LE REPOS PENDANT LA FIITE EN EGYPTE
par Albort Durer.
HISTOIRE DU LIVRE ILLUSTRE i;i
à tour ses lecteurs. Dans les bordures se trouvent ainsi mêlés le religieux et le profane, ave: une fantaisie très'souple. Jésus, la Vierge, l'Enfant prodigue, les Vertus théologales et cardinales, les péchés capitaux, les Sibylles, la Danse des Morts, tout le Moyen âge enfin grimace, grimpe et se niche dans les feuilles d'acanthe et les rinceaux des marges. Avec Simon Vostre le livre parvient à la perfect'on elle-même. Nous citerons ici, comme hors de T^dJw : Les Grandes Heures, Les Heures de la Vierge, Les Heures à l usage de Rome.
Pour clore enfin la liste de ces illustrations nous citerons les noms de Denis Meslier, avec ses Heures (1488); de Michel le Noir (1484-1540) et de Jean Tréperel (1491-1511).
« L'art français de l'Illustration, ainsi que l'atteste Claudin, était en plein épanouissement; le burin du graveur avait définitivement remplacé la pinceau de l'enlumineur. »
Cet élan de l'art gothique se prolongera jusqu'aux premières années du règne de François 1" et le mouvement de la Renaissance viendra donner alors à l'art une impulsion nouvelle et préciser les caractères d'un style essentiellement français.
LE XV r SIÈCLE
LE commencement du xvi^ siècle en France est tout influencé par l'esprit italien. On sait comment les Français, après les campagnes de Louis XII, se promenèrent dans la péninsule avec émerveillement. L'Italie est à la tête du mouvement de la Uenaissance par ses arts aussi bien que par ses lettres. C'est l'époque où le monde du Livre est dominé parle savant imprimeur Aide Manuce, l'époque où vit Pic de la Mirandole, où Titien est dans tout l'éclat de sa gloire. Dans le nord de l'Italie, l'école de Léonard de Vinci exerce très sensiblement son influence sur l'art du Livre.
En Allemagne aussi le siècle a débuté avec éclat. Albert Durer et son école ont donné à l'art de la gravure un merveilleux éveil et l'illustration y a trouvé un renouvellement et un progrès.
En France, la Renaissance s'est manifestée tout d'abord par une extrême activité des libraires et des illustrateurs. On commence par des rééditions du siècle précédent. Telles sont : La Mer des Histoires, et Singularités de Troye par Jean le Maire des Belges. Il y en a plusieurs impression^ : en 1512 chez Geoffroy Marnef, en 1515 chez
Jean et Enguilbert de Marnef, puis chez Philippe le Noir. Nous remarquerons plus particulièrement dans l'édition de 1512 la vignette représentant la Reine Anne de Bretagne en Junon. La composition en est parfaite, quoique empreinte d'une certaine naïveté dans la réalisation et la perspective. Le paysage, tout en restant simple, offre une certaine grandeur et de la noblesse. Les personnages sont dessinés naïvement mais dans des attitudes naturelles. La figure de la reine assise sur son trône est très pure de lignes, son vêtement a des plis souples et gracieux, les figures des trois princesses qui s'ébattent sur la prairie fleurie sont également d'un très grand charme. L'une poursuit des papillons, la seconde, à genoux, joue avec son petit chien, tandis que la troisième cueille un bouquet. Il y a peut-être encore un peu de la raideur de l'art gothique dans l'ensemble, mais le détail de l'architecture et de la décoration annonce déjà le goût nouveau.
Parmi les premiers ouvrages illustrés du xvi^ siècle, il faut citer le Compendium de Robert Gaguin (1500), édité par Thielman Kerver, et le Mirouer historial, version française du dit ouvrage. Depuis cette époque jusque vers 1520 l'on se trouve dans une très belle période d'art bien français.
L'ornementation du Livre, avec ses encadrements, s'est allégée, affinée, tout en prenant une place prépondérante dans l'ouvrage. On voit dans les marges s'enlacer et se mêler les acanthes, les vignes, les colonnes, les portiques et les petits personnages. Quant aux planches, elles se dépouillent peu à peu de leur rigidité hiératique et la vie les envahit progressivement. On doit ce progrès à de grands artistes, tels que Geoffroy Tory, par exemple, qui s'adonna à l'illustration des livresjusqu'à l'année de sa mort, vers 1533. Son premier livre illustré est daté de 1525 : Horae in laiidem beatissimae Mariae;, ce fut Simon de Colines qui imprima ce volume en caractères romains. Il faut s'arrêter un instant sur la décoration de ce volume. Le cadre en est nouveau. C'est une combinaison de rinceaux et de feuilles d'acanthe stylisées. L'ornementation semble inspirée des travaux de ferronnerie de l'époque. Dans d'autres pages, comme dans la planche de la Circoncision, l'encadrement prend une forme architecturale légère et gracieuse, avec ses colonnes, ses portiques, ses pilastres, entre lesquels se jouent des banderolles et des feuillages très légers, d'un goût parfait.
Quant au dessin des planches elles-mêmes, il est à la fois réaliste et très pur, avec beaucoup de noblesse et une composition très sûre. Geoffroy Tory aime à peindre ses scènes dans des architectures aux cintres harmonieux, avec des colonnes carrées ou rondes, et très légères, derrière lesquelles s'ouvrent des jardins aux profonds ombrages, des fontaines jaillissantes, ou bien des chambres secrètes où s'agitent de minuscules personnages aux gestes précis, au visage expressif. Une des planches les plus remarquables de cet artiste, comnie intensité de vie et comme réalisme, est celle du Diodore de Sicile qm représente François P'' écoutant Macault traducteur.
La composition en est fort belle. Au milieu, est assis le Roi, sous un dais, devant une table, richement vêtu, amples manches à crevés, le cou large et nu, la tête coiffée d'un toquet à plumes. Son visage est empreint de majesté, de bienveillante attention. Les trois lîls du Roï se tiennent debout auprès de leur père. Eux aussi ils écoutent la lecture de Macault, debout dans sa robe de clerc et son bonnet à quatre pointes qui dérobe ses cheveux. Avec quelle contenance respectueuse il semble lire! Sur la table, devant le roi, grimace son singe favori. Derrière François P"", au fond, dans une vaste salle, docteurs, courtisans, clercs, échevins, écoutent ou parlent bas. Le dessin est une merveille d'art réaliste et délicat.
Nous citerons encore, de Geoffroy Tory, Le Champ Fleury, sorte de traité typographique de très bon goût, prouvant combien Tory comprenait les relations entre l'ornementation des textes et les caractères typographiques. Cet ouvrage montre en outre à quel point Tory avait étudié et goûté l'antiquité.
A la même époque on voit se multiplier dans les pages des livres les genres de décorations. Des emblèmes apparaissent, des blasons, des armes, des portraits, des costumes, des lettres initiales d'un très grand style ornemental.
Les plus beaux noms de cette époque et les plus français semblent ceux des Cousin père et fils. Jehan Cousin, le père {1490-1560) naquit près de Sens. Il vint à Paris entre 1538 et 1540, et semble avoir consacré une partie de sa vie à l'enseignement. Il a laissé un Livre de perspective dont le frontispice est un chef-d'œuvre. Il est de forme architecturale. Des figures humaines soutiennent des colonnes, portiques et globes, formant le cadre. Remarquable est l'attitude de celui qui est étendu sur le dos. Vu en raccourci, il laisse pendre, de
ses bras en croix, deux lourdes amphores qui servent d'encadrement à une figure géométrique. D'autres images du même genre, ainsi que des têtes de faunes, de béliers, de taureaux, des vases, des rinceaux, constituent l'ornementation extérieure du frontispice. L'ensemble est très solide et de bon goût. Nous pouvons mentionner encore, comme un exemple du talent de Jehan Cousin, le père. Le Livre de Pourtraicture, avec son titre magnifique et sobre.
Jehan Cousin, le fils (1522-1594), a collaboré à ce dernier ouvrage. Son style a quelques traits de parenté avec celui de son père. Mais il est déjà d'une autre époque et sa manière a plus de mollesse. C'est que l'influence de François I" et celle des guerres d'Italie ont imprimé un mouvement différent à l'art français. Rosso et Primatice ont mis à la mode des attitudes contournées et précieuses. Et notre art national oublie, pour un moment, à leur suite, sa tradition de naturel, de simplicité et de santé. Les ouvrages de ce nouveau genre, le plus en faveur alors, sont Les Emblèmes d'Alciat, Les Métamorphoses d'Ovide.
C'est ainsi que se forma à Fontainebleau une sorte d'école d'artistes attirés de tous les pays par François I". Italiens, Flamands, Allemands, Français, ne cherchant qu'à plaire au maître, ils confondent peu à peu leurs nationalités et leurs personnalités. Leurs œuvres sont une sorte de produit composite.
Parmi ces artistes de l'Ecole de Fontainebleau, nous pouvons mentionner Niccolo de l'Abate avec ses sujets religieux et ses arbres stylisés, Lucas Penni, avec ses fonds de dômes et d'obélisques et ses arbres pleureurs, le flamand Léonard Tory qui fit preuve de plus de liberté et d'aisance et le célèbre Bernard Salomon, dit le Petit Bernard (1508-1560). Sa délicatesse est tout à fait remarquable. Avec quel art sont composés ses dessins de petit format et comme ils donnentl'impression de la grandeur! Ses paysages sont bien conçus, avec des plans très nets, mais avec un peu de surcharge. Les personnages semblent n'avoir été mis là que pour compléter le paysage. Nous citerons de lui : Le Triomphe de Pétrarque, par Marguerite de Navarre (1545) un Pétrarque (1547) avec la gravure des ruines : Les Devises héroïques de Claude Paradin, avec leur curieux encadrement de figures grotesques et leurs 180 gravures (1556). Enfin, en 1560, Les Hymnes du Temps, avec les plus belles planches que Bernard ait sans doute composées.
LA DANSE DES MORTS d'hOLBEI.N.
HISTOIRE DU LIVRE ILLUSTRÉ i-i
Bernard Salomon eutdes imitateurs qui marchèrent sur ses traces.
Un autre graveur, lyonnais d'origine, a laissé une œuvre qui mérite également de nous retenir ; c'est Pierre Vase. Il travailla de 1352 à 1590. On retrouve son monogramme P. V. dans Le& Heures en français et latin à l'usage de Rome. Les paysages y sont traités dans un grand style décoratif. Quant aux personnages, ils paraissent vivants et bien définis avec leurs musculatures très accentuées.
Cette ville de Lyon avait pris au xvf siècle un développement considérable dans la librairie et l'ornementation du livre. C'est dans cet endroit qu'on publia pour la première fois en France les bois de La Danse des morts, de Ilolbein, le peintre de Bâle. L'ouvrage a été édité chez Frelon, C'est à Lyon également que furent publiés Le Prompluaire des Médailles, avec de bien curieux portraits, parmi lesquels celui de François Dauphin et de Charles, duc d'Angoulême. Et c'est enfin à Lyon que parut rF-ntrée du roi Henri II, dont les dessins pourraient bien être de Cornélis de la Haye, dit Corneille de Lyon, artiste raffiné, portraitiste remarquable, et qui travaillait un peu dans le genre de Clouet.
La gravure sur bois descend doucement vers son déclin dans la seconde moitié du xvf siècle. A noter cependant : Les Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, avec portrait de l'auteur Christophe de Savigny, gravé par Jean de Gourmont (1587), dont la famille a donné plusieurs artistes et libraires.
Nous terminerons enfin par les bois de Woeriot, avec son édition de Flavius Josèphe (1366). Woeriot exécuta aussi des gravures en taille-douce parmi lesquelles nous mentionnerons les Emblèmes de Georgette de Montenay. C'est vers cette même époque qu'on voit paraître en France d'autres gravures en taille-douce telles que les Pérégrinations en Terre Sainte de Bernard de Breydenbach. Lesburinistes qui jusqu'alors n'avaient fait que de l'estampe se lancent dans l'illustration et peu à peu la gravure sur bois est abandonnée. Elle retrouvera quelque regain lors de la vogue des crayons de Clouet. Et c'est alors que les auteurs feront faire leur portrait sur bois en tête de leurs volumes.
Parmi ces ouvrages ornés de gravures en taille-douce, nous pouvons citer : Les plus beaux bâtiments de France par l'architecte Du Cerceau. Chevet donne sa Cosmographie universelle et ses Hommes illustres avec des portraits au burin d'un style bien délicat.
THÉvENix ET LEMiERRE. — Les Étapes d'un Livre. 12
Ce genre de gravure prend la première place sous l'influence de l'imprimerie Plantin d'Anvers, qui attira bientôt à elle la plupart des burinistes des Pays-Bas : Wiérix, Galle, de Passe, Mallery, Van Sichem. Les Plantin ont créé la mode des frontispices un peu chargés, avec une forme architecturale. Ces frontispices à décoration pesante ont fait loi pendant le xvii® siècle, où le livre perdant peu à peu son caractère indépendant d'art et de pensée finira surtout par devenir une arme de la royauté.
LE XV ir SIECLE
AU début du siècle, l'art du Livre passe par une heure assez critique. L'art et la science des vieux imprimeurs ont peu à peu cédé la place aux exigences commerciales. Puis la religion impose son sceau sur les titres des ouvrages qui revêtent des aspects de portiques, de cathédrales, avec des colonnes, des saints mitres et portant la crosse, La décoration du Livre s'empreint d'une gravité sévère, mais perde» fantaisie et en richesse.
Les artistes comm'encent d'abord par s'inspirer de l'école Plantinienne. Thomas de Leu fournit les gravures en taille-douce pour Les Images de plate peinture des deux Philostrate, 1609, Paris, in-folio. Il semble avoir été un graveur très habile : son dessin fait preuve de sûreté, de maîtrise, d'une grande finesse d'expression. A la même époque, Léonard Gautier s'inspire aussi de l'école Plantinienne, et,, comme Thomas de Leu, il grave des portraits; mais son travail est d'un genre plus recherché et plus précieux, les tailles de sa gravure plus épaisses et plus espacées. Cet artiste excelle surtout dans la composition des frontispices. Gautier a une manière à lui de composer ces ornementations. Il y accumule dans un ordre harmonieux, quoique un peu morne, une masse de détails de toutes lesépoques. Il ne craint pas, parmi des colonnes et des pilastres, de faire figurer côte à côte Jésus et Jupiter, des déesses à côté de saintes, des portiques, des paysages lointains, des ostensoirs, des coffrets, et des portraits de femmes de son temps en collerettes et en hautes coiffures. Tel est, en ce genre, le frontispice de la Dibliotheca veterum patru7n et de la Métanéalogie sacrée (1609).
Nous pouvons citer, à côté de Léonard Gautier, Claude Mellan.
Mellan est plus alerte, plas gai, plus primesautier. C'est à lui que l'on doit les excellents portraits de Richelieu et de Louis XIV, qui décorent, l'un, Le Code Louis AYT, l'autre, La Perfection du chrétien. Son meilleur titre est peut-être celui qu'il a composé pour les poésies du pape Urbain VIII à l'Imprimerie Royale (1642)*.
pournAiT DE PEiRESc, par Claude Mellaii. {BibUothèque Nationale, Estampes.)
En province, les illustrateurs suivaient la mode de Paris, et l'étranger réglait sa marche sur le même mouvement. Il faudr.iit citer ici les noms de De Passe et surtout de Crispin qui publia à Paris, chez l'Angelier, Le Manège Royal, dePIuvinel. La composition ne manque pas de noblesse, encore qu'un peu conventionnelle. Nous
1. Cf. H. Delaborde. Hist. de la gravure: H. Douchot. Le Livre: Firmin-Didot, Hist. de la gravure sur bois.
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pouvons mentionner également, de Crispin, des planches in-octavo pour Y Endymion de Gombauld (1624). Il collabora aussi avec Gaultier et Picard, mais ses planches ont plus de caractère, quoique naïves et lourdes. Enfin citons Le Roman des Romans, de Du Verdier, avec une dizaine de gravures, d'un mouvement plus libre et plus franc.
C'est alors qu'apparaît un dessinateur d'un immense talent, qui allait consacrer la suprématie de l'Ecole française et donner une impulsion nouvelle à cet art de l'illustration. Cet homme fut Jacques Callot. Il n'a pas dédaigné de faire des frontispices, et nous pouvons
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