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RELIURE DU PSAUTIER DE CHARLES LE CHAUVE

et préparées à point, pour après les appliquer aux livres. Les difficultés résultant de ce mode d'application firent qu'on se mit à graver les ornements sur métaux, surtout sur bronze, afin de pouvoir les chauffer et les empreindre sur les couvertures du volume. On en fit aussi de petite dimension, ceux-ci sur tiges et emmanchés dans une poignée en bois, afin de pouvoir les empreindre à la main. Ainsi sont nés dans les monastères les fers à dorer qui ne servirent d'abord qu'à appliquer les ornements gaufrés et qui, gravés ensuite

en relief, furent employés non seulement à la gaufrure, mais aussi à la dorure. »

Comment se faisait une reliure à cette époque? La carcasse de la reliure se faisait en bois de chêne avec des biseaux entaillés, on

RELILKE FAITE POUR GROLIER (1502),

d'après une phototypie éditée par M. Henri Loclerc.

couvrait le livre en veau ou en peau de truie avec des nervures prolongées sur les plats : on traçait sur ces mêmes plats des losanges à deux ou trois filets, au milieu desquels ou gaufrait des ornements plus ou moins caractéristiques. Ces losanges étaient parfois coupés au centre des plats par une plaque et principalement par la rose

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gothique à deux ou trois rangs de feuilles, selon le format du livre. On les peignait quelquefois au cinabre, et l'on attribue l'inspiration de ce genre à Mathias Corvin, roi de Hongrie, grand amateur de livres et de reliures.

Pendant le moyen âge, les reliures estampées à froid portant le nom de l'artiste qui les a exécutées sont très rares. Les relieurs n'étaient pas érigés en corporations et ceux qui travaillaient au livre ne le faisaient d'ordinaire que pour le compte d'un libraire qui les tenait dans l'ombre.

Toutefois, le nombre des reliures estampées à froid était considérable, car tous les livres étaient reliés par les libraires qui les mettaient en vente.

Ces reliures ont été exécutées par des hommes tels que Jehan Dupin, Edmond Boyeux, Jehan Norins, Théodore Richard, Hémon le Fèvre et André Boule qui eut quelque notoriété à la fin du xv^ siècle. M. Gruel dit avoir trouvé deux spécimens relativement bien conservés des reliures de ce dernier à la bibliothèque de Versailles. L'une date de 1497, l'autre de 1518. Il en existe également à la Bibliothèque Nationale, entre autres de 1479 et de 1536. André Boule serait l'ancêtre du fameux ébéniste de Louis XIV.

A la fin du xv^ siècle, et au commencement du xvr, les ouvriers allemands s'inspiraient, pour l'ornementation, des compositions de Durer ou de ses contemporains ; ils ornaient les reliures de portraits, de blasons, de heaumes, de lambrequins.

En France, les artistes reproduisaient les bordures et les miniatures dont Vérard, Simon Vostre, Petit, Pigouchet, Kerver, composaient leurs remarquables livres d'heures. On faisait aussi des reliures en cuir ciselé. Ce genre de travail comportait plus d'art que de métier, et ne pouvait être exécuté que par des artistes, capables de dessiner et de ciseler.

Quand l'imprimerie fut inventée, le nombre et la production des livres ayant augmenté d'une façon considérable, on chercha un système de couverture plus pratique, et c'est la peau qui fut adoptée généralement. Les ornements furent des filets, des encadrements historiés, des fleurons; on empruntait également des motifs d'ornementation à l'architecture, et on y mêlait des figures appartenant à la religion, à l'histoire ou à la mythologie.

1. Cf. L. Gruel, Histoire de la reliure; Thoinan, La reliure.

Combien les reliures étaient-elles payées? Un ancien compte royal nous en donne un aperçu : en 138G, nous voyons que Martin Lhuillier, libraire de Paris, reçoit du duc de Bourgogne 16 francs (environ 114 de notre monnaie) pour couvrir huit livres dont six de cuir en grain; le 19 septembre 1394, le duc d'Orléans paye à l'orfèvre Pierre Blondel 12 livres 13 sols, pour avoir ouvré outre le

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RELIURE DU XVl' SIÈCLE,

d'après une phototypie édilée par M. Henri Leclerc.

scel d'ari^ent du duc, deux fermoirs du livre de Boêce; le 13 janvier 1398, Emelot de Hubert, « broderesse de Paris », reçoit 50 sols tournois « pour avoir taillées et étoffées d'or et de soye deux couvertures de drap de Darapmas vert, l'une pour le bréviaire et l'autre pour les heures du dit seigneur, et fait quinze seignaux (sinets) et quatre paires de tirans d'or et de soye pour les dits livres. »

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