Voyez t. II, p. 20, n
VU que 14 fois sur les 15 passages comparés en cet endroit 0' suit la troisième édition^ une fois la seconde : ce passage où il suit la seconde édition est une addition à l'encre jaune due à l'annotateur habituel.
Ainsi 0' nous offre un texte de la troisième édition revu sur un manuscrit de la seconde édition. Pour établir maintenant la très proche parenté de O" avec 0, je me contenterai de dire que sur les 17 comparaisons que j'ai faites précédemment à divers points de vue et dans lesquels 0 a joué un rôle, 0' se trouve 12 fois semblable à 0. Dans 5 cas seulement 0' diffère de 0; et une fois sur 5 cette divergence tient au réviseur. En effet, dans le liv. II, ch. 31 (voyez ci-dessus, p. 450, 16°), le mot veûe figurait probablement dans 0' comme dans D 0 P Q R S ; car si on lit aujourd'hui evre, ce mot est très évidemment le résultat d'une correction faite avec une encre jaune, comme toutes celles dont j'ai déjà parlé.
Je pense avoir établi la parenté de D 0 0^ P Q E S. hd. place relative que prennent ainsi PQRS dans la troisième éditiofi et non pas, tant s'en faut, en tête de ceite troisième édition ne permet pas de considérer comme authentique l'étrange prologue qui attribue à saint Louis cette œuvre privée. Voudrait-on néanmoins argumenter en faveur de ce prologue ? Il faudrait soutenir que saint Louis a fait sienne une œuvre jusque-là privée et qu'il a choisi par hasard pour la promulguer un texte inférieur ; en sorte que les Etablissements de saint Louis seraient œuvre privée dans les premières éditions et deviendraient œuvre royale dans ce tirage de la troisième édition.
Je n'insiste pas sur toutes les invraisemblances historiques auxquelles se heurte l'attribution à saint Louis. On les a déjà signalées : et je ne veux pas répéter ce qui a été dit et bien dit. La supposition étrange à laquelle se trouvent acculés par suite de l'étude des mss. les partisans de l'authenticité rend l'invraisemblance plus saisissante encore. Au surplus j'ose affirmer que ce prologue porte en lui-même la
preuve de la fiction. Il se divise en deux parties : dans le premier paragraphe un narrateur raconte qu'en 1270, le roi, avant de partir pour la croisade, fit ces Etablissements et le narrateur les résume ; dans les deux derniers paragraphes que j'appelle ensemble seconde partie, c'est saint Louis lui-même qui parle : il promulgue son code et cette promulgation est annoncée en ces termes : « Et commence en la manière qui s'en suit. »
Dans l'état des manuscrits rien ne nous autorise à isoler ces deux parties du prologue. Elles ont crû, réunies, sur des textes qui en étaient dépourvus : aucun ms. ne les sépare : nous devons donc les étudier aussi réunies. Or, réunies, elles se détruisent d'elles-mêmes ; car il est clair que la première partie a été écrite après la mort de saint Louis : «... Li bon « rois Looys de France fist et ordena ces establissemens, «avant ce qu'il allast en Tunes ^ » Nous devons donc admettre aussi, jusqu'à preuve du contraire, que la seconde partie, inséparable de la première aux yeux d'une saine critique, est également postérieure à la mort de saint Louis. L'attribution au saint roi tombe donc d'elle-même.
Je dois ajouter que dans les manuscrits ce prologue se présente de la manière la plus étrange à une place qui paraît fautive, c'est-à-dire après la rubrique du ch. l''"".
Les éditeurs modernes du Gange et Laurière lui ont donné arbitrairement une place plus rationnelle au début même de l'ouvrage. Il est probable que l'auteur du prologue avait mal établi ses renvois ou omis de raturer l'ancien texte : le copiste se trouva conduit à donner à cette addition une place un peu différente de celle que lui réservait probablement son auteur.
Il me reste à donner quelques détails particuliers sur les manuscrits à prologue P Q R S.
P Q R S dérivent non pas précisément de 0, mais d'un manuscrit tout voisin de 0, et meilleur que 0; en effet, 0