EN
AU moment où finissait l'année 1879, l'Espagne politique et litte'raire à la fois était en deuil. Le 3i décembre, avait expiré, celui qui, longtemps, tenta de concilier les deux amis de la veille, devenus les adversaires les plus opiniâtres, — le vaillant maréchal Martinez de Campos, et le fin politique Canovas del Castillo, — le président des premières Cortès de la restauration, Adelardo Lopez de Ayala, le poète dramatique, tant de fois applaudi sur les scènes de Madrid, depuis El tanto por ciento^ Le tant pour ceiit^ pièce analogue à la Bourse de Ponsard, jusqu'à Consiielo. Le 2 janvier, Nuûez de Arce, le premier des lyriques castillans, maintenant que Zorrilla ne produit plus, par vieillesse et par lassitude ; Emilio Castelar, le grand orateur qui sait vouloir la liberté pour les autres, comme il la veut pour lui-même, en un mot, toute l'Espagne intelligente conduisait le deuil.
L'année devait encore enlever un des grands
noms de la littérature espagnole : Juan Eugenio Hartzenbusch. Le vieillard, aujourd'hui retiré de la vie active, vivait dans la bibliothèque confiée à ses soins, et c'est là que l'ont connu, en ces dernières années, tous ceux qui le visitaient dans sa retraite de la calle de Leganitos,
Sa gloire de poète datait du romantisme espagnol, alors qu'il écrivait les Amants de Téruel^ pièce d'un souffle tragique très puissant et d'une très grande élévation de sentiments, — car le théâtre espagnol plane, toujours, au-dessus des vilenies rebattues de nos m Hodrames. Sa gloire d'érudit s'était relevée, plus tard, sous le règne d'Isabelle qui, à défaut de qualités gouvernementales bien remarquables, avait du moins celle de protéger les lettres. Pourvu de sa charge, il s'attela, pour l'éditeur Rivadeneyra, à une édition complète des œuvres de Cervantes, édition dont le Don Quichotte commenté fut tiré à part, en format elzévirien, sur une presse installée dans la maison même où Cervantes avait été emprisonné à Argamasilla, cette ville dont, dit-il, il ne veut point se rappeler le nom, un luga?^ de la Mancha^ cuyo nombre 710 quiero accorda?vne. Après Cervantes, ce fut le tour des éditions des classiques, et là, il choisit, comme son coin préféré, le théâtre espagnol du siècle d'or.
Allemand d'origine, il avait dans son talent un je ne sais quoi d'original. Témoin cette pièce que je traduis faiblement :
« Où va le charpentier avec tant de bois sur l'épaule ? — J'ai à faire une planche pour un lit nuptial. — Qui se marie ? — Florentina. — C'est donc toi, le marié ? Mille souhaits de bonheur, Pedro. — Merci, ami Alphonso.
« Comment t'es-tu fait ce costume ? — Ma mère, je ne sais comment. Il est bien laid pour une noce, pour un suaire c'est ce qu'il