DESSIN A LA PLUME X' SIÈCLE
plus douce, plus helle, à la capitale, à l'onciale, et surtout à l'ancienne minuscule elle-même. Cette prétendue nouveauté n'est donc rien que la continuation, ou plutôt la résurrection puissante d'une ancienne écriture. Mais il faut louer hautement ces artistes inconnus qui, dans un temps à moitié barbare, ont créé ces admirables types' carolins, si fins, si élégants, si harmonieusement arrondis, si parfaitement proportionnés. »
Une troisième période s'ouvre avec le \ii^ siècle, celle de l'écriture gothique, ou plutôt scolaslique. Sa plus brillante époque est celle de saint Louis.
Durant la période qui s'étend du xiii^ au xiv" siècle, c'est le triomphe de la minuscule, qui s'est modifiée peu à peu pendant le cours du xii'' siècle.
Un manuscrit du temps de saint Louis, est tracé avec les mêmes caractères que ceux du temps d'Hugues Capet; et pourtant l'aspect en est différent.
Celte modification est un embellissement. Puis peu à peu la fantaisie s'en mêle. A la fin du XIII'' siècle, on peut distinguer trois grandes écritures dans l'Europe chrétienne : la française, la bolonaise et l'an- "laise. La française se reconnaît à la netteté de ses caractères, à la noirceur de son encre, à la régularité de ses abréviations. La seconde, ainsi nommée de Bologne, en Italie, est une écriture arrondie. L'encre des manuscrits méridionaux est d'ordinaire plus pâle et d'une interprétation plus laborieuse, à cause des abréviations. Enfin, l'anglaise est pointue et très serrée. Elle est fort employée dans le sud-ouest de la France.
Au cours du xiv^ siècle, l'écriture gothique devient inégale, bizarre, illisible. Elle affecte souvent des formes maniérées, et une
INITIALE Xir SIECLE.
ornementation surabondante; cependant les bons copistes du temps savent conserver une juste mesure de grâce et d'élégance. Notons qu'il existe, à côté de cette écriture gothique, une écriture cursive ou diplomatique, employée par les administrations. Celle-ci, déjà difficile à déchiffrer durant le xiv* siècle, devient impossible à lire cent ans plus tard. Mais, comme l:'ignorance des scribes s'accentue durant la première moitié du xv^ siècle, le manuscrit français marche vers la décadence pour l'écriture.
Au xv'' siècle, l'histoire du manuscrit est marquée par trois faits
l'EINTUHK DU PSAUTIER DE SAINT LOUIS.
importants : le mouvement de la Renaissance, la réforme de l'écriture par les copistes italiens, l'apparition de l'imprimerie.
A la fin du xiv'' siècle, on distinguait nettement en Europe deux genres de calligraphie : l'école française et l'école bolonaise. Toutes deux sont remplies de défauts. La réforme de l'écriture ne pouvait venir des abbayes, alors en pleine décadence. Elle ne commence qu'avec le mouvement de la Renaissance, avec les humanistes de Florence qui font de belles copies des auteurs antiques. C'est là que semble être née l'écriture ronde, ou lettre italienne. Il serait excessif de prétendre que cette écriture fut purement nouvelle. Les copistes, en effet, étaient revenus peu à jjcu aux vieux modèles, à la minuscule Caroline et à la capitale antique. Le gothique ne disparaît pas tout d'un coup, et se partage l'Europe avec la lettre italienne.
THÉvENiN ET i.EMiEnRE. — Lcs Ktapcs d'un Livre. *
L'élégance et le goût restèrent parfaits dans le gothique des manuscrits français et flamands, dans les œuvres des copistes du duc de Bourgogne ou de la reine Anne. Néanmoins, il faut reconnaître que la lettre ronde italienne a encore une perfection plus grande. Quoi de plus remarquable que l'écriture des manuscrits exécutés pour les Sforza et les Médicis? Les lignes en sont harmonieuses et gracieusement arrondies.
Quant à la découverte de l'imprimerie, qui fait date au commen-
l"e\lèvement des sabines (manuscrit de Charles V).
cément de la Renaissance, elle ne bouleversa pas entièrement, comme on le croirait, le goût des amateurs de manuscrits. Au contraire, les imprimeurs ont cherché à donner au livre imprimé l'aspect d'un manuscrit.
Dans la suite d u temps, l'écriture est tombée peu à peu en désuétude.
hES SCRIBES
N 'est-il pas équitable, après avoir parlé de l'œuvre, de nous arrêter un instant sur les artistes qui l'ont produite? Combien pénible était la situation de l'écrivain dans l'antiquité!
Certes, les Grecs et les Romains appréciaient leur talent et leurs services, qu'ils payaient d'ailleurs fort cher. Néanmoins, les pauvres scribes étaient toujours des esclaves. Bien peu, parmi eux, par habileté, ou à force de talent, parvenaient à être affranchis.
Sénèque raconte que Calvisius, le riche amateur de livres, payait ou plutôt achetait un esclave lettré jusqu'à 20 000 francs.
Quand le scribe avait acquis certains talents, il prenait le titre de librarius (copiste), ou bien d'amanuensis (expéditionnaire), ou encore de servus ah epistolis. Dans la période de décadence, le scribe prit le nom d'antiqnarius. Le marchand de livres s'appelait bibliopola.
A l'époque du Christianisme, les scribes se trouvèrent naturellement affranchis, comme les autres esclaves.
Malheureusement, les invasions barbares firent disparaître la culture des lettres et des arts dans le monde extérieur et parquèrent la science dans les monastères. C'est ainsi qu'au iv^ siècle, saint Jérôme recommande le travail de copiste comme l'un des meilleurs pour les moines. V^ers le même temps, c'est encore saint Ephrem qui nous
apprend les occupations de certains moines : le tissage des étoffes, le tressage des corbeilles, la teinture en pourpre de certains manuscrits. Bien plus, dans les couvents fondés par saint Martin de Tours, la copie des manuscrits était la seule occupation permise. Presque deux siècles plus tard, saint Benoît fondait son ordre, qui, par ses travaux, devait conserver la science dans les couvents au moyen âge.
Avec Charlemagne, un souffle nouveau semble ranimer le zèle des cénobites. On voit paraître une nouvelle génération de lettrés et d'écrivains. L'empereur, en effet, désirait de bons et beaux textes. Aussi, peut-être sur son ordre, Alcuin fonda-t-il en Angleterre, en Allemagne, ainsi qu'en France, des ateliers de copistes et des écoles de calligraphie. Le plus célèbre de ces monastères-écoles fut celui de Saint-Martin-de-Tours. C'est de là que sortirent la plupart des
SCRIBE CHALDEEN.
Heures, des Évangiles et des Missels célèbres de l'époque carolingienne. Citons encore les écoles de Metz, de Saint-Gall, de Reims et d'Orléans, qui ont laissé également des œuvres remarquables,
A Cluny, l'on transcrivait surtout les antiques ; Tite-Live, Suétone, Sénèque, Aristote, Cicéron, Ovide, Virgile, Horace et des auteurs du moyen âge. D'après les catalogues de l'Abbaye, l'on sait
LES VICES ET LKS VERTUS (manuscrit de la bibliollièque Mazarine).
que les moines recopiaient un millier environ de textes tant profanes que sacrés. Dans une autre abbaye, à Fleury, chacun des moines devait fournir deux volumes par an; et, comme le monastère avait environ cinij raille moines, il devait y avoir une production de dix mille manuscrits. La règle était-elle observée? C'est une autre question.
Les moines furent également secondés par d'habiles auxiliaires ([ui devinrent même des rivales dangereuses : ce furent les nonnes.
Nous empruntons sur ce sujet ce paragraphe aux Nouveaux Mélanges du Père Caliier.
« Eusèbe parlait déjeunes vierges employées comme copistes par les docteurs ecclésiastiques; et la littérature des femmes chrétiennes avait déjà au temps de ïatien (ii" siècle) allumé la bile des satiriques païens, qui ne savaient par où aborder le christianisme. Au v' siècle, sainte Mélanie la Jeune est louée par son biographe pour la célérité, l'exactitude et la beauté de son travail calligraphique. Il est probable qu'ayant fondé plusieurs monastères, elle transmit à ses imitatrices l'estime et la pratique de cet exercice, si toutefois elle ne l'avait pas elle-même emprunté aux communautés qui l'avait précédée. Du moins voyons-nous depuis lors des scriptoria en réputation dans les couvents.
« Les religieuses n'apportaient pas seulement à cette tâche la délica-
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