‹ Les étapes d'un livreChapitre 11 sur 101 · MACHINE MODERNE. LAMINOIR A PAPIER · texte numérisé non relu

MACHINE MODERNE. LAMINOIR A PAPIER

Dans tous les écrits de l'époque, on peut retrouver l'acharnement qu'ils apportèrent à s'approprier la machine Robert. Cette machine n'en reste pas moins d'invention bien française, et Robert a rendu à son pays les plus grands services.

« Robert et Didot-Saint-Léger reviennent en France; Gamble, resté en Angleterre, et Fourdrinier, prennent un brevet, en 1801. Les dessins joints à ce brevet représentaient la machine Robert, celle qui était restée et fonctionnait à Essonnes.

« La machine Robert est laseconde époque de la fabrication du papier.

LE PAPIER yi

« La troisième époque est celle des machines actuelles, petit à petit améliorées.

« Notons d'abord le perfectionnement de Canson, en 1830, qui apportait une grande modification à la machine à papier par son adaptation de la pompe aspirante qui permettait aux machines d'aller plus vite et de fabriquer un papier plus fort; puis celui de Zuber et Rieder qui apportèrent le séchage à la vapeur, vulgarisé plus tard par les Anglais. Cependant, la matière première employée passe toujours par les lessiveurs rotatifs, les piles défileuses, le tambour laveur, et est envoyée aux meules. Or, les meules, le lessiveur, le défîleur sont destinés à produire de la pâte à papier avec des matières dures comme le chanvre, les déchets de lin, les vieux chiffons, les cordages, et aussi les vieux papiers que l'on mélange. Nous n'avons encore rien vu jusqu'ici de ce que l'on appelle la pâte de bois.

« La pâte de bois marque l'avènement de la quatrième époque, de la grande époque du papier, qui commence vers 1865.

« Le bois a été le « messie du papier ». Il a fait son entrée dans l'industrie de 1865 à 1870. On se dispute, en France, l'honneur d'avoir le premier fabriqué du papier à la pâte de bois : Laroche- Joubert, à Angoulême, Matussière, Berges, Fredet, dans l'Isère, ont été les premiers à tirer parti du bois.

« La pâte de bois est introduite dans la fabrication du papier de deux façons, sous forme do pâte mécanique et sous forme de pâte chimique.

« La pâte de bois mécanique est du bois défibré, sans cause adjuvante, conservant tout son poids et toutes ses matières. Dans la pâte chimique, au contraire, le bois est soumis, à haute pression, à l'action de l'acide sulfureux: il est réduit à l'état de cellulose.

« Pour obtenir la pâte de bois mécanique, on se sert du défibreur, meule verticale contre laquelle sont broyées des bûchettes de bois ; pour la pâte chimique, le bois est introduit en bûches coupées en morceaux; l'écorce a été retirée au préalable. On forme une vapeur sulfureuse à l'aide d'une base, soude, chaux, par exemple, et de l'acide sulfureux : cette lessive introduite dans le lessiveur actionne, sous une pression de 5 à 6 atmosphères, la transformation du bois ' en cellulose pure, laissant celle-ci à sec. Quand ce bois sort du cylindre, il est réduit à l'état de fibre : c'est la cellulose avec laquelle on fabrique du bon et solide papier.

« La production du papier qui atteignait en 1900, pour ne pas remonter plus haut, 350 millions de kilogrammes par an, soit 1 million par jour, atteindrait aujourd'hui de 5 à 600 millions. Aujourd'hui, GOO machines, de toutes largeurs, jettent journellement sur la place, sur le marché parisien et la France, 1 500 000 kilogrammes : la consommation du papier est telle que l'impression d'un journal parisien du matin, de 8 pages, couvrirait une voie ferrée de 8G5 kilomètres, soit la distance de Paris à Marseille. On arrive aujourd'hui à faire du papier en telle quantité et à un prix si bas, que l'instruction s'est répandue partout. »

VUE DE LV MAISON CH. LORILLEUX'eN 1824.

MGiRAUD, dans sou Essai sur les livres dans lantiquilé, et • M. Albert Cim, dans son chapitre sur V Amour des livres et de la lecture, nous ont laissé des documents intéressants et complots sur la fabrication de l'encre dans l'antiquité. Ces documents sont empruntés, pour la plupart, à Yitruve et à Pline l'Ancien.

On procédait, selon ces auteurs, de la façon suivante : « L'encre ordinaire [atramentum, quelquefois encaustum), en usage chez les Latins comme chez les Grecs, était un simple composé de noir de fumée, de gomme et d'eau. On obtenait le noir de fumée de plusieurs manières. Voici celle qui est décrite par Vitruve. On bâtissait une chambre voûtée comme une étuve; les murs et la voûte étaient revêtus de marbre poli. Au dedans delà chambre, on construisait un four qui communiquait avec elle par un double conduit. On brûlait dans ce four de la résine ou de la poix, en ayant soin de bien fermer la bouche du four, afin que la flamme ne pût s'échapper au dehors, et se répandît ainsi, parle double conduit, dans la chambre voûtée; elle s'attachait aux parois et y formait une suie très fine qu'on

TiiÉvENiN ET LKMiEiiuE. — Lcs Ktapos d'uQ Livrc. 3

ramassait ensuite. La résiae pouvait se remplacer par de la poix, de la lie de vin desséchée et cuite, du marc de raisin, ou de l'ivoire brillé. Quelquefois on faisait brûler des sarments et des morceaux de bois résineux, qu'on pilait ensuite dans un mortier. La poudre obtenue par ce procédé remplaçait le noir de fumée.

« L'encre se faisait sans feu, à la seule chaleur du soleil. Celle à laquelle on mêlait un peu de vinaigre, s'effaçait, dit Pline, très difficilement. Ailleurs, il assure que pour préserver les livres des souris, il suffit de faire infuser de l'absinthe dans Fencre.

« L'encre des Anciens a été en usage jusqu'au xii^ siècle, époque où a été inventée celle dont on se sert aujourd'hui, qui est un composé de salfate de fer, de noix de galle, de gomme et d'eau. L'ancienne encre était noire lorsqu'on l'employait, mais elle jaunissait avec le temps, et, si elle était exposée à l'humidité, elle finissait par s'effacer entièrement.

« Les i\nciens connaissaient aussi l'encre de seiche ou sépia, dont nos dessinateurs font usage, et qui, dans l'Orient, sert encore à l'écriture. Perse, gourmandant la paresse des jeunes Romains de son époque, dit qu'ils ne se mettent à l'étude que tard dans la journée, encore trouvent-ils mille prétextes pour retarder l'instant du travail : l'encre est trop épaisse, la sépia s'évapore dans l'eau, etc.

« Outre l'encre noire, et la seiche, les anciens possédaient une encre indienne, dont parle Pline l'Ancien, qui est aussi mentionnée par Vitruve, et pourrait bien avoir donné naissance à l'encre de Chine. Ils connaissaient aussi les encres de couleur et particulièrement l'encre ou liqueur d'or et celle d'argent. Les plus fréquemment employées des encres de couleur étaient l'encre rouge et l'encre bleue; les plus rares l'encre verte et l'encre jaune. Ces encres de couleur ne servaient guère que pour les initiales et pour les titres, et comme on avait recours, le plus souvent, dans ce cas, à l'encre rouge, les titres ne tardèrent pas à prendre le nom de rubricae {ruber, rouge). Il y avait plusieurs espèces d'encres rouges. La plus estimée, chez les Latins, était le minium, qui a été longtemps regardé comme une couleur sacrée. On en peignait le corps des triompha- , teurs et la figure de Jupiter aux jours de fêtes.

« Aujourd'hui le nom de minium s'applique à l'oxyde rouge de plomb. Mais on pense « que celui des Anciens n'était pas différent du

sulfure (le mercure, qu'on appelle encore cinabre, et vermillon quand il est en poudre. »

« On le nommait aussi coccum. La rubrique, rubrica, espèce de sanguine ou d'ocre brûlée, était d'un rouge moins éclatant et plus sévère que le minium. On l'employait pour écrire les titres des lois : de là, chez les Anciens eux-mêmes, une synonymie bien constatée entre les mots rubrica et titulus, lex ou formula; de là, l'épithète de rubrae, rouges, données par Juvénal aux lois anciennes.

« En général, l'encre noire ordinaire des anciens pouvait assez

Page 1