LE PARCHEMIN
Nous n'avons pas épuisé, avec le papier de palmier et le papyrus, toute la série des ancêtres du papier. Cinq ou six cents ans avant notre ère, c'est-à-dire voici deux mille cinq cents ans environ, l'on rencontre déjà un autre subjectile, le parchemin, dont l'usage s'est perpétué jusqu'à nos jours.
De toute antiquité, il semble que l'homme se soit servi de peaux pour écrire, mais c'est véritablement au v^ et au vi'' siècle avant notre ère, qu'on a su, en Italie, à Pergame, donner aux peaux de mouton la souplesse, la finesse, la translucidité et le poli qui caractérisent le parchemin. Ce qu'on faisait, à cette époque, en vue de ce résultat, on le pratique encore aujourd'hui : et le parcheminier du xx'^ siècle opère exactement comme celui qui vivait au temps des Tarquins, à quelques détails de machine près, bien entendu.
La première opération consiste à délaîner la peau, puis on la laisse gonfler dans un bain- de chaux; et, quand elle est sortie de cette macération, on la tend, à l'aide de cordelettes et de chevilles sur un grand cadre fixe, une her&e. On la nettoie ensuite du côté chair, à l'aide de grands grattoirs recourbés ou droits, très affilés; puis on laisse alors la peau sécher spontanément. Cette peau séchée, le parcheminier la décadre; puis il s'attaque au cùté fleur, et, à l'aide d'un fer coupant, détache de grandes raclures. Il n'aura bientôt plus sous les doigts qu'une belle matière lisse et translucide prête à recevoir l'impression. C'est sur des parchemins préparés de cette sorte qu'écrivaient déjà les Grecs et les Romains avant l'ère chrétienne. Tout le moyen âge en usa. L'on a libellé sur ces parchemins, jusqu'au commencement de ce siècle, tous les actes officiels de la vie publique.
Le parchemin et le papyrus ont eu une destinée commune. Le monopole que l'Egypte devait au privilège de produire presque seule le papyrus et d'approvisionner le monde, lui suscita une concurrence en Asie Mineure vers le m'' siècle avant noire ère, dans la ville de Pergame. Le parchemin devint le rival et le complément du pa] yrus, soit en formant des rouleaux continus, soit en recouvrant les rouleaux de papyrus, grâce à sa plus grande résistance.
L'usage de ces deux subjectiles ne se maintint pas dans les mêmes conditions. Ainsi, vers le v" siècle, le parchemin devint rare sur quelques points de l'Occident, ce qui accrut le nombre des palimpsestes. Quant au papyrus, son emploi diminua, comme nous l'avons dit, vers le x" siècle, à tel point que son usage fut considéré comme un luxe dans les chancelleries. Le parchemin profita de cette rareté du papyrus : et, pendant les siècles suivants, il fut d'un usage général'.