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LE XV SIÈCLE

VERS quelle date peut-on établir l'apparition du livre illustré imprimé? Peut-être faut-il remonter, ainsi que le conseille M. Henri Bouchot, jusqu'aux Fables d'Ulrich Bohner (1461) chez Albert Pfister, à Bamberg. Encore faut-il voir là un passage de la xylographie à l'imprimerie, sans aucune valeur d'art. Mais ce fut en France, à Lyon, en 1478, que parut le premier livre illustré portant une date certaine : 1478; Le Mirouer de la Rédemption, avec 256 figures sur bois. En 1480 nous voyons les Fables d'Esope, avec de nombreuses figures d'un dessin très vif, chez Heinhard et Nicolas Mûller, à Lyon, Puis ce sont encore les travaux du fameux Jean du Pré. Son Missel, avec deux beaux bois : Dieu le Père et La Crucifixion, de style bien français, sont parfaits de coupe et d'une bien grande netteté d'exécution. Nous citerons encore le Missel de Verdun (1482) avec sa célèbre première page : La Messe de

saint Grégoire; et en 1488, les Premières Heures à l'usage de Rome, imprimées sur cuivre et les pages décorées de petites vignettes d'une exécution très variée. En 1490, paraissent les Heures à f usage de Rome avec son premier essai de tirage en couleurs, puis La Légende dorée et ses gravures de format carré. C'est ensuite les VigiUes de la mort du feu roy Charles septième, où l'on admire des bois encadrés de bordures mobiles. Cet ouvrage fort peu connu est un des meilleurs qui soient sortis de l'atelier de Jean du Pré. Cet artiste du plus incontestable mérite, a travaillé jusqu'en l'année loOl.

Avec le nom de Jean du Pré nous mettons en avant celui de Pierre Le Rouge. On trouve dans son recueil bien connu La Mer des Hystoires (1487-1489) des planches de toute provenance, la plupart originales, riches, pleines de grâce, religieuses ou anecdotiques. Pierre Le Rouge appartenait à une famille de calligraphes et d'enlumineurs. Il fonda son imprimerie à Chablis, en 1478. Et c'est à son atelier qu'on est redevable de ces chefs-d'œuvre : La Bataille de Tolbiac et Le Baplême de Clovis. On cite aussi de lui le frontispice du Psautier français où l'on voit Charles VII sur le lit de justice, entouré de nombreux personnages.

Quant à Guyot ou Guy Marchant, nous lui devons la curieuse Danse des Morts, dont il existe plusieurs éditions. La gravure a popularisé les planches de la Mort sollicitant le pape, l'évêque, le juge, et le paysan. Il faut mettre également en valeur la Danse macabre des femmes, avec la belle planche de l'Entrée de l'Enfer et Le Calendrier des Bergers {ii^i) ainsi que celui des Bergères (1499). Dans le premier de ces deux livres, la marche des Etoiles, la complainte du Limaçon, Lazare ressuscité, sont des compositions d'une rare imagination. La vie en est intense, sans rien de brutal. Les ombres sont indiquées délicatement, sans violence. Quant au Calendrier des Bergères, il fait date dans l'histoire du livre, car c'est un véritable modèle du genre. Les mois, dans leur médaillon, avec les signes du zodiaque, sont de pures petites merveilles. Enfin certaines planches, parmi lesquelles nous citerons surtout le Chevalier de la Mort, sont d'une intensité surprenante'.

Il faut faire également une belle place dans l'histoire du livre à Antoine Vérard. Il était le libraire attitré de Charles VIII. Il a

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