AVANT-PROPOS
Les Etablissements de saint Louis occupent dans V histoire du droit français une place très importante : il a été jusqu'ici plus facile d'énoncer cette vérité générale que de préciser le rôle joué par les Etablissements et de déterminer la nature et le caractère de cette œuvre considérable.
Pour résoudre le problème , il était nécessaire avant tout d'arrêter un texte aussi exact que possible, La comparaison des nombreux manuscrits qui nous ont été conservés m'a permis, je l'espère, d'approcher du but : je veux dire de constituer le texte et aussi d'en reconnaître les sources^.
Ce résultat atteint, je devais essayer d' approfondir la nature de ce monument juridique : je devais me demander de quels éléments il se compose, quel rôle y ont joué les influences germaniques , romaines , cano-
1. Cf. ci-après, Introduction, liv. I^' et liv. IV, et t. II du présent ouvrage.
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niques; c'est ce que fai tenté de faire dans le livre II de /'Introduction du présent ouvrage : il m'a fallu y résumer souvent en peu de mots des vues qui , pour être rapidement exprimées, ne sont pas nées cependant d'une improvisation hâtive. Puisse cette partie de mon travail renfermer quelques observations utiles pour V étude du problème si compliqué des origines de notre droit et surtout de ses origines germaniques ! C'est là une grosse question et qui divise les meilleurs esprits. J'ai été conduit, comme on le verra, à faire une large part aux influences germaniques , et fai pu constater presque à chaque page que des érudits éminents se sont fait une singulière illusion quand ils ont cru apercevoir je ne sais quelle solution de continuité entre la période carolingienne et les temps féodaux.
Après avoir déterminé le caractère des Etablissements, je me suis demandé quelle action ils ont exercée sur le droit du moyen âge : une longue enquête m'a permis de constater que cet ouvrage, copié sur deux Ordonnances de saint Louis, une Coutume de Tourraine-Anjou et une Coutume orléanaise, et d'ailleurs dépourvu de tout caractère officiel, avait été lu dans presque toute la France coutumière , en Bretagne , en Poitou, en Champagne , dans le Beauvaisis, en Artois, à Tournai, et qu'enfin les usages angevins avaient pénétré jusque dans le pays Castrais. Quelques textes accessoires qu'on trouvera dans le tome III du présent ouvrage feront toucher du doigt ces influences.
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Le succès couronna donc la tentative nouvelle du jurisconsulte anonyme, frohahlement Orléanais, qui, dès le XIII^ s., livrait au public une ébauche de généralisation et d^ unification du droit français. Son travail circula de province en province et tous les praticiens voulurent le lire. Il ne pouvait pour son temps espérer davantage ; mais peut-être entrevoyait-il déjà dans un lointain avenir cette loi unique à laquelle plusieurs jurisconsultes paraissent de bonne heure avoir songé, que souhaitait Louis XI et que Dumoulin réclama plus tard avec une éloquence passionnée.
J'ai publié, outre les Etablissements, les sources de cet ouvrage énumérées plus haut. La comparaison de ces textes avec les Etablissements permettra de se rendre compte de la nature du travail auquel s'est livré le compilateur. Il était d'ailleurs indispensable de rétablir dans leur forme primitive des documents qui désormais seront souvent cités de préférence aux Etablissements eux-mêmes.
Je me suis toujours efforcé de fournir au lecteur tous les renseignements et tous les secours propres à le diriger dans ses études personnelles , propres aussi à faciliter le contrôle et les rectifications qui, sans doute , ne me manqueront pas , mais que je demande indulgentes , car le chemin que j'ai parcouru est long et j'ai dû le frayer.