ÉCRITURE DU XIV* SIECLE
tesse soigneuse et l'élégance du travail des mains naturelle à leur sexe.
Initiées à la langue des livres ecclésiastiques, elles ne transcrivaient point à l'aveugle et savaient profiter de ce qu'elles copiaient.
« Bède raconte que les jeunes filles des grandes familles anglaises étaient souvent envoyées |dans les monastères de France, surtout à Chelles, à Faremoutiers, ou à Jouarre et aux Andelys, pour y recevoir une éducation digne de leur naissance.
« Sainte Gertrude, abbesse de Nivelle (vii^ siècle), faisait entreprendre par des gens habiles les voyages de Rome et d'Irlande, pour acquérir des livres et attirer en Brabant les savants d'outre-mer. Sainte Liobe (viii" siècle), parente de saint Boniface, lui écrivait dans un style fort tolérable pour le temps, et envoyait même à ce grand évêque une de ses compositions en vers latins, pour avoir son avis. Les religieuses anglo-saxonnes et sainte Liobe entre autres, portèrent leur éducation classique en Allemagne, partageant l'apostolat des missionnaires anglais par l'établissement
d'écoles qu'elles dirigeaient dans les pays nouvellement conquis à l'Evangile.
« Ajoutons que les dames séculières avaient souvent pris goût à l'étude des langues anciennes. L'éducation qu'elles recevaient parfois dans les couvents y contribua sans doute; quoiqu'il en soit, on en trouve plus d'un exemple, surtout parmi les princesses. Je ne parle pas seulement des lettres latines qu'écrivait Charlemagne à sa femme, ou de la célèbre comtesse Mathilde, que son chapelain Donizon nous représente comme égalant un évêque par son application quotidienne aux affaires et à l'étude. Le calembour de saint Louis, d'où nous vient, dit-on, la forme actuelle du nom des Tartares, indiquerait peut-être qu'il parlait quelquefois en latin à sa mère. Isabelle, sa sœur, entendait moult bien le latin. Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, et qui épousa Etienne de Blois, recevait des lettres latines et des distiques que lui adressaient les évêques Hildebert et Yves de Chartres. Le moine Hugues de Fleury rédigeait pour elle une histoire ecclésiastique en latin.
« Les couvents de femmes, comme les monastères d'hommes, avaient souvent une école pour les enfants du dehors aussi bien que pour ceux qui étaient destinés à vivre dans la maison. Le couvent de Roncera}^ à Angers, avait au xif siècle une renommée toute spéciale dans ce genre, et on lui confiait les jeunes filles dont on voulait cultiver l'esprit tout de bon. C'était dans une de ces écoles, au monastère d'Argenteuil, qu'Héldïse avait appris la langue latine et même les humanités, avant qu'Abélard l'eut connue. L'érudition de plusieurs Italiennes est un fait qui n'a pas besoin d'être rappelé, puisque les chaires de Bologne ont été plus d'une fois occupées par des femmes. Mais, pour en citer au moins un trait qui appartienne au mo3^en âge, disons que le canoniste Jean d'Andréa (xiv^ siècle), se faisait suppléer au besoin, dans ses leçons publiques, par une de ses filles, et consultait souvent sa femme sur le droit canon. »
Il est bien évident que les mains féminines, par leur délicatesse, devaient s'acquitter à merveille de l'art d'enluminer et de copier les manuscrits. On peut juger ce dont elles étaient capables par ce merveilleux Hortus deliciarum, qui brûla naguère à Strasbourg, et qui était l'œuvre de l'abbesse Herrade de Landsperg. Sans aucun doute, cette abbesse avait non seulement composé cette curieuse encyclopédie, mais encore l'avait recopiée et enluminée elle-même.
Toutefois, le zèle des moines semble bien ralenti vers la fin du moyen âge. Remarquons d'ailleurs que les corporations d'écrivains laïques leur faisaient déjà une grande concurrence.