‹ Les étapes d'un livreChapitre 93 sur 101 · I. Cf. H. Delaborde, H. Bouchot, op. cit · texte numérisé non relu

I. Cf. H. Delaborde, H. Bouchot, op. cit

discrets et joyeux dont la mode s'impose de plus en plus. A des rinceaux délicats se suspendent des roses, s'accrochent des pipeaux, des lyres ou des cithares. Avec les zéphyrs s'envolent les banderolles ou les rubans emportés par des génies ailés. Les lettres initiales sont de véritables tableaux d'une finesse et d'une précision telles, qu'il faut renoncer à en donner la reproduction, à cause de l'extrême difficulté du travail. » C'est à lui, ainsi qu'à Eisen, comme nous l'avons rapporté plus haut, que s'adressèrent les fermiers généraux pour les Contes de La Fontaine. Choffard se chargea de trois textes.

DÉFILÉ DEVANT LA STATUE DE LOUIS XV, d'apiès Gravclot.

Enfin, dans la seconde moitié du xviif siècle, un nom retient surtout l'attention : celui de Moreau le Jeune. 11 devint par son mariage le neveu de l'éditeur Prault. Ses débuts furent les Ornements pour L'Histoire de France du président Hénault. Il travailla naturellement pour son oncle, mais il se laissa également emporter par son tempérament naturel. Il avait une grâce toute spéciale, abandonnée et pimpante pour faire courir et tomber les guirlandes de roses. Il sut enfin, avec un goût parfait créer des motifs en rapport avec le texte. Chaque illustration s'adaptait ainsi à une page bien déterminée d'un volume et ne pouvait convenir à une autre. Il parvint ainsi à l'un des sommets de l'art du xviii'' siècle, en publiant sa célèbre édition des œuvres de Molière.

A côté de Moreau, nous aurions à mentionner Saint-Aubin. Lancé

GIIAVURE ALLÉGORIQUE DE C. N. COCHIN POUR l'avènement de louis XVI ET DE MARIE-ANTOINETTE.

par Gravelot, Saint-Aubin fut un aqua-forliste du plus grand talent. Mais il subit l'influence de Rousseau jusque dans sa gravure. Les attitudes ont quelque chose de recherché, une fausse simplicité, par trop sentimentale, on y trouve comme un souvenir du devin de village, et l'art du xviii'= siècle, ainsi transformé, tourne à la fadeur, sans ce réveil d'esprit et de malice narquoise qui l'animaient dans sa belle période.

Désormais, le livre descend doucement vers son déclin. Moreau lui-même finira par subir l'influence de David et nous le verrons s'éprendre des idées à la mode sous la Révolution. Où sont les roses et les bergères d'antan! Tout l'intérêt va aux Grecs et aux Romains. C'est ainsi que l'on voit Moreau et Saint-Aubin, subissant tous les chocs des bouleversements sociaux, travailler pour Louis XVI, la République et l'Empire. Mais quelle différence entre le nouveau genre et l'ancien! Éditeurs et amateurs s'en aperçurent et Moreau s'éteignit en 1814, dans la plus noire misère.

Un grand nombre d'illustrateurs qui avaient connu et goûté le succès sous l'Ancien régime, furent eux aussi ruinés par la Révolution et cherchèrent une voie nouvelle sur les traces de David. Tel fut Duplessis-Berteaux qui avait donné à Cazin, en 1778, les illustrations pour le Recueil des meilleurs contes en vers. 11 travailla ensuite pour Didot et se consacra, lui aussi, aux scènes de la Révolution '.

Ses tableaux historiques en trois volumes in-folio avec deux cents planches sont un peu emphatiques, ils manquent de naturel. Tout y paraît froid et rigide.

Il nous faut enfin mentionner, en terminant, la tentative de la gravure sur bois par Jean-Baptiste-Michel Papillon, fils et petitfils de graveur. On lui doit entre autres un ouvrage sur la gravure sur bois, rempli d'erreurs historiques, ce qui était inévitable pour l'époque, mais contenant bien des détails techniques intéressants. Cet homme connaissait à fond les ressources et les limites de son art. Son ouvrage porte le privilège de 1762. Il a gravé une quantité de vignettes, culs-de-lampe, lettres ornées, avec la plus excellente facture. Son œuvre en deux volumes est au cabinet des Estampes.

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