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BROYAGE DES COLLEURS. USINE LORILLEUX A PUTEAUX

facilement s'efîacer, quand elle était fraîche, avec une éponge et de l'eau; lorsqu'elle était sèche, il fallait faire usage du grattoir.... »

Cette manière de fabriquer l'encre est restée longtemps en usage. Voici maintenant le procédé dont on s'est servi en France pendant des siècles, jusqu'à ce que Pierre Lorilleux vînt modifier profondément cette fabrication, en la révolutionnant par une science chimique sérieuse et raisonnée.

On prenait deux livres de noix de galle, on les concassait, on les faisait bouillir dans quatre « livres » d'eau, et deux « livres » de vin blanc, préférable à la bière qui rendait, paraît-il, l'encre trop épaisse, en réduisant le tout à moitié, et Ton obtenait une décoction chargée de « couleur jaunâtre et obscure». On la coulait en l'expri-

mant avec force; on y ajoutait douze onces de vitriol vert ou blanc et une once de gomme arabique concassée; on faisait fondre à petit feu, et on laissait reposer la liqueur.

Une autre formule recommandait de prendre quatre pintes de vin blanc, une livre de noix de galle concassée, de faire infuser pendant vingt-quatre heures sans bouillir; d'ajouter six onces de gomme arabique concassée qu'on laissait dissoudre, de mettre enfin six onces de couperose verte qui donnait aussitôt la couleur noire et de passer le tout dans un tamis de crin.

L'encre rouge à écrire se faisait avec de la rosette rouge mélangée dans de l'eau. On pouvait encore l'obtenir plus belle en se servant d'une forte décoction de bois du Brésil bien chargée, dans laquelle on ajoutait de l'alun, de la gomme arabique, pour lui donner de la consistance.

Quant à l'encre d'imprimerie, elle s'obtenait avec un mélange d'huile et de noir; l'huile se canvertissait en vernis par la cuisson; le noir se tirait de la poix résine. Trois opérations étaient nécessaires pour cette composition :

1° Faire le vernis.

2" Faire le noir de fumée.

3" Mélanger le vernis avec le noir de fumée.

Pour faire le vernis, on versait dans une chaudière o3 à 56 livres d'huile de lin ou de noix, en observant de ne remplir le vaisseau qu'aux deux tiers au plus, afm que l'huile puisse s'élever sans risque. On bouchait ensuite très exactement, et on portait le vaisseau sur un feu clair que l'on entretenait pendant deux heures. On laissait brûler l'huile quelque temps. Puis, ce feu ralenti, on découvrait le vaisseau avec précaution, on remuait l'huile avec une cuiller de fer, on remettait le vaisseau sur un feu moins vif, puis on jetait dans l'huile une demi-livre de croûtes de pain sèches et six ou sept oignons. Ces ingrédients bizarres avaient pour but d'accélérer le dégraissement de l'huile. On recouvrait le vaisseau, et on laissait bouillir à très petit feu pendant trois heures environ. On passait ensuite le vernis dans un linge afin de le clarifier, puis on le conservait dans un autre vaisseau.

Le noir de fumée était ramassé dans une petite chambre bien fermée que 1 on appelait sac à noir. On remplissait un pot de fer de poix résine cassée par morceaux, on allumait la résine, et l'on

fermait la porte hermôtiijuoment en se i-etiranl. S'il passait de la fumée par les jointures, on les fermait avec du pa|)ier collé ou avec du linge. La fumée s'attachait à toutes les parties intérieures du sac à noir, et quand il était refroidi, on retirait les j)Ots et on ouvrait la porto.

Pour bien amalgamer le noir de fumée avec le vernis, il était recommandé de prendre 2 onces et demie sur 16 onces ou une livre de vernis. On en faisait une bouillie épaisse, qu'on avait soin de bien remuer et bro^^er avec un bâton.

Quant à l'encre rouge, en usage dans les bréviaires, diurnaux, et autres livres d'église, on se servait pour la fabriquer de vermillon en poudre écrasé avec du vernis. Si l'on voulait un beau rouge, on y ajoutait un gros et demi de carmin. L'encre verte s'obtenait avec le vert de gris calciné, la bleue avec le bleu de Prusse, la jaune avec l'orpin, la violette avec de la laque fine calcinée.

Le meilleur noir d'imprimeur en taille-douce que l'on a[)[)tlait noir d'Allemagne, venait de P'rancfort, où il y avait de très beaux pins. Il s'y faisait en grand par le même procédé que nous avons indiqué pour le noir de fumée. Celui que l'on fabriquait à Paris avec de la lie de vin brûlée était rude et graveleux, et son usage fatiguait beaucoup les planches en les usant fortement.

Ce procédé nous conduit à l'histoire de la fabrication moderne. Voici, selon M. Degaast, ingénieur chimiste, comment on fabrique l'encre aujourd'hui, M. Degaast est l'auteur d'un travail fort intéressant sur Les Encres cV imprimerie et les couleurs. C'est ù lui que nous empruntons les renseignements qui vont suivre.

Il faut savoir d'abord, suivant une remarque des éditeurs du travail de M. Degaast, que la typographie, la lithographie, la phototypie, l'impression en taille-douce, utilisent, pour leurs tirages ou procédés de reproduction, des mélanges désignés sous le nom générique d'encres, et dans la composition desquels, suivant leur destination, rentrent principalement : l'huile de lin cuile, l'huile de résine, du noir de fumée, des matières colorantes ou pigments, des

résines et des gommes-résines, du suif, du savon, de la cire, etc

Laissant de côté pour le moment la question des encres à écrire, nous étudierons, dans ce qui va suivre, la fabrication des encres d'imprimerie, à laquelle est intimement liée celle des couleurs et du vernis.

Ce n'est qu'au début du siècle dernier, nous apprend M. Degaast, qu'on voit apparaître en France et pour le monde entier, la première fabrique d'encres d'imprimerie.

C'est en 1818 que Pierre Lorilleux réalisa l'installation de cette première fabrique. Jusqu'alors la fabrication de l'encre d'imprimerie était localisée dans chaque imprimerie, tant en ce qui concernait la fabrication du pigment, du noir de fumée en particulier, que pour la préparation du vernis par la cuisson de l'huile de lin.

La première fabrique fut installée 16, rue Suger, àParis. Dès 1820, il fallut établir une petite usine sur les bords de la Bièvre, et en 1824, une fabrique plus importante dans le moulin à vent de Chante-Coq, sur la colline de Puteaux.

L'encre d'imprimerie se compose de deux constituants : 1° d'un pigment donnant à l'encre une couleur déterminée; 2° d'un vernis qui sert à donner de la cohésion à l'encre. Parmi les pigments on peut utiliser deux catégories : les noirs et les couleurs.

La base de la fabrication du noir est le noir de fumée. Les matières premières qui servent à sa fabrication varient quelque peu. En Allemagne, il est préparé à partie de carbure d'hydrogène comme l'acétylène. En Amérique, près des sites pétrolifères, des gaz naturels, riches en carbure, sont utilisés à la fabrication du noir. Sur le continent européen, on utilise les produits d'épuration du gaz d'éclairage.

Trois types d'appareils servent à la production du noir de fumée :

1° Les appareils à lampes, encore utilisés en Extrême-Orient.

2° Les appareils à gazéification, brevet Ch. Lorilleux et C'% dans lesquels les carbures, préalablement fondus, sont dirigés dans une chaudière chauffée à blanc.

3° On utilise des fours chauffés par les carbures eux-mêmes et dont la température, suffisamment élevée, produit une autopurification du noir.

Ce noir de fumée, il faut ensuite le purifier, soit par méthode physique, méthode par combustion, soit par calcination et distillation, soit enfin par la méthode chimique.

Quant aux pigments colorés, utilisés dans la fabrication des encres d'imprimerie et des différentes sortes de couleurs, ils appartiennent à différentes classes qui peuvent se résumer ainsi :

1° Couleur d'origine animale : telles sont la sépia, le carmin;

2° Couleurs minérales : le jaune de Naples, le blanc de neige, le vert Véronèse, etc., qui proviennent de l'antimoniate de plomb, de l'oxyde de zinc, de l'acéto-arséniate de cuivre; 3" Couleurs organiniques, comprenant les couleurs végétales ou naturelles, auxquelles se rattachent la gomme-gutte, les laques de gaude, de quercitron, graines de Perse, etc.. et les couleurs synthétiques à base d'aniline, dont l'emploi est général dans toutes les ind-ustries qui ont besoin de réaliser des colorations, soit par imbibitionou combinaison.

Le vernis qui sert de véhicule à la matière colorante des encres d'imprimerie est, dans presque tous les cas, constitué par de l'huile de lin cuite. Pour certaines encres spéciales, telles que les encres typographiques à journaux, et pour quelques autres sortes d'encres, le vernis est constitué en totalité ou partiellement par l'huile de résine.

Après avoir été broyées, les encres sont mises en réserve dans des barils ou dans des réservoirs. Suivant la nature du travail à effectuer, chaque encre, en plus du nom de son pigment, reçoit une appellation déterminée correspondant au type d'impression (typographique, lithographique, phototypique, taille-douce) et à la qualité du travail à produire. C'est ainsi qu'on désigne les encres noires typographiques sous les rubriques : journaux, affiches, indiquant le travail auquel elles sont destinées : labeur, ordinaire de luxe, pour les impressions courantes; vignettes, ordinaire, fine surfine, extra-fine, supérieure, extra-supérieure, pour les impressions soignées allant de l'édition courante à l'édition de luxe avec gravures.

Un seul grand quotidien emploie chaque jour pour son tirao-e plus de 1 500 kilogrammes d'encre, une tonne et demie.

-CiiMi b U.NK Al'(Jc:.\LYFSE Dl' DEliUl' UU Xlll* SltOLK.

L'histoire du manuscrit commence à partir du moment où l'homme a su, à l'aide de signes, fixer sa pensée sur une matière quelconque. Elle présente donc un intérêt considérable, puisque ce fut le seul procédé, qui, jusqu'à rim[irimerie, nous a transmis l'expression de l'intelligence humaine.

Ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre j)remier. la matière la plus usitée dans le monde antique, pour l'écriture, fut le papyrus. Il nous faut parler, à présent, des formes que l'on donna à ces manuscrits de papyrus. Elles sont au nombre de deux. Les uns se présentent roulés autour de baguettes de bois et forment un volumen. Ce fut cette première manière qui fut la plus en usage dans l'antiquité. Le papyrus, que l'on employa jusqu'aux premiers temps de l'empire romain était trop fragile pour recevoir l'écriture sur les deux côtés; c'est pourquoi l'on en formait des rouleaux plus ou moins longs que l'on développait de la main droite, pour les rouler ensuite de la main gauche. On disposait ordinairement le texte par colonnes étroites appelées par/ina-. La baguette autour de laquelle s'enroulait |e papyrus s'appelait umbilfcus; les deux extrémités de lumbilicus

se nommaient cornua. Au moyen âge, l'on conserva encore l'usage des rouleaux de papyrus et de parchemin. Mais l'on écrivait alors sur les deux faces et dans le sens de la longueur.

D'autre part, quand les manuscrits étaient composés sur des pages quadrangulaires, semblables à celles de nos livres, ils prenaient le nom de codices. Cette seconde forme fut la plus usuelle à partir du III* siècle de notre ère. On ignore l'époque où l'usage du codex fit son apparition. Cicéron rapporte que les codices servaient de livres

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