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FABRICATION DU PAPIER A LA FORME

Ouoi qu'il en soit, c'est l'Espagne, la première, qui fabriqua en Europe le papier de chiffe. D'Espagne la fabrication passa en France, vers le xif siècle, probablement; et ce fut à Troyes, en Champagne, puis à Essonnes, près de Paris, que furent fondées les premières papeteries.

Environ vers la même époque, des fabriques s'installèrent en Italie et en Allemagne; et c'est seulement deux cents ans plus tard que l'art de fabriquer le papier pénétra en Angleterre.

A cette époque, on n'employait plus les matières neuves pour le papier ; c'étaient des chiffons qui servaient à cette fabrication.

Or, voici quel fut le procédé de la fabrication dite « à la forme » tel qu'on le pratiqua jusqu'à la fin du xviii' siècle.

1. Cf. Augustin Blanchet., Essai sur Vhisloire du papier et de sa fabrication. Taris, 1900.

On n'employait alors que les chiffons blancs de toile, de chanvre et de coton. On les triait, puis on leur faisait subir un lavage. Placés dans un endroit humide, mis en tas, on les laissait pourrir au moyen d'une sorte de fermentation naturelle. Ils prenaient alors peu à peu une coloration spéciale rappelant la lie de vin. Et pendant trois ou quatre semaines on les abandonnait à cette fermentation'.

Pour triturer ensuite les chiffons, on se servait de moulins à pilons qui consistaient en lourds maillets soulevés à intervalles

UN MOULIN A PAPIEK.

égaux par les rames d'un arbre horizontal. Ces rames étaient mues par une roue qui tirait elle-même son mouvement d'une autre roue hydraulique établie sur un cours d'eau. Ces maillets retombaient sur le chiffon entassé dans les piles ou mortiers creusés dans une forte pièce en bois de chêne ; et ceux-ci recevaient l'eau claire par de petits tuyaux communiquant avec un réservoir. Ces lourds marteaux, garnis d'énormes clous de fer, étaient destinés à effilocher le chiffon déjà fortement amolli par la fermentation.

Après avoir subi l'écrasage et le hachage, on transportait la pâle

1. Cf. Cliarpentier, Le papier; Ardant, Le papier; V. dAvenel, Mécanisme de la vie moderne.

THÉvENix ET i.EMiERRE. — I.cs Étapes cruti Livro. -

i8 LES ETAPES D'UN LIVRE

dans la cuve à ouvrer. Elle y était délayée dans une quantité d'eau convenable. Cette cuve était en bois, en cuivre, ou en fer. Une énorme planche appelée tréjmn était, disposée en dessus. Elle était garnie de fils de cuivre dans le sens de la longueur, afin de faciliter le glissement de la forme. A gauche, sur le côté, était fixée une planchette. Elle tenait d'un bout au trépan, de l'autre au bord de la cuve. Une petite pièce de bois, appelée égouttoir, y était main-

FAnaiCATION DU PAPIER AU XYII* SIÈCLE. MOULIN A PAPIER SILNÉ.

tenue verticalement. On disposait l'intérieur de la cuve de manière à chauffer la pâte, afin de rendre en hiver le travail moins rigoureux aux ouvriers. Quant au moule, qui devait former la feuille de papier, en lui donnant sa longueur, sa largeur et son épaisseur, il s'appelait forme. C'est de ce mot qu'est venue la désignation actuelle des formats de papier.

La forme se composait d'un châssis en bois de chêne auquel était adaptée une grille en fil de laiton, plus ou moins fin, dont les brins étaient placés parallèlement et maintenus dans cette position par un

FABRICATION DU PAPIER AU XYU' SIÈCLE. ;I10IX oc DÉLISSAGE DES bIFFÉRENTES QLALITÉS DE CHIFFON?

tissu de ce même fil. Cet assemblage, soutenu en dessous par des tring^les horizontales appelées pontuseaux, portait le nom de vergeure, et la trace qui est laissée sur le papier le fait distinguer par le nom de papier vergé. Quant à la marque du papier, du format, et celle du fabricant, elles étaient figurées par d'autres fils de cuivre auxquels on donnait le nom de filigranes. Les marques des formats étaient représentatives de leur nom : un pot pour le format pot; un griffon pour le format griffon; une coquille pour le format coquille. Un cadre mobile appelé frisquette ou couverte, s'appliquait exacte-

FABRIGATION DU PAPIER AU XVIl' SIÈCLE. FORMES OU MOULES AVEC LESQUELLES ON PRESSE LES FEUILLES DE PAPIER.

ment sur les bords de la forme, dont la hauteur, conjointement avec le plus ou moins de fluidité de la pâte, déterminait l'épaisseur de la feuille de papier et dont les autres dimensions réglaient la largeur et la longueur. Le service d'une cuve se faisait avec une paire de formes. L'ouvrier qui se nommait ouvreur ou puiseur, après avoir placé la couverte sur la forme, la tenait verticalement et la plongeait à moitié dans la matière délayée. Il la tournait, pour arriver à la position horizontale, la couvrait entièrement de pâte; puis il la retirait dans cette position et lui imprimait divers mouvements saccadés et des balancements. Cette manipulation avait pour but de lier entre eux les filaments qui constituaient la pâte et d'en opérer uniformément la distribution. L'ouvrier faisait ensuite égoutter légèrement sa feuille; puis il poussait sa forme le long de la plan-

chette, après avoir enlevé la couverte, et la posait sur une autre forme, pour recommencer une nouvelle feuille \

Ces opérations se succédaient assez rapidement pour qu'un ouvrier pût préparer, dans sa journée, de quatre à cinq mille feuilles par douze heures de travail.

Un autre ouvrier, appelé coucheur, prenait la forme sur le plan indiqué, l'agitait légèrement pour la faire égoutter et la renversait

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