un ouvrage de Laurent Valla où on voit également paraître du grec avec capitales et accents ; mais il est fort imparfait. L'imprimeur crut devoir demander l'indulgence du lecteur pour avoir laissé passer quelques fautes, surtout dans les accents, par suite de la pénurie des caractères : « Chalcographorum « erratis, praesertim in accentibus, ob penuriam characterum, hu- (( maniter ignosces (1). »
Vers le même temps, Gilles de Gourmont publia de petits ouvrages latins dans lesquels on voit paraître quelques mots grecs sans accents et sans ligatures (2).
Ce n'était là qu'un prélude. Deux ans après, en 1507, Gourmont publia plusieurs ouvrages complètement grecs , sous la direction de François Tissard, d'Amboise, professeur à l'Université de Paris. Les accents sont ici placés en interligne au-dessus de la lettre. C'est la seconde phase des progrès de Gourmont dans l'impression du grec. Nous allons le voir faire deux nouveaux pas en ajoutant successivement des accents inhérents à son caractère et des ligatures.
Le premier ouvrage grec imprimé en 1507 par Gourmont fat le Liber cjnomagyricus, contenant les sentences des sept Sages de la Grèce, les vers d'or de Pythagore, le poëme moral de Phocylide, les vers de la Sibyle d'Erilhréo touchant le jugement dernier, et de plus l'alphabet grec et quekfues autres petits opuscules. Tout cela forme trois feuilles et demie ou ik feuillets in-/i". Sur la première page est la marque primitive de Gilles de Gourmont, qui ne porte que ces trois mots et les armes de cet imprimeur : un écu coupé, trois roses en chef et un croissant en pointe (3). Au bas on lit : (( Vénales reperiun-
quence, qui en avait surveillé l'exécution. La date d'impression se trouve sur le 7« feuillet, en comptant par la fin. Les mois grecs se trouvent à l'avant-dernier feuillet.
(1) Ce livre -e trouve à la Bibliothèque Mazarine. Voici le titre qu'il porte : « Laurentii Vallensis viri lam grsecai quam latinae linguai peritis- « simi in latinam novi testamenti interprelationeni, etc. »
(2) Ce caractère ligure aussi dans un livret imprimé en octobre 1507. par Jean de Gourmont, sous le titre de Preclare dicta septem Sapientium Grecie , et dans lequel on trouve Aristotelis de virtutibus interpretatio. Ce livret, composé de deux feuilles in-4«, est très-intéressant au point de vue typographique, car il a des titres courants qui varient presque à chaque "page. (Bibl. Mazarine, in-4'», c. 10487, pièce no 10.) Il se termine par la souscription suivante ; « Impressum fuit hoc elegans opus- « culum Parrhisiis, in angiporlu clausi Brunelli, apud Joannem Gourmont, « sub signo cornu damme (la corne de daim) anno.... m. d. vij. mense « octobris, et illic vénale reperies et ante collegium Cameracense. »
(3) L'apposition de ces armes sur la marque typographique de Gilles de Gourmont prouve, contrairement à l'opinion commune, que la profession d'imprimeur ne faisait pas déroger. (Voyez, au reste, ce que j'ai dit à ce sujet dans mon livre sur l'origline de l'imprimerie. T. I, p. 210, et t. II, p. 89.) Les Gourmont de Paris étaient en effet issus d'une famille noble
« tur in vico Sâncti Joannis Lateranis, regione Cameracensis collegii, « apiid Egidium Gourmont , diligentissimum et fidelissimum biblio- « polam. » Vient ensuite une dédicace de Tissard (( studiosissimis et <i litterarum cum latinarum amantissimis tum graecarum cupientissi- « mis. 1) Et à la fin, des vers en l'honneur du duc de Valois, depuis François I^^ et de Jean d'Orléans, évêcjue de Toulouse, plus tard cardinal de Longueville.
Dans sa dédicace , Tissard annonce le but de sa publication : il a voulu mettre les écoliers en état de lire le grec pour compléter leurs études latines. Il raconte les ennuis et les fatigues que ces premiers essais d'impression grecque lui ont coûtés. (( D'abord, personne ne voulait se charger de l'impression, nul n'y voulait risquer son argent. Il fallait faire fondre des caractères, chose fort dispendieuse ; et puis les imprimeurs n'entendaient rien au grec ; ils n'étaient pas même en état de le lire. Pourquoi, après tout, disaientils, s'engager dans une entreprise dont on ne peut prévoir l'issue ? Arrêté par tant d'obstacles , Tissard s'est trouvé presque à bout de courage, mais non pas d'éloquence, heureusement. 11 a parlé aux typographes d'honneur, de renommée, de gloire; il a fait valoir
du Cotentin , qui subsiste peut-être encore, et qui portait les mêmes armes au dix-septième siècle. Gilles de Gourmont était venu se tîxer à Paris vers les dernières années du quinzième siècle, ainsi que plusieurs autres de ses frères, qui exercèrent la même profession que lui. L'aîné, Robert, paraît déjà dans cette ville en 1498; Jean, le puîné de Gilles, ne paraît qu'en 1507. On voit encore figurer un Jérôme et un Benoît, libraires à Paris vers le milieu du seizième siècle. J'ignore quel était leur lien de parenté avec les premiers. Peut-être étaient-ils fils de Robert. (Benoît, marié à Catherine Goulard , fil baptiser un fils sous le nom de Gilles à l'église de Sainte-Croix-en-la-Cilé, le 9 octobre 1540.) On voit également paraître un Jean-Théobald de Gourmont à Anvers en 1527. Quant à Gilles, il exerça la librairie et l'imprimerie de 1506 à 1533 environ, et laissa deux fils , Jean et François , qui conservèrent son établissement , rue Saint-Jean-de-Latran, et y imprimèrent, en 1587, les Tableaux des arts libéraux de Christophe de Savigmj. C'est un in-plano en tête duquel on voit une magnifique gravure représentant les armes de la famille ayant pour support deux cerfs ailés couronnés au cou de couronnes ducales, et pour cimier un saint Michel tenant une épée nue. Cette composition remarquable, qui porte le chiffre des deux frères, doit être de Jean, l'aîné, qui était peintre et graveur. Le Musée du Louvre possède un tableau qu'on croit de lui [Notice des tableaux du Louvre, 3^ partie, p. 156); il est l'auteur d'un beau portrait du cardinal de Bourbon cité par Mariette, et qui se trouve au Cabinet des estampes ; il est également cité par l'abbé de Marolles et par Papillon pour des cavalcades et des morceaux d'ornement dont la marque (formée des lettres IDG accolées) et le nom se trouvent sur plusieurs pièces citées par Brulliot, sur des planches d'une Bible de 1560, et sur certaines pièces en bois de Tortorel et Perrissim (Renouvier, Maîtres graveurs du seizième siècle, p. 195). On voit que Gilles eut de dignes successeurs; malheureusement, en eux s'éteignit la race des Gourmont de Paris.
auprès d'eux non-seulement l'intérêt de la jeunesse, mais encore celui (lu bien public. EnOn il les a suppliés au nom des profitsqu'ils ne pouvaient manquer de faire. Tant d'instances les ont vaincus.... Mais alors il s'est trouvé qu'ils n'avaient ni abréviations ni accents (1). <( 0 pœnuriam miseram ! o iniquam commiserandamque « rerum angustiam ! Heu ! quo dolore percellor ! quo conficior ! » Tissard résiste à ce coup. 11 fit si bien par prières et promesses, que les imprimeurs se pourvurent de quelques accents et de quelques diphthongues C'est maintenant aux jeunes gens des écoles à tenir les promesses qu'il a faites en leur nom. Forcez , dit-il à ceux-ci, forcez les imprimeurs à vous donner des livres plus considérables ; qu'ils voient seulement qu'on peut gagner quelque argent à ce métier (2) . »
Le livre de Tissard se termine par la souscription suivante, où Gilles de Gourmont a soin de constater qu'il est le premier imprimeur de grec à Paris : « Operoso huic opus extremam imposuit « manum Egidius Gourmontius integerrimus ac fidelissimus pri- « mus, duce Francisco TissardoAmbacaeo, grœcarum litterarum Par- « rhisiis impressor. Anno Domini M. CCCCC. vij. Pridie idus Aug.» (12 août.)
Gilles de Gourmont publia consécutivement dans la même année , avec les mêmes dispositions typographiques :
La BatrachontyomacliJe (3 feuilles), datée du H des calendes d'octobre, c'est-à-dire du 18 septembre;
Le livre d'Hésiode (7 feuilles), datée du 5 des calendes de novembre, c'est-à-dire du 28 octobre ;
La Grammaire grecque de Chrysoloras (20 feuilles 1/2), datée des calendes de décembre (et non du 7 des calendes , comme l'a écrit par erreur Chevillier) (o), c'est-à-dire du l^' de ce mois (4).
(i) Nous venons de voir, en effet, que le grec de Gourmont n'avait pas d'abord ce complément.
(2) J'emprunte celte analyse à un très-inléressanl essai historique publié par M. Rebitlé sur Guillaume Budé. Paris, in-8o, 1846. (V. pag. 36 et suiv.). Ce travail fait parfailemenl coniiailre les progrès de la langue grecque en France dans le seizième siècle. Il esi à regrctlor seulement que l'auteur n'ait pas connu et utilisé un livre analogue, publié en Angleterre sous ce litre : A view of the earhj Parisian greek press. 2 vol. in-S". Oxford, 1833, et que nous aurons occasion de citer dans le cours de ce travail.
(3) L'erreur de Cbc\ illier provient de ce que la date est ainsi indiquée : M. CCCCC. vij. cal. dec. 11 a rattaché le vu aux calendes, mais il appartient au millésime. D'autres bibliographes ont même donné à ces édilious la date de 1500, faisant une erreur analogue.
(4) Ces quatre ouvrages se trouvent ordinairement réunis dans-Je même volume. Il en est du moins ainsi aux Bibliothèques Mazai ine et de Sainte- Geneviève, où ces volumes sont encore dans leur ancienne reliure. L'exemplaire de Sainte-Geneviève porte sur la tranche dorée le nom de son ancien
ropriétaire : « Maislre Jehan Calhiau, maistre des requesles de Mons^.» 'exemplaire de la Grammaire de Chrysoloras de la Sorbonnc est à la Bi-
L'année suivante , Gourmont publia encore pour Tissard , avec les mêmes dispositions typographiques, une Grammaire hébraïque, dans laquelle il se hâte de prendre le titre de premier imprimeur de Paris pour l'hébreu , c'est-à-dire qu'il ajoute tout simplement le mot hebrœarum après celui de (jrœcarum dans la souscription, fidèlement calquée sur celle que j'ai transcrite plus haut, sauf la date, qui est ici le 4 des calendes de février (c'est-à-dire le 29 janvier) 1508. 11 paraît même que l'ouvrage était fini auparavant, car on trouve la date du 12 janvier ( pridiè idus) au verso de l'avant-dernier feuillet.
Ce livre (1), qui se termine par l'alphabet grec et par quelques prières dans la même langue , se compose de 2h feuilles m-k°, et est dédié au duc de Valois, jeune prince âgé seulement alors de quatorze ans, mais qui ne lit pas mentir les présages que faisaient concevoir ses études et ses goûts littéraires.
Tissard , pour une raison ou pour une autre, ne paraît pas s'être occupé d'impression après la publication de la Grammaire hébraïque ; il n'est pourtant pas mort en 1508, comme le croit Chevillier (2), car la bibliothèque Mazarine possède encore un petit volume provenant de son cabinet, et renfermant un opuscule grec daté de 1509, dont nous allons parler. Peut-être crut-il devoir s'abstenir, en présence d'un maître plus savant que lui , Jérôme Aléandre , que Louis XII avait attiré en France , et qui , pendant quatre ou cinq ans , y occupa un des premiers rangs dans la république des lettres. « C'estoit, dit Chevillier (3), un homme de grande érudition, sçavant en hébreu, en grec et en latin. Il parloit et écrivoit ces langues comme si elles lui eussent été maternelles. Le roi Louis XII le fit venir d'Italie à Paris, où il enseignoit le matin les lettres grecques, expliquant le Platon , la Grammaire de Théodore Gaza et autres livres grecs, et l'après-midi il donnoit des leçons de Cicéron, suivi d'un grand nombre d"écoliers de toutes nations , écouté même des sçavants et des
personnes de qualité, que son éloquence attiroit à ses harangues
On venoit d'Allemagne pour l'entendre, et l'électeur palatin lui envoya son frère Volfang de Bavière, qui ne manquoit pas une de ses leçons, non plus que Jacques Simler, précepteur de ce prince.... Aléandre avoit une pension du roi de 500 écus d'or. Il étoit princi-
bliothèque de l'Arsenal ; mais il est seul dans sa reliure. L'exemplaire de la Bibliothèque naiionale esl seulement joint à un alphabet hébraïque en grec, dont je parlerai plus loin. M. Renouard {Bibliothèque cVun amateur, tom. n, pag. 187) cite encore un petit ouvrage grec publié par GourmonE la même année (1307), et que je n'ai pu voir nulle part. Il est intitulé : « Mussei antiquissimi poetse de Leandri et Herûs amoribus.» Il me semble étrange que ce livret n'ait pas été réuni aux autres, s'il est réellement de Gourmont, ce dont je doute.
(1) A la Bibliothèque Mazarine, ce livre est joint aux autres de l'année 1507, dans le même volume.
(2) L'Oriqinc de V Imprimerie de Paris, p. 231.
(3) Ibid. '
pal du collège des Lombards, et fut élu recteur de l'Université l'année 1512, de toutes les voix, sans aucune difficulté, quoiqu'il n'y eût pas encore un an qu'il eût été reçu docteur es arts (1) »
Dès 1509, Aléandre fit imprimer chez Gilles de Gourmont, avec le caractère grec et dans le format que nous connaissons déjà, trois opuscules de Plutarque {De vitio et virtiite, etc.), formant en tout dix feuilles d'impression (2) .
Gourmont imprima ensuite , dans le même format , une seconde édition de la Grammaire de Chrysoloras, qui fut publiée, en 1511, par les soins de Vatable, un des disciples d'Aléandre , celui-ci étant tombé malade vers cette époque (3).
En 1512, Gourmont publia, pour le libraire Mathieu Bolsec (Bolsecus) le Lexicon grec-latin d'Aléandre (k), dédié par celui-ci à son
(1) Chevillier, Vorig. de l'impr. de Paris, p. 253. M. Rebitté, dans sa notice sur Budé, p. 133, paraît mettre en doute la réalité du professorat d'Aléandre. Il dit que c'était un homme politique. L'un n'empêche pas l'autre. Nous avons, de nos jours encore, plus d'un professeur homme pohtique. Au reste, les dédicaces des livres d'Aléandre ne laissent pas de doute sur ses fonctions littéraires. Elles sont presque toutes en l'honneur de quelqu'un de ses élèves.
(2) Panzcr, Ann. typ., t. VIII, p. 214, n" 2766, indique à tort cet ouvrage comme étant sans date. Il porte cette souscription .-«LutetiseParisiorum in adibus .Egidii Gormonlii , M. D. IX. pridie cal. Maii (30 avril
1509) » La Bibliothèque Mazarine possède deux exemplaires de ce livre;
l'un se trouve dans un recueil comprenant beaucoup d'autres pièces de ce genre (c. 10487), l'autre (14331) est accompagné seulement de deux opuscules d'Isocrate, sans aucune indication bibliographique; mais imprimés certainement vers le même temps et chez le même imprimeur. Ces opuscules sont ceux que décrit Panzer, tome IX de ses Annales typographiques, p. 327, 11» 680 6, d'après Michel Denis { Lisefriicte , t. II, p. 18, no 30), sans pouvoir leur assigner ni date, ni nom d'imprimeur; seulement il convient de leur donner un ordre différent de celui qu'il leur a assigné. Le discours à Nicoclès sur l'autorité (qui forme 4 feuilles) doit passer avant le discours à Démonique (3 feuilles et 1/2), comme le prouve le nom d'Isocrate, écrit en majuscules en tête de celui-là, et la lettre ornée (c'est un 0) qui commence le texte, ce qui ne se trouve pas dans celui-ci. Le volume 14331 nous offre d'ailleurs un autre genre d'intérêt: c'est l'exemplaire même de Tissard, encore dans sa première reliure, et sur la tranche duquel on lit, en grosses lettres gothiques, semblables à celles qui paraissent sur le livre de Calhiau, conservé à la Bibliothèque Sainte- Geneviève (voyez la note 4 de la page 64 ci-devant) : « Magister Franciscus Tissardi. »
(3) M. Greswell, A vieiv, etc., t. I, p. 23, qui cite cette édition avec la date de 1312, en mentionne un autre de 1511. (C'est évidemment la même. Je n'ai pu éclaircir ce fait, n'ayant trouvé à Paris ni l'édition de 1511, ni celle de 1512). Ce qu'il y a d'étrange , c'est qu'après avoir mentionné cette prétendue 3e édition, Greswell che celle de 1516 comme la Ire de Gourmont : « First impression of the grammaiica grœca of Chrvsoloras » (t. I, p. 104).
(4) J'ai vu ce livre à la Bibliothèque Mazarine. Il doit être ailleurs.
élève Volfang de Bavière. Dans son introduction, l'auteur se plaint de l'état d'imperfection où se trouvaient encore les caractères grecs à Paris, et de leur petite quantité, qui forçait parfois d'interrompre pendant plusieurs jours une impression commencée ; c'est-à-dire d'attendre qu'une feuille ait été tirée pour pouvoir continuer la composition de la suivante. <( Si quam misera sit in hac urbe graecae impres- (i sionis conditio cognosceres , quandî) préeter impolitiam tam parvo (( etiam numéro characteres invenias, ut quod mercatorum vel negli- (( gentia vel avaritia facit, non solum unam aut alteram literam inter « cudendum aliquando omittere, sed et totum opus plusculos dies in- « termitière necesse fuerit. » Il ajoute, toutefois, qu'on a essayé de suppléer à ces défauts dans son livre, et que les accents, qui avaient été jusque-là séparés dans les caractères de Gourmont, se trouvaient maintenant joints à la lettre : « INam et accentus, non ut antea tem- <( porarii, literis perpetuo adhaerent, et furtivse notae quotidie exscal- (c punlur, et favente Deo nihil posthac fiet in aliis libris non ad (i amussim. » C'est là une amélioration véritable, et la troisième phase des caractères de Gourmont. Ainsi , ce même grec que nous avons vu paraître d'abord sans accents , puis avec accents placés en interligne, à la demande de Tissard, se trouvait désormais complet, grâce à la réunion de l'accent à la lettre dans la même matrice.
Cette circonstance permet de dater d'une manière générale quelques livrets sans indices publiés vers le même temps par Gourmont. Tous ceux qui ont l'accent séparé de la lettre sont de 1512 ou des années antérieures ; tous ceux oîi l'accent est uni à la lettre sont de 1512 ou des années suivantes.
Parmi les ouvrages de la première catégorie , il faut ranger, entre autres (1), le Gnomologia, où sont les sentences de Theognis , avec dédicace d'i\léandre à son élève Claude de Brissac, datée du 15 des calendes de décembre (17 novembre) 1512. Ce livre, qui forme 16 feuilles in-Zi° d'impression, exécuté pour le libraire Bolsec, fut suivi immédiatement après d'un recueil analogue {Onomaia, etc.,. 8 feuilles d'impression), composé de sentences tirées d'auteurs moins spéciaux, et imprimé également pour le libraire Bolsec (ce livre est daté du 11 des calendes de janvier [c'est-à-dire du 22 décembre] 1512); puis du discours de Plutarque sur l'utilité qu'on peut tirer de son ennemi (6 feuilles d'impression, sans date).
Je rangerai dans la seconde catégorie :
i" Un petit travail d'Aléandre, intitulé : (( Tabulée sane quam utiles grsecarum musarum adyta compendio ingredi cupientibus. » 1 feuille d'impression , in-/i°, avec la nouvelle marque de Gourmont, sur laquelle on lit cet adage :
Tost ou lard, près ou loing, A le fort du faible besoing.
(1) 11 va sans dire que les opuscules d'Isocrate cités dans la note 2 de la page 66 sont dans la même catégorie.
2° Un opuscule de Jacques Musurus, intitulé : « Sententiae sive apophtheginata septem Sapientium grsecanica. » 3 feuilles d'impression, également avec la nouvelle marque de Gourmont (1).
3° Et enfin un petit alphabet inconnu aux bibliographes , qui se trouve à la Bibliothèque nationale ik" X, 62, a.),oij il est joint à la Grammaire de Chrysoloras, de 1507, qu'il précède.
Ce livret, composé de 8 feuillets, ne porte aucun indice typographique, ni nom de lieu, ni date, ni nom d'imprimeur; on lit seulement sur le titre : Alphahetum hebraicum et grœcuni ; mais son origine et sa date n'en sont pas moins faciles à déterminer. La première se tire de la forme des caractères grecs : ce sont ceux de Gourmont avec accents inhérents à la lettre. Quant à sa date, une circonstance particulière, qui m'a longtemps intrigué, permet de la fixer d'une manière positive à un ou deux mois près : le frontispice du livre est orné des armes d'Angleterre (2), accompagnées de ces vers :
Ut reliquos flores placido rosa viucit odore,
Sic hec arma t'erens cuaclos excellil honore. 0 regiiia, rosam proiiiiL dum lucifcr, orlum Coilige, sic specieiii serves atquo cjus odorein.
Or ces armes et ces vers sont une flatterie à l'adresse de Marie d'Angleterre, seconde femme de Louis XII, qui avait épousé cette princesse le 10 octobre 151/i, et la laissa veuve le l^" janvier 1515. Quelques mois après, elle épousait en secondes noces Charles de Brandon, duc de Suffolk. Ainsi , c'est donc dans cet intervalle de moins de trois mois, du 10 octobre au 31 décembre 1514, qu'a été imprimé ce livret. Il est prol)able que cette impression eut lieu dès les premiers jours de l'arrivée de la princesse en France, arrivée qui donna lieu à de grandes réjouissances.
Ce curieux livre nous permet de signaler une nouvelle amélioration apportée aux caractères grecs de Gourmont : je veUx parler des /i(jfaf«?-e.s,dont on trouve une série au dernier feuillet. Je ne pense pas toutefois que ces signes aient été fondus. Leur grossièreté me fait croire qu'ils ont seulement été gravés. En effet, on ne les voit pas figurer dans le livre, dont voici, au reste, la description :
Au verso du titre, on voit un alphabet hébraïque. C'est tout ce qu'il y a de cette langue dans le livre.
(1) Tous ces livrets se trouvent réunis dans le recueil 10487 de la Bibliothèque Mazarine.
(2) Ce qui causait mon embarras, c'est que je prenais ces armes pour une marque d'imprimeur. Je fis demander à M. Panizzi, directeur de la Bibliothèque de Bristish Muséum , à Londres , s'il connaissait un typographe qui eût adopté pour sa marque les armes d'Angleterre. Il répondit que non ; et je reconnus alors que ces armes étaient tout simplement une vignette de circonstance ,. comme on en voit dans les livres publiés par ireofroy Tory, dont je parle ailleurs.
APPENDICE. Gy
Au recto du second feuillet sont quelques pièces de vers latins signées Pétri Anto. Caçjianigi, Paidini Carjievali , Jo. Francisci Cruci.
Au verso se trouve l'alphabet grec, suivi de quelques règles grammaticales, puis des prières en grec et en latin.
Le septième feuillet est terminé par cette pièce de vers :
Antonelli Arcimboldi tetr/tstichon.
Cunile Phocaici nunc prata per itala fontes,
Currite fœlices, magnus Apollo jubet, Braiida deciis Latine necnon virtulis amator
Cecropice, duplex vult diadema puer.
Quoique ce feuillet se termine par le mot finis , on a ajouté un huitième feuillet, sur lequel sont figurées les abréviations grecques dont je viens de paiier, et une prière au lecteur de pardonner les erreurs qui auraient pu se glisser dans le livre par la faute des imprimeurs {imnrcssorum incuria).
Je n'ai pu voir les Opiiscvles de Lucien, sans date, dont parle Chevillier (1), non plus que les IdijUes de Tliéocrite, de 1513, qui furent dédiées à Aléandre (alors fixé à Orléans, où il était allé continuer ses cours , à cause de la peste qui désolait Paris) par un de ses élèves, « Celsus Hugo Dissutus Cavillonus, celticarum necnon hebraïcarum apud Parrhisios interpres. »
En 1516, Gourmont publia encore un Alphabet hébreu et grec, la Grammaire grecque de Théodore Gaza et celle de Chrysoloras,
Quelque progrès qu'ait fait depuis le commencement du siècle l'étude de la langue grecque à Paris , grâce aux publications de Gourmont, elle était encore si peu familière aux autres imprimeurs de cette ville, que le libraire Jean Petit, qui fit imprimer en 1517 une édition de YAdaçiia de Polydore Vergile , fut obligé de laisser en blanc dans ce hvre les proverbes grecs, et cela faute de compositeurs, fidelium fennria compositonim (2). En 1519 même, Jean Chappuis, faisant imprimer les Institutes de JiisiirAen chez Charlotte Guillard, veuve de Berthold Rembolt, réclame l'honneur d'avoir inséré quelques passages grecs dans son livre (3) , publié avec l'assistance de George Hermonyme, qui passait alors à Paris pour un prodige de science, quoiqu'il ne sût guère, dit-on, que lire et écrire le grec (k).
Cet état de choses ne pouvait pas se prolonger plus longtemps.
(1) L'Origine de l'imprimerie de Paris, p. 251. Panzer {Annales typogr., VIII, 214, n" 1765) possédait ce livre, qu'il dit à tort n'avoir été cité par personne.
(2) Je cite ce fait d'après Chevillier, p. 192 , car je n'ai pu voir le livre de Polydore Vergile à Paris.
(3) Je cite ce tait d'après M. Greswell, car je n'ai pu trouver non plus cette édition des Institutes à Paris.
(4) Rebitté, Guill.Budé, p. 143.
Bientôt toutes les imprimeries importantes de Paris (i) furent pourvues de caractères grecs et d'ouvriers en état de les composer.
En 1519, José Bade imprimait les Epigrammes grecques d'Ange Politien (2); en 1520, les Epîtres de Guillaume Budé, et, en 1521, la Grammaire de Théodore Gaza.
En 1521 pareillement, Pierre Vidoue imprimait le Lexicon greclatin de Nicolas Beraud, etc.
Il y a ici une lacune qui ne peut être remplie que par les nombreuses impressions de Gilles de Gourmont.
En 1528, Simon de Colines imprimait un Sophocle, et Robert Estienne un Alphabet grec (3).
(1) Il en fut de même à Lyon, où dès 1510 je vois paraître du grec avec accents dans un Quintilien édité par Geofroy Tory, in-S", sans lieu ni date, ni nom d'imprimeur; caractères Ualiques. On voit déjà quelques mots grecs dans une édition des Epistolœ ad familiares de Cicéron publiée à Lyon en 1499, par Jacques Zaco. (Voyez Bibliographie lyonnaise du quinzième siècle, par M. Péricaud, p. 44.)
(2) Je ne mentionne ici que des ouvrages entièrement en grec. Si je voulais rappeler tous les imprimeurs qui employaient du grec' dans leurs livres, il me faudrait mentionner presque tous les imprimeurs de Paris. Ainsi, dès 1509, Henri Estienne en mettait dans son Psalterium quintuplex, magnifique in-4o qui sent encore son quinzième siècle par l'exécution typographique; Nicolas du Pré dans le Lactance qu'il imprima en 1S13 poiir Jean Petit, etc. M. Greswell (t. I, p. 104) cite encore, en 1313, Institutiones grammaticœ Aldi Manutii cum accentibus grœcis restitutœ, in-4o, imprimé par Josse Bade et par Poncet Le Preux, ce qui, suivant lui, ferait deux éditions différentes du même livre, la même année , dans la même ville. Je ferai d'abord remarquer qu'il s'agit ici de la grammaire latine d'Aide Manuce, publiée pour la première fois par lui en 1501, et non de la grammaire grecque du même auteur, qui ne parut pour la première fois qu'en 1515, par les soins de Marc Musurus. Ensuite je dirai que Poncet Le Preux, n'étant pas imprimeur, n'a pu imprimer le livre que lui attribue Greswell. J'ai vu, en effet, une édition de la grammaire latine d'Aide Manuce, in-4°, imprimée pour Pontet Le Preux, en 1513, le 1" février (kal. feb.); mais ce livre ne porte pas de nom d'imprimeur, et la forme du grec qui s'y trouve en petite quantité me porte à croire qu'il sort de l'oftîcine de Gilles de Gourmont. Quant à l'édition attribuée à Josse Bade, et qui porte la date des ides d'avril 1515,suivant Panzer {Ann. typ., t. IX, p. 3), je n'ai pu la voir, et je douta de sa réalité. C'est ainsi que tous les bibliographes citent, d'après le Catalogue de la bibliothèque Letellier, une édition des discours de Nectaire et saint Jean Chrysostome, imprimée par Charlotte Guillard en 1514, édition qui n'a jamais existé, la première de toutes étant de 1554. Cette erreur était facile à reconnaître : Charlotte Guillard ne pouvait imprimer en son nom en 1514, puisqu'elle était alors femme de Berthold Rembolt, qui ne mourut qu'en 1519. M. Greswell cite encore Eustathius de Ismeniœ et Ismenas amoribus, in-S", 1518 ; mais la première édition de ce livre est de 1618. Combien d'autres éditions ne doivent ainsi leur prétendue existence qu'à une erreur de chiffre !
(3) On appelait ainsi de petits Hvrets de quelques feuillets où étaient réunis tous les éléments de la langue grecque. C'étaient en réalité de petites
En 1529, Simon du Bois {Stilvhis) imprimait la Grammaire de Théodore Gaza pour Chrétien Wechel, qui se signala lui-même bientôt après par ses impressions grecques.
En 1530, Gérard Morrhy imprimait dans le collège de la Sorbonne (1), et probablement dans le local qu'avait jadis occupé la première imprimerie parisienne, un Lexicon grec-latin, suivi d'une foule d'autres ouvrages.
En 1531, Michel Vascosan imprimait ^/ci»0Hs, de Doctrina Platonis, etc.
En 1532, Chrétien Wechel imprimait Aristote , Démosthènes, etc.
En 1533, Antoine Augereau imprimait Hésiode.
En 153/(, Pierre Gaudoul imprimait la Grammaire de Gaza.
En 1535, Jean Lodoicus imprimait Xenophoniis œconomicus, etc.
En 1536, Jean-Louis Tiletan imprimait quelques opuscules de Lucien.
Nous nous arrêterons ici, car à l'époque où nous sommes arrivés cette nomenclature ne pourrait donner qu'une idée très-imparfaite des progrès qu'avait faits alors l'étude de la langue grecque sous l'impulsion des Budé, des Lefebvre d'Elaples, des Chéradame, des Toussain, des Pierre Danes, etc. Ce ne sont plus d'ailleurs des essais que produit l'imprimerie, ce sont des chefs-d'œuvre. Les typographes sont des savants du premier ordre, qui ne se contentent pas d'être des éditeurs intelligents; ils remplissent souvent le rôle de commentateurs. Vers cette époque, l'un d'eux, qualifié d'imprimeur du roi, reçut, à ce titre, de François l^"",. mission de faire graver ces fameux types grecs qui ont servi pendant trois siècles à l'impression des plus belles éditions. (Voyez mon travail sur ces types royaux.)
grammaires à l'usage des étudiants. Il en est qui ont plus de SO pages d'impression. Ce qui constate bien les progrès que faisait alors en France l'étude de la langue grecque , c'est le grand nombre d'opuscules de ce genre qui parurent dans la première moitié du seizième siècle. Il n'est pas un des imprimeurs que je nomme ici qui n'ait publié une ou plusieurs éditions de ces alphabets. On en connaît plus de quatre de Robert Estienne pour le grec seul, quoique beaucoup de ces plaquettes aient dû se perdre. (1) Cette circonstance ne l'empêcha pas de blâmer les violences de la Sorbonne envers Erasme, à qui il écrivit à ce sujet une lettre citée par Maitlaire.